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Eglise catholique en France

Mgr Olivier de Germay, nommé archevêque de Lyon

Le pape François a nommé ce jour, Monseigneur Olivier de Germay, archevêque de Lyon, après l’acceptation de la démission du cardinal Philippe Barbarin, le 6 mars 2020. Monseigneur Olivier de Germay était jusqu’à présent évêque d’Ajaccio.
« J’ai reçu un appel du nonce le jour de mes 60 ans ! c’est-à-dire le 18 septembre. Je l’ai ensuite rencontré à Paris où il m’a annoncé que le Pape m’avait nommé archevêque de Lyon », précise Monseigneur Olivier de Germay.
Monseigneur Michel Dubost demeure administrateur apostolique de l’archidiocèse de Lyon jusqu’à l’installation de Monseigneur de Germay.
Ordonné prêtre le 17 mai 1998 pour l’archidiocèse de Toulouse, Monseigneur Olivier de Germay fut vicaire puis curé de Castanet (1999-2006) ; aumônier diocésain des Guides de France (1999-2001) ; doyen de la zone « Banlieues-Sud » de Toulouse (2003-2006) ; vicaire épiscopal (2004-2012) ; curé de Beauzelle (2006-2012) ; professeur de théologie sacramentelle et de la famille à l’Institut catholique de Toulouse (2008-2012) ; doyen de Blagnac (2009-2012).
Depuis 2012, Monseigneur Olivier de Germay était évêque d’Ajaccio.
Au sein de la Conférence des évêques de France, Monseigneur Olivier de Germay est membre de la Commission pour la catéchèse et le catéchuménat ainsi que du groupe de travail Église et bioéthique.
Aux Corses, Monseigneur Olivier de Germay adresse le message suivant : « Je ne quitterai pas la Corse sans un vrai pincement au cœur ! J’ai beaucoup reçu et appris au cours de ces 8 années passées sur l’Ile de Beauté. La culture corse est pétrie de christianisme, et la laïcité est vécue ici sans crispation. Je remercie les Corses pour leur accueil chaleureux, pour leurs prières qui m’ont porté, et pour leur patience avec moi ! »
Le nouvel archevêque de Lyon confie sa joie d’être envoyé servir l’Église qui est à Lyon : « J’ai tout à découvrir de ce beau diocèse dont je pressens déjà toute la richesse humaine et spirituelle. Je compte sur les fidèles de ce diocèse pour m’aider à le découvrir. Je compte aussi sur leur prière ! »
L’installation de Monseigneur Olivier de Germay aura lieu le dimanche 20 décembre en la cathédrale Saint-Jean-Baptiste. L’heure reste à préciser. Une messe d’action de grâce sera présidée par Monseigneur Dubost ce vendredi 23 octobre à 19h à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste à Lyon.
Monseigneur Olivier de Germay s’exprimera à l’occasion d’un point presse à l’évêché d’Ajaccio à 12h, 8 boulevard Sylvestre Marcaggi, 20 181 Ajaccio. Monseigneur Michel Dubost, administrateur apostolique du diocèse de Lyon, étant en voyage pour le soutenir les Libanais, Monseigneur Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon, accueillera les journalistes qui le désirent à 15h à l’archevêché de Lyon, 7 place Saint-Irénée, 69 005 Lyon.

Contacts presse :
Diocèse de Lyon : M. Christophe RAVINET-DAVENAS – 06 50 42 02 04
c.ravinet@lyon.catholique.fr
Diocèse d’Ajaccio : M. François-Antoine ISONI – 06 33 02 87 22
communication@corse.catholique.fr


Mgr Bertrand Lacombe, nommé archevêque d’Auch

Le pape François a nommé ce jour, Monseigneur Bertrand Lacombe, archevêque d’Auch, jusqu’à présent évêque auxiliaire de Bordeaux, suite à l’acceptation de la démission par le Pape François de Monseigneur Maurice Gardès pour raison d’âge.
Monseigneur Robert Le Gall, archevêque de Toulouse est nommé administrateur apostolique pour gouverner l’archidiocèse d’Auch jusqu’à la prise de possession canonique de Monseigneur Lacombe.
Ordonné en 2001, pour l’archidiocèse de Montpellier, Monseigneur Bertrand Lacombe a été membre de l’ensemble paroissial Sainte-Thérèse-Sainte-Famille à Béziers entre 2001 et 2005 où il occupait également une fonction de service auprès des aumôneries de l’Enseignement public de Béziers. De 2005 à 2007, il fut curé de la paroisse Mère Térésa à Béziers jusqu’ à ce qu’il devienne membre de l’équipe du Grand Séminaire de Toulouse et prêtre accompagnateur de l’Enseignement public du Libron. En 2009, il fut nommé aumônier national de la branche louveteaux-jeannettes au sein des Scouts et Guides de France, fonction qu’il occupa jusqu’en 2015. De 2011 à 2016, il fut vicaire général de l’archidiocèse de Montpellier.
Depuis 2016, Monseigneur Bertrand Lacombe était évêque auxiliaire de Bordeaux.
Au sein de la Conférence des évêques de France, Monseigneur Bertrand Lacombe est membre du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes.
L’installation de Monseigneur Bertrand Lacombe aura lieu le dimanche 22 novembre 2020 à 15h30 en la cathédrale Sainte-Marie d’Auch.

Contacts presse :
Diocèse d’Auch : P. Marc DERREY – 05 62 61 91 52
marc.derrey@wanadoo.fr
Diocèse de Bordeaux : P. Samuel VOLTA – 05 56 91 81 82
s.volta@bordeaux.catholique.fr


Commentaires du dimanche 25 octobre

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 25 octobre 2020
30éme dimanche du Temps Ordinaire

1ère lecture
Psaume
2ème lecture
Evangile

PREMIERE LECTURE – Livre de l’Exode 22, 20-26
Ainsi parle le SEIGNEUR :
20 « Tu n’exploiteras pas l’immigré,
tu ne l’opprimeras pas,
car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Egypte.
21 Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin.
22 Si tu les accables et qu’ils crient vers moi,
j’écouterai leur cri.
23 Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée :
vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
24 Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple,
à un pauvre parmi tes frères,
tu n’agiras pas envers lui comme un usurier :
tu ne lui imposeras pas d’intérêts.
25 Si tu prends en gage le manteau de ton prochain,
tu le lui rendras avant le coucher du soleil.
26 C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ;
c’est le manteau dont il s’enveloppe,
la seule couverture qu’il ait pour dormir.
S’il crie vers moi, je l’écouterai,
car moi, je suis compatissant ! »

LES LOIS DITES DE MOÏSE
Le livre de l’Exode contient plusieurs textes de lois qui sont tous attribués à Moïse : en réalité, Moïse en personne n’a promulgué qu’un premier ensemble de lois ; puis au long de la vie du peuple d’Israël, de nouvelles lois adaptées aux nouvelles conditions sociales ont vu le jour et ont été insérées dans le livre de l’Exode, à la suite des premières. Tout comme notre Code civil ou pénal est régulièrement modifié, complété et pourtant c’est le même livre et il continue à porter le même nom. Mais les lois nouvelles reflètent le contexte nouveau dans lequel elles ont été votées ; elles répondent à de nouvelles questions, de nouvelles formes de délits : toute loi est toujours de circonstance !
En fait, toutes les lois données par Moïse et par ses successeurs, à des époques différentes, dans des conditions de vie différentes, ont été rassemblées là à la suite du Décalogue (ou des Dix Paroles du Sinaï), parce qu’elles en étaient la suite logique, au long des siècles et de l’évolution historique d’Israël.
QUOI DE NEUF EN ISRAËL ?
Israël n’est ni le premier ni le seul peuple à avoir promulgué des lois ; on a retrouvé au Proche-Orient des codes de lois beaucoup plus anciens : à Ur par exemple, (la patrie d’Abraham), on connaît un code qui date de 2050 av.J.C. ; et le fameux code d’Hammourabi (qui se trouve au Musée du Louvre) remonte à environ 1750, toujours av.J.C. Ces codes ont des quantités de points communs1 : dans toutes les civilisations, la loi est faite pour protéger les faibles : rien d’étonnant donc à ce que la Loi d’Israël, comme les autres, défende les intérêts de la veuve, de l’orphelin, de l’immigré, de l’emprunteur. Mais ce qui est nouveau ici c’est le fondement de la Loi.
AU NOM DU DIEU LIBÉRATEUR
Le fondement de la Loi d’Israël, c’est la libération d’Egypte : ou, plus exactement, c’est la double expérience de l’esclavage en Egypte et de la libération par Dieu. Et parce que Dieu s’est révélé comme celui qui entend la plainte des humiliés, qui leur rend leur liberté et leur dignité, très logiquement, il continue à travers la Loi à prendre la défense des humiliés. Si bien que toutes les lois bibliques sont émaillées de rappels : rappel de la souffrance endurée quand on était esclaves, humiliés… rappels de l’oeuvre de Dieu libérant son peuple. Par exemple, les premiers mots du Décalogue ne sont pas encore un commandement mais un rappel : « Je suis le SEIGNEUR ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage » (Ex 20,2) ; ou encore « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Egypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi » (Ex 19,4).
Et si Dieu a libéré son peuple c’est parce qu’il a entendu le cri des malheureux : « Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob… » (Ex 2,23-24). De même dans l’épisode du buisson ardent : « Le SEIGNEUR dit : J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer » (Exode 3,7).
Voilà le fondement de toute Loi en Israël : le Dieu qui entend le cri des malheureux, qui connaît leurs souffrances et donc prend leur défense. « Car moi, je suis compatissant » dit la dernière phrase de notre texte.2
Pour ce peuple qui a fait l’expérience de l’humiliation, il n’est pas difficile de se mettre à la place des humiliés : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Egypte. »3 Traduisez : parce que vous savez ce que c’est qu’être humilié, vous n’humilierez personne. Ce n’est pas affaire de raisonnement, de beaux sentiments, c’est affaire d’expérience, quelque chose comme « vous savez ce que c’est, alors mettez-vous à leur place ».
Petite précision au passage : l’immigré dont il s’agit ici, c’est l’étranger qui réside durablement dans le pays, qui s’y installe ; il ne s’agit pas de l’étranger de passage, du touriste, qui bénéficiait de l’hospitalité proverbiale en Orient.
LA RÈGLE D’OR : SE METTRE À LA PLACE
Les quelques commandements du texte d’aujourd’hui relèvent tous de la même logique : mettez-vous à la place du pauvre, de l’emprunteur, de la veuve, de l’orphelin ; ne les maltraitez pas, car Dieu entend leur cri ; nous sommes encore au tout début de la Révélation biblique (même si ces textes sont postérieurs à Moïse) mais déjà on sait que Dieu est concerné par la souffrance humaine, et qu’il vient au secours des pauvres et des humiliés.
Malheureusement, pour l’instant, il faut encore menacer pour que la loi soit respectée : « Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée ». Un jour viendra, nous le savons, où l’homme éduqué peu à peu par Dieu et par la Loi n’aura plus besoin de menaces, car il aura appris à voir en tout homme un frère.
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Notes
1 – Parmi les points communs les plus frappants, on remarque la formulation de type qu’on appelle « casuistique » : par exemple « Si tu prêtes de l’argent … » ou « Si tu prends en gage le manteau de quelqu’un… ». Mais ce qui est intéressant pour nous, ce sont les nouveautés que la Loi d’Israël apporte par rapport aux peuples voisins.
2 – Verset 26 : le mot « compatissant » n’est pas à entendre ici au sens latin (« compatir », en latin, signifie « souffrir avec »). En hébreu, le mot employé dans ce texte signifie « bienveillant », « ayant pitié ».
3 – Un peu plus loin, le même thème est repris : « Tu n’opprimeras pas l’émigré : vous connaissez vous-mêmes la vie de l’émigré, car vous avez été émigrés au pays d’Egypte » (Ex 23,9).
Compléments
– Les lois nouvelles reflètent le contexte nouveau dans lequel elles ont été votées.
Prenons un exemple : supposons que vous soyez dans une galerie de tableaux et que vos yeux s’arrêtent sur une Annonciation ; si la Vierge est représentée en costume Renaissance, vous saurez que le peintre ne vivait certainement pas au temps de Jésus, au premier siècle en Israël… de la même manière, des textes juridiques rédigés après l’installation en Canaan reflètent la société de leur temps et non plus le contexte sociologique de l’Exode. Par exemple, dans ce même chapitre 22, il y a un l’article qui prévoit le cas d’un « voleur surpris à percer le mur d’une maison » (Ex 22,1) ; il ne date certainement pas des campements sous tente dans le désert du Sinaï ! C’est également le cas dans le texte de ce dimanche : si on s’intéresse au sort des émigrés, c’est que le peuple est installé en Israël, qu’il peut désormais considérer ce pays comme sa terre et que des étrangers viennent à leur tour s’y installer. Toutes conditions, évidemment, non réunies dans le Sinaï pendant l’Exode. Autre chose est un peuple de pasteurs nomades, autre chose un peuple installé, sédentarisé.

PSAUME – 17 (18) 2-3, 4. 20, 47. 51ab
2 Je t’aime, SEIGNEUR, ma force :
3 SEIGNEUR, mon roc, ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !
4 Louange à Dieu ! Quand je fais appel au SEIGNEUR,
je suis sauvé de tous mes ennemis.
20 Lui m’a dégagé, mis au large,
il m’a libéré, car il m’aime.
47 Vive le SEIGNEUR ! Béni soit mon Rocher !
Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire.
51 Il donne à son roi de grandes victoires,
il se montre fidèle à son messie pour toujours.

QUAND JE FAIS APPEL AU SEIGNEUR, JE SUIS SAUVÉ
Pour comprendre ce psaume, il faut connaître l’histoire de David : on sait qu’à plusieurs reprises, celui-ci a été poursuivi par le roi Saül. Et le Seigneur l’a secouru. Je vous rappelle son histoire. Cela se passe un peu avant l’an mille avant J.C. A l’époque le roi légitime d’Israël, choisi par Dieu et consacré par l’onction d’huile du prophète Samuel, ce n’était pas David (pas encore), mais Saül, le premier roi d’Israël.
Mais celui-ci ne remplissait plus sa mission ; son règne, bien commencé, se terminait mal. Au lieu d’écouter le prophète, il avait sciemment transgressé ses ordres, et le prophète Samuel l’avait désavoué. C’est alors qu’il avait choisi David encore très jeune pour qu’il soit formé à la cour et qu’il succède plus tard à Saül. Saül est donc resté le roi en titre jusqu’à sa mort, mais il a dû supporter de voir grandir à la cour David, son rival de plus en plus populaire et à qui tout réussissait. Si bien qu’une haine farouche remplit peu à peu le coeur de Saül et qu’il essaya, à plusieurs reprises, mais vainement, de se débarrasser de David. Une fois entre autres, Saül poursuivait David et c’est dans une caverne que David a trouvé refuge. D’où l’expression : « Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite… » Choisi, à sa grande surprise, pour être le futur roi, David savait qu’il pouvait compter sur la protection de Dieu : « Quand je fais appel au SEIGNEUR, je suis sauvé de tous mes ennemis. » Ou encore : « Dieu, mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire ! »
Le deuxième livre de Samuel dit que David a chanté ce psaume pour remercier Dieu de l’avoir délivré de tous ses ennemis, à commencer par Saül ; et si vous avez la curiosité de consulter ce deuxième livre de Samuel au chapitre 22, vous y retrouverez le texte de ce psaume 17/18 presque à l’identique. Cela ne prouve pas que, historiquement, David a dit textuellement ces paroles-là, mais que le rédacteur final du livre de Samuel a pensé que ce psaume s’appliquait particulièrement bien à David.
Mais, bien sûr, le vrai sujet du psaume, comme toujours, n’est pas un personnage particulier, pas même le roi David : c’est le peuple tout entier. Et quand il veut rendre grâce à Dieu pour son soutien et sa sollicitude au long des siècles, il se compare au roi David poursuivi par Saül.
LE ROCHER D’ISRAËL
Le peuple d’Israël tout entier, lui aussi, peut dire ces versets en toute vérité : « SEIGNEUR, mon roc… Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite… Lui m’a dégagé, mis au large, il m’a libéré car il m’aime. Vive le SEIGNEUR ! Béni soit mon Rocher ! … » Tout d’abord, bien avant David, on avait expérimenté qu’une caverne dans un rocher peut être un lieu d’asile ; le livre des Juges en donne des exemples ; dire que Dieu est notre Rocher, c’est donc d’abord dire qu’il est notre secours, notre appui le plus sûr. Par exemple, on trouve dans le Deutéronome le fameux cantique de Moïse au Rocher d’Israël : « C’est le nom du SEIGNEUR que j’invoque ; à notre Dieu, reportez la grandeur. Il est le Rocher : son œuvre est parfaite ; tous ses chemins ne sont que justice. Dieu de vérité, non pas de perfidie, il est juste, il est droit. » (Dt 32,3-4). A une époque où on pense que chaque peuple a son dieu protecteur, on admet bien que les autres peuples puissent avoir leur rocher, mais il ne vaut quand même pas celui d’Israël ; on trouve dans le même cantique cette phrase superbe : « Le Rocher de nos ennemis n’est pas comme notre Rocher » (Dt 32,31).
LE ROCHER DE MASSA ET MERIBA
Moïse, quand il parle de rocher, lui donne certainement encore un autre sens ; on a là évidemment un écho de la libération d’Egypte (« Le SEIGNEUR m’a libéré car il m’aime ») et aussi de l’Exode, la longue marche au Sinaï ; tout au long de ce périple éprouvant, dans la chaleur, la faim, la soif, parmi les scorpions et les serpents brûlants, la présence de Dieu, sa sollicitude ont été le secours du peuple ; une sollicitude qui est allée jusqu’à faire couler l’eau du Rocher : c’est le célèbre passage de Massa et Meriba ; là où on a eu tellement soif qu’on a eu peur d’en mourir et qu’on a accusé Moïse de vouloir la mort du peuple… L’histoire de cette révolte hante la mémoire d’Israël car elle est typique des doutes qui assaillent le croyant ; mais ici, ce n’est pas la révolte qui est évoquée, c’est la bonté de Dieu qui répond à la révolte par un don plus grand encore :
« Là, le peuple souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le SEIGNEUR : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Et Dieu répondit « Tu frapperas le Rocher, il en sortira de l’eau et le peuple boira » (Ex 17,3-6).
Quand le peuple d’Israël chante ce psaume, il rappelle donc cette présence fidèle depuis toujours à ses côtés de Celui dont le Nom même est « Je suis avec vous » ; mais ce rappel est aussi la source de son espérance ; car tout comme David, ce peuple attend la réalisation des promesses du Dieu fidèle, la venue du Messie qui libèrera définitivement l’humanité. « Vive le SEIGNEUR ! Béni soit mon Rocher ! Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire. Il donne à son roi de grandes victoires, il se montre fidèle à son Messie pour toujours ».
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Complément
David et Goliath
Vous vous rappelez également la lutte entre David et Goliath : David armé d’une simple fronde affrontait le géant équipé de pied en cap et armé jusqu’aux dents ; vexé de l’accoutrement excessivement simple de son rival, Goliath lui avait dit : « Suis-je un chien pour que tu viennes à moi armé de bâtons ?…Viens ici que je donne ta chair aux oiseaux et aux bêtes des champs ». Et David lui avait répondu : « Toi, tu viens à moi armé d’une épée, d’une lance et d’un javelot ; moi, je viens à toi, armé du nom du SEIGNEUR le Tout-Puissant, le Dieu des armées d’Israël que tu as défié. Aujourd’hui même le SEIGNEUR te remettra entre mes mains… et toute la terre saura qu’il y a un Dieu pour Israël. Et toute cette assemblée le saura : ce n’est ni par l’épée, ni par la lance que le SEIGNEUR donne la victoire, mais le SEIGNEUR est le maître de la guerre et il vous livrera entre nos mains » (1 S 17,43-47).

DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 1, 5c-10
Frères,
5 vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous
pour votre bien.
6 Et vous-mêmes, en fait, vous nous avez imités, nous et le Seigneur,
en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves,
avec la joie de l’Esprit Saint.
7 Ainsi vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants
de Macédoine et de Grèce.
8 Et ce n’est pas seulement en Macédoine et en Grèce
qu’à partir de chez vous la parole du Seigneur a retenti,
mais la nouvelle de votre foi en Dieu s’est si bien répandue partout
que nous n’avons pas besoin d’en parler.
9 En effet, les gens racontent, à notre sujet,
l’accueil que nous avons reçu chez vous ;
ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu
en vous détournant des idoles,
afin de servir le Dieu vivant et véritable,
10 et afin d’attendre des cieux son Fils
qu’il a ressuscité d’entre les morts,
Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.

DANS UN MONDE HOSTILE
Partout où il passe, Paul entend parler du rayonnement de la jeune communauté de Thessalonique ; il en déduit que sa prédication a porté son fruit. La Parole accueillie par les Thessaloniciens dans la joie les a transformés en profondeur et, du coup, ils sont devenus un modèle pour les autres… comme une traînée de poudre.
Pourtant les conditions de leur conversion n’étaient pas faciles : puisque Paul précise qu’ils ont accueilli la Parole « au milieu de bien des épreuves ». Paul fait allusion ici à l’hostilité de certains Juifs à la prédication chrétienne ; Paul, lui-même, Silvain et Timothée ont essuyé les premiers ce refus de l’Evangile par ceux à qui il était destiné en priorité ; maintenant, c’est la nouvelle communauté chrétienne de Thessalonique qui relève le flambeau et qui rencontre à son tour la persécution ; mais elle tient bon comme l’ont fait avant elle le Christ lui-même puis ses apôtres ; c’est le sens de la phrase « Vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves avec la joie de l’Esprit Saint ». Apparemment, la joie est un élément important de l’accueil de la Parole !… cette joie intérieure qui est la signature de l’Esprit Saint.
« Vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles » ; évidemment, on se demande de quelles « idoles » il s’agit… cela peut vouloir dire soit divinité païenne, soit (pour des Juifs) une fausse image de Dieu. Or la communauté chrétienne naissante de Thessalonique était très mélangée : d’après les Actes des Apôtres « certains des Juifs se laissèrent convaincre et furent gagnés par Paul et Silas, ainsi qu’une multitude de Grecs adorateurs de Dieu et bon nombre de femmes de la haute société. » (Ac 17,4).
TOURNÉS VERS DIEU COMME LE CHRIST
Avant leur adhésion au Christianisme, ces divers groupes ne pratiquaient pas la même religion ; on n’a aucune précision sur la pratique religieuse des femmes dont Paul parle ici, et il y avait peut-être parmi elles et parmi les Grecs, des gens qui pratiquaient le culte des divinités païennes ; (on sait qu’au moins vingt divinités païennes différentes étaient vénérées à Thessalonique : on en a retrouvé des traces sur des colonnes) ; mais les Juifs et les Grecs réputés « adorateurs de Dieu » ne vénéraient certainement pas des idoles au sens strict : au contraire ils vénéraient le même Dieu que Paul, le Dieu vivant d’Israël. Seulement, on pouvait adorer le Dieu d’Israël et avoir quand même besoin de se convertir : Paul en savait quelque chose ! Lui aussi était adorateur du vrai Dieu, Juif convaincu et c’est au nom même de ses convictions et de l’idée qu’il se faisait de Dieu qu’il avait commencé par persécuter les Chrétiens ; maintenant, il était passé de l’autre côté de la barrière, si on peut dire, et donc il comprenait très bien ce qui se passait. Face à la prédication chrétienne, certains adoptaient l’attitude de Paul, avant sa conversion, d’autres suivaient le Paul du chemin de Damas. La distance entre les deux, c’est l’abandon de ses idées toutes faites sur Dieu, ses idoles, et la découverte du vrai Dieu tel qu’il s’est manifesté en Jésus-Christ.
Ici, Paul emploie une expression superbe : « Vous vous êtes convertis à Dieu », littéralement « vous vous êtes tournés vers Dieu » ; en grec ce sont les mots mêmes que Saint Jean emploie pour parler de la relation de dialogue sans ombre, de communion, qui unit le Père et le Fils : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1). Parce qu’ils ont accepté d’ouvrir leur coeur à la Parole de l’apôtre, les Thessaloniciens ont reçu la grâce de la conversion, du retournement. Désormais, eux aussi, comme le Christ, ils sont tournés vers Dieu et cela leur a donné tous les courages pour tenir bon malgré la persécution. Comme dit Saint Jean, encore, dans le Prologue, « A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12).
Désormais, ils sont à l’abri de « la colère qui vient », dit saint Paul. La « colère de Dieu », c’est une expression classique pour évoquer la fin des temps. Pour les croyants, ce n’est plus une inquiétude, au contraire. Ce sera le jour de la délivrance, où Dieu supprimera tout ce qui fait du mal à l’homme.
L’IMPATIENCE DES CROYANTS
Désormais, en Jésus-Christ, on ne craint plus le jugement de Dieu, au contraire on est impatient de voir s’accomplir pleinement le projet de Dieu ; il y a là, c’est très net dans tout le Nouveau Testament, et en particulier chez Saint Paul, un élément très important de la foi chrétienne, l’attente, une attente fervente, ardente, passionnée ; celle qui nous fait dire chaque jour avec impatience « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »… et cette volonté, nous le savons bien, c’est que la Bonne Nouvelle de l’amour soit proclamée et vécue partout et par tous.
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Compléments
– Dès l’Ancien Testament, on avait compris que la colère de Dieu ne vise pas l’homme lui-même ; elle vise le mal qui abîme l’homme. Mais Jésus-Christ est celui qui instaure définitivement le règne de l’amour sur la terre ; celui qui croit en Jésus-Christ vit dans l’amour et triomphe du mal et de la mort à son tour. Encore une phrase de l’évangile de Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (Jn 5,24).

EVANGILE – selon saint Matthieu 22, 34-40
En ce temps-là,
34 les pharisiens,
apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens,
se réunirent,
35 et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus
pour le mettre à l’épreuve :
36 « Maître, dans la Loi,
quel est le grand commandement ? »
37 Jésus lui répondit :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur,
de toute ton âme et de tout ton esprit.
38 Voilà le grand, le premier commandement.
39 Et le second lui est semblable :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
40 De ces deux commandements
dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

« MAÎTRE, DANS LA LOI, QUEL EST LE GRAND COMMANDEMENT ? »
« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Les Pharisiens posent à Jésus une question qui pour eux était classique. On sait que la loi comporte six cent treize commandements ; et ils avaient l’habitude de discuter à longueur de temps pour savoir quel commandement était le plus important ; quand un conflit de devoirs se présentait, il fallait bien hiérarchiser les divers commandements. La réponse de Jésus va les surpendre en les emmenant bien au-delà du terrain juridique.
Le contexte, ici, est important : nous sommes, chez Saint Matthieu, dans la dernière étape de la vie terrestre de Jésus, entre son entrée triomphale à Jérusalem et sa Passion. Les discussions se succèdent entre celui que la foule a reconnu comme le Messie et les autorités religieuses, qui, croient-elles, ont, seules, autorité pour reconnaître le véritable Messie. Jésus a raconté trois paraboles (celle des deux fils, celle des vignerons homicides et enfin celle du banquet nuptial et de la robe de noces). C’est le tour des autorités religieuses, maintenant, de lui poser trois questions, dans l’intention de le prendre au piège : celle sur l’impôt à payer à César, celle sur la résurrection des morts et enfin, celle d’aujourd’hui : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
NON PAS UN COMMANDEMENT MAIS DEUX !
On interroge Jésus sur la Loi, il puise sa réponse dans la Loi ; mais il refuse d’établir une hiérarchie entre les six cent-treize commandements de la Loi : il cite deux commandements tous deux inscrits dans la Loi d’Israël et il les place au même niveau : Tu aimeras le Seigneur, tu aimeras ton prochain.
« Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit » : c’est dans le Livre du Deutéronome au chapitre 6, cela fait partie de la profession de foi juive, le Shema Israël ; « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », c’est dans le livre du Lévitique (Lv 19,18). Et il dit « ces deux-là donnent sens à tous les autres » : « De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Il est vrai que la Loi, mais aussi les Prophètes liaient déjà très fort ces deux commandements ; pour la Loi, il suffit de relire le Décalogue, ce que nous appelons les dix commandements : les commandements concernant la conduite envers Dieu sont immédiatement suivis des commandements concernant la conduite envers les autres. Et l’ensemble de la Loi, nous l’avons revu avec le texte du livre de l’Exode qui nous est proposé en première lecture, quand elle dictait la conduite envers les autres, spécialement envers les pauvres, les veuves, les orphelins, les immigrés, le faisait au nom du Dieu de l’Alliance, ce Dieu que l’on devait aimer de tout son coeur et de toute son âme…
Quant aux Prophètes, ils n’avaient fait que rappeler ce lien entre les deux commandements : Isaïe, par exemple : « Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? (Is 58,6). Ou encore Michée : « Homme, répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6,8).
En résumé, dans la Loi comme chez les Prophètes, la grande leçon c’était « si vous voulez être les fils du Dieu qui vous a libérés, soyez des libérateurs à votre tour ». Ce qui veut dire que l’expression « tu aimeras » engage une conduite concrète, beaucoup plus qu’un sentiment.
SORTIR DU LÉGALISME
Ce faisant, Jésus invite ses interlocuteurs à sortir de l’esprit légaliste : il les appelle à une conversion radicale : avec Dieu on n’est pas dans le domaine du calcul, de ce qu’il faut faire pour être en règle ; on est sous la seule loi de l’amour. Saint Paul, l’ancien Pharisien scrupuleux, qui a fait l’expérience de cette conversion, dira dans la lettre aux Romains « Vous n’êtes plus sous la loi mais sous la grâce » (Rm 6,14). Et si l’on entre dans la logique de l’amour, ces deux commandements sont semblables, dit Jésus, ils sont de même nature ; bien sûr, car il n’y a pas deux sortes d’amour ! Celui dont on aimerait Dieu et celui dont on aimerait nos frères ; le second est la vérification du premier ; comme dit Saint Jean : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1 Jn 4,20).
Ici, donc, Jésus met en garde les Pharisiens : il y a des manières d’appliquer la loi qui la trahissent ; elle a été donnée par Dieu pour être un chemin de liberté et de vie, mais on peut très bien en faire un esclavage et même parfois un chemin de mort : par exemple quand le commandement du repos sabbatique vous conduit à laisser à l’abandon un malade ou un mourant, la loi qui dicte le service du frère est trahie.
Donc, ce que Jésus cherche à faire comprendre aux Pharisiens, c’est qu’ils risquent, au nom même de la Loi, d’oublier le commandement de l’amour.
Il est certain que c’est un thème cher à Saint Matthieu : lui, le seul des évangélistes à citer deux fois la phrase du prophète Osée « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices » (Osée 6,6)1 ; lui aussi, le seul à rapporter la parabole du jugement dernier « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).
——————–
Note
1 – Matthieu cite cette phrase du prophète Osée une première fois dans le récit de sa vocation (Mt 9,13) ; la deuxième fois, c’est précisément à l’occasion d’une controverse de Jésus avec les Pharisiens sur une question similaire à celle de ce dimanche. Il s’agit de l’épisode des épis arrachés dans un champ de blé par les disciples un jour de sabbat. Les Pharisiens reprochent à Jésus ce manquement : « Vois tes disciples qui font ce qu’il n’est pas permis de faire le jour du sabbat. » Jésus leur répond : « Si vous aviez compris ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné ces hommes. » (Mt 12,1-8).


Homélie du dimanche 25 octobre

Dimanche 25 octobre 2020
30éme dimanche du Temps Ordinaire

Références bibliques :
Du livre de l’Exode : 22.20 à 26 : »Je suis compatissant. »
Psaume 17 : « Il m’a libéré car il m’aime. »
Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Th. 5 à 10 : »Afin de servir le Dieu vivant et véritable. »
Evangile selon saint Matthieu : 22. 34 à 40 : »Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture, la Loi et les Prophètes, dépend de ces deux commandements. »
***
DIEU AVANT TOUT
Ce docteur de la Loi, qui pose une nouvelle question à Jésus, ne l’entraîne pas dans des domaines du comportement politico-religieux de dimanche dernier, entre César ou Dieu. Il semble vouloir vérifier l’orthodoxie fondamentale de ce Jésus qui s’en va et s’en vient avec les femmes de mauvaises vies, qui va déjeuner avec n’importe qui, qui outrepasse la Loi en se disant « Maître du sabbat » (Matthieu 12.8)
Ce questionneur semble représenter la tendance stricte du pharisaïsme. Il n’y a qu’un seul Dieu. Il n’y a qu’un seul grand commandement qui se trouve dans le « Shema Israël » que tout juif pieux doit réciter plusieurs fois par jour. (Deutéronome 6. 4) Dieu est le seul et nul ne peut contester cette priorité absolue. L’interprétation rigoriste de ce texte suppose que l’amour que l’on porte à Dieu se résume à la prière et au culte. Tout le reste est, sinon secondaire, du moins « inessentiel ».
Parmi les centaines de prescriptions de la Loi, il n’est pas d’autre loi plus fondamentale sinon celle-là. Demander à Jésus d’envisager une autre « grande » prescription, c’est le contraindre à un choix qui sépare, à une préférence qui exclut.
L’AMOUR NE PEUT EXCLURE
Jésus ne s’esquive pas par une réponse à double sens. Il ne s’enferme pas dans la seule affirmation du Deutéronome, comme veut l’obliger le pharisien. Il prend la Torah dans son ensemble et il appuie sa réponse sur le Livre du Lévitique (Lév. 19) où se répète comme un refrain cette affirmation  » Je suis Yahvé, votre Dieu ! … tu aimeras ton prochain comme toi-même, je suis Yahvé ! »
Le pharisien qui a tronqué la Parole de Dieu, en la réduisant à une seule n’est pas dupe en entendant l’affirmation de Jésus s’ouvrir à toute la Torah. L’Ecriture forme un tout : »Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture dépend de ces deux commandements. » L’amour de Dieu et le culte qui doit lui être rendu, sont inséparables de tous ces préceptes révélés dans le Lévitique. Il ne donne pas priorité de l’un sur l’autre. « Voici le second qui lui est semblable ».
Il n’y a qu’un seul et même amour qui signifié dans l’un comme dans l’autre texte. Jésus ne restreint pas, il ouvre la Loi et les Prophètes, ces prophètes qui ont toujours lié l’authenticité du culte au « droit et à la justice », comme l’a dit le livre du Lévitique. Dès le début de sa prédication, Jésus l’avait affirmé ainsi : rien ne peut être supprimé de la Loi. Elle doit être reçue dans sa plénitude (Matthieu . 18)
VOUS SEREZ SAINTS COMME JE SUIS SAINT
La réponse de Jésus manifeste ainsi l’écart entre l’univers clos des pharisiens et l’ouverture extraordinaire qu’offre la Bonne Nouvelle du Christ. La jonction du premier et du deuxième commandement « qui lui est semblable » donne la clé non seulement de toute la Loi et des prophètes, mais dans le même temps de sa propre vie de Messie et Sauveur puisque, dans sa mort, il va donner à son message la preuve ultime de cette unité de Dieu avec les hommes. « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » (Jean 3. 16)… Il nous a donné son Fils unique qui offre sa vie à son Père pour le salut de tous les hommes.
L’amour en Dieu est inséparable de l’amour qu’il porte à ses enfants, à tous ses enfants qui sont nos frères. Comment pourrions-nous manifester à Dieu notre reconnaissance pour l’amour que nous recevons de lui dans ce don gratuit, sinon en le partageant avec nos frères ? Comment prétendre aimer Dieu si nous n’aimons pas comme il aime, ce qu’il aime, et ceux qu’il aime, c’est-à-dire nos frères « image de Dieu » ? « Celui-là est un menteur », nous rappelle saint Jean (1 Jean 4. 20)
COMME SOI MEME
Ce « comme soi-même » n’est pas une invitation à l’égocentrisme. Saint Luc, évoquant cette même question du pharisien, va nous entraîner jusqu’à la parabole du Bon Samaritain dans la réponse à : »Qui est mon prochain ? » (Luc 10. 26) Il nous donne ainsi une lecture et une interprétation.
Le « comme soi-même » est en effet une excellente référence pour juger de l’amour que l’on porte à Dieu et à nos frères. Dans la Bible, il n’y a nulle part de commandement qui demande de s’aimer soi-même. Mais il y a la règle d’or de saint Matthieu 7. 12 : « Tout ce que vous voudriez que les hommes fassent pour vous, pareillement vous aussi, faites-le pour eux. C’est cela la Loi et les Prophètes ». La même affirmation que dans la discussion sur les deux commandements.
L’expérience porte conseil. Quand on a été soi-même éprouvé, on sait bien qu’il ne suffit pas d’entendre : »Ah oui, je connais çà moi aussi … » pour se sentir compris et aimé. Il nous faut partager un amour qui engage tout l’homme et tous les hommes, à commencer par soi-même. Car, déjà, s’aimer soi-même, s’assumer dans la joie, n’est pas si simple.
Le « comme soi-même » n’est ni un repli ni une suffisance auto-satisfaite qui conduiraient, l’une comme l’autre, à la solitude désabusée et douloureuse. C’est le don qui est source de la joie. L’amour donné au prochain nous apprend le sens profond de notre propre bonheur, comme l’amour que Dieu nous porte, nous apprend le sens profond de propre bonheur. Le Christ en parle à ses apôtres au soir du Jeudi-Saint : »Demeurez en mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et demeure en son amour. Je vous dis cela pour que la joie, la mienne, soit en vous et que votre joie trouve sa plénitude. » (Jean 15. 10 et 11)
***
L’art des fausses questions pratiqué par les pharisiens n’a pas disparu de nos jours, même s’il prend des formes plus subtiles en justifiant n’importe quel comportement sous prétexte qu’il n’y a pas de solution satisfaisante. Les situations de notre temps sont sans doute complexes. On vote même des lois générales pour que les comportements particuliers soient ainsi justifiés. L’amour ne sera jamais remplacé par un simple et précaire pacte de solidarité. L’amour est un don total.
En liant les deux commandements, le message du Christ demeure la clé de la compréhension de ce que nous sommes. « Regarde, Seigneur, le visage de ton Christ et souviens-toi qu’il s’est livré pour le salut de tous. En Lui qui t’a glorifié jusqu’à t’offrir sa vie, fais-toi reconnaître comme le Dieu d’amour, d’une extrémité du monde à l’autre. Que tous les peuples de la terre fassent monter vers toi l’action de grâce de Jésus ton Fils, notre Sauveur. » (Oraison de ce dimanche sur les offrandes)


Décès de Mgr Claude Feidt, archevêque émérite d’Aix-en-Provence

Monseigneur Claude Feidt, archevêque émérite d’Aix-en-Provence est décédé dans sa 85ème année le mardi 13 octobre 2020.
Né le 7 mars 1936 à Auduns-en-Romans situé en Meurthe-et-Moselle, il fut ordonné prêtre le 24 décembre 1961 pour le diocèse du Puy. Il fut aumônier de lycée au Puy (1963-1972) ; professeur de théologie au grand séminaire du Puy (1966-1980) ; vicaire épiscopal (1972-1980). Le 10 juillet 1980, Monseigneur Feidt fut nommé évêque auxiliaire de Chambéry. Il devint l’évêque coadjuteur (évêque adjoint à l’évêque diocésain, ayant droit de succession) du diocèse de Chambéry en 1985 avant d’en devenir l’archevêque, fonction qu’il occupa de 1985 à 1999. Nommé archevêque d’Aix-en-Provence et Arles à partir de 1999, il se retira en mars 2010 dans le diocèse d’Aix avant de revenir au Puy en 2011.
Retiré à la maison Nazareth au Puy-en-Velay depuis février 2019, Monseigneur Feidt s’est éteint à l’hôpital Emile Roux.
La célébration des obsèques de Monseigneur Claude Feidt aura lieu en la cathédrale Saint Sauveur d’Aix-en-Provence, le mardi 20 octobre à 15h.


Commentaires du dimanche 18 octobre

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 18 octobre 2020
29éme dimanche du Temps Ordinaire

1ère lecture
Psaume
2ème lecture
Evangile

PREMIERE LECTURE – Livre du prophète Isaïe 45,1-6
1 Ainsi parle le SEIGNEUR à son messie, à Cyrus,
qu’il a pris par la main,
pour lui soumettre les nations et désarmer les rois,
pour lui ouvrir les portes à deux battants,
car aucune porte ne restera fermée :
4 « A cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu,
je t’ai appelé par ton nom,
je t’ai donné un titre,
alors que tu ne me connaissais pas.
5 Je suis le SEIGNEUR, il n’en est pas d’autre :
hors moi, pas de Dieu.
Je t’ai rendu puissant,
alors que tu ne me connaissais pas,
6 pour que l’on sache, de l’Orient à l’Occident,
qu’il n’y a rien en dehors de moi. »
Je suis le SEIGNEUR, il n’en est pas d’autre

PAROLE DU SEIGNEUR AU ROI CYRUS
Quand Isaïe écrit ce texte, les Juifs sont en exil à Babylone depuis presque cinquante ans ; depuis que, en 587, les armées de Nabuchodonosor ont conquis Jérusalem, pillé et dévasté le Temple et emmené comme prisonniers de guerre les survivants encore valides. Et voici que, de toute la région, parviennent les bruits des conquêtes du nouveau maître du monde, Cyrus, le roi de Perse. Or, curieusement, ces bruits sont une bonne nouvelle pour les Juifs déportés à Babylone : tout le monde sait que bientôt toute la région appartiendra à ce nouvel empereur Cyrus à qui rien ne résiste.
Tout le monde sait aussi, car c’est assez inhabituel pour impressionner les foules, que contrairement à tous les autres souverains du temps, celui-là pratique une politique humanitaire : il laisse la vie sauve aux vaincus, ne dévaste pas, ne pille pas, ne déplace pas les populations ; dans tous les pays qu’il conquiert, il rencontre des populations déplacées par les vainqueurs : (c’est le cas des Juifs exilés à Babylone par Nabuchodonosor) ; à chaque fois, il les renvoie dans leur pays, leur rend les biens volés par les conquérants précédents et leur donne même les moyens de reconstruire leur pays. Sans doute a-t-il compris qu’un empereur a tout intérêt à être le maître de peuples heureux.
C’est dans ce contexte qu’Isaïe prononce cette prophétie qui sonne comme une extraordinaire profession de foi : il commence par dire « Ainsi parle le SEIGNEUR à son messie, à Cyrus » : en réalité, il ne parle pas directement à Cyrus lui-même qui ne lira jamais le livre d’un obscur prophète juif : plus vraisemblablement, le message d’Isaïe est adressé aux exilés pour leur redonner espoir, un espoir qui repose sur deux convictions :
Première conviction, Dieu reste fidèle à son Alliance, il n’abandonne pas son peuple élu : c’est le sens de l’expression « A cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu ». N’oublions pas que cette phrase est prononcée au moment même où on aurait toutes les raisons d’en douter. Si Israël peut être tombé aussi bas, avoir tout perdu, non seulement son indépendance politique, mais pire sa liberté, sa terre, son Temple, son roi… on peut quand même se demander si Dieu n’a pas abandonné son peuple… et certains se le demandent. C’est pour eux justement que le prophète Isaïe proclame de toutes ses forces « Jacob est toujours le serviteur de Dieu, Israël est toujours son élu ».
DIEU, LE SEUL SEIGNEUR
Deuxième conviction, Dieu reste le maître des événements : « Je suis le SEIGNEUR, il n’en est pas d’autre : hors moi, pas de Dieu ». Traduisez Cyrus, lui-même, le grand roi païen, est dans sa main : les expressions « donner un titre », « prendre par la main », « ouvrir les portes à deux battants » sont des allusions aux rites du sacre des rois : effectivement, le jour de son sacre, le nouveau roi recevait le nom de fils de Dieu, puis l’onction d’huile ; désormais il était dans la main de Dieu ; pour entrer dans la salle du trône, les portes s’ouvraient, symbole de toutes les portes des villes ennemies qui céderaient bientôt devant lui. Isaïe multiplie les allusions au sacre des rois d’Israël comme si Dieu lui-même avait choisi et sacré Cyrus comme roi à son service. Mais c’est Dieu qui garde l’initiative.
Ce texte n’est donc pas, malgré les apparences, une hymne à la gloire du roi Cyrus. On pourrait dire, au contraire, qu’il le remet à sa place ! Car la tentation d’idolâtrie était réelle en milieu babylonien. Et ce même chapitre 45 d’Isaïe comporte d’autres vigoureuses mises en garde contre l’idolâtrie et l’affirmation répétée que Dieu est Unique. C’est donc précisément au moment où Cyrus vole de victoires en victoires qu’Isaïe rappelle au peuple juif que Dieu est le seul Seigneur véritable ; Cyrus lui-même est dans sa main : Dieu saura faire tourner le succès de ce roi païen au profit de son peuple élu. Et ce roi païen ne saura même pas lui-même qu’il sert bien involontairement les projets de Dieu ; Isaïe insiste bien : « A cause de mon serviteur Jacob et d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas… Je t’ai rendu puissant alors que tu ne me connaissais pas ». A la limite la phrase est écrite de telle manière que le peuple élu semble le plus important, lui qui est pourtant dans une situation apparemment désespérée.
Mais c’est cela la foi du prophète justement : l’espoir qui repose sur ces deux convictions peut se traduire : « Puisque Dieu reste le maître et qu’il ne vous oublie pas, alors gardez courage ! De cette domination, de cette botte étrangère, Dieu saura faire sortir du bien. Aucun pouvoir humain, si grand soit-il, ne résiste à Dieu ».
On connaît la suite : l’avenir a donné raison à Isaïe ; Cyrus a effectivement conquis Babylone en 539. Il a autorisé les Juifs, dès 538, à rentrer à Jérusalem, en leur rendant les biens volés par Nabuchodonosor et en leur donnant une subvention pour reconstruire le Temple de Jérusalem.
Dernière remarque : Cyrus est appelé « messie » parce qu’il a été choisi par Dieu pour libérer son peuple. Il n’est pourtant ni roi, ni prêtre, ni prophète en Israël, mais le plus important c’est l’oeuvre qu’il accomplit. On peut en déduire que chaque fois que quelqu’un agit dans le sens d’une libération véritable des hommes, il accomplit l’oeuvre de Dieu.
———————–
Compléments à Isaïe 45
On ne peut quand même pas dire que l’histoire se répète toujours ! Un prophète juif a pu aller jusqu’à dire qu’un roi d’Iran était le Messie ! Les temps ont bien changé…
Bien sûr, parmi les auditeurs d’Isaïe, certains ont trouvé qu’il poussait l’audace un peu loin. Cela nous vaut une superbe réplique du prophète (quelques lignes plus bas dans ce même chapitre 45) : c’est Dieu qui parle « Au sujet de l’oeuvre réalisée par mes mains, est-ce que vous me donneriez des ordres par hasard ? » (Is 45,11).
Insistance sur « Je suis le SEIGNEUR, il n’y a pas d’autre dieu que moi » = preuve des innombrables tentations de fausses pistes : cela est d’une brûlante actualité.

PSAUME – 95 (96), 1.3, 4-5, 7-8, 9-10ac
1 Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
chantez au SEIGNEUR, terre entière,
3 racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations, ses merveilles !
4 Il est grand, le SEIGNEUR, hautement loué,
redoutable au-dessus de tous les dieux :
5 néant tous les dieux des nations !
Lui, le SEIGNEUR, a fait les cieux.
7 Rendez au SEIGNEUR, familles des peuples,
rendez au SEIGNEUR la gloire et la puissance,
8 rendez au SEIGNEUR la gloire de son nom.
Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis.
9 Adorez le SEIGNEUR, éblouissant de sainteté :
tremblez devant lui, terre entière.
10 Allez dire aux nations : « Le SEIGNEUR est roi ! »
Il gouverne les peuples avec droiture.

COMME SI C’ÉTAIT DÉJÀ LA FIN DU MONDE
Une espèce de frémissement, d’exaltation court sous tous ces versets. Pourquoi est-on tout vibrants ? C’est la foi qui fait vibrer ce peuple, ou plutôt c’est l’espérance… qui est la joie de la foi… l’espérance qui permet d’affirmer avec certitude ce qu’on ne possède pas encore.
Car on est en pleine anticipation : il faut lire les derniers versets pour comprendre que ce psaume nous transporte déjà à la fin du monde, en ce jour béni où tous les peuples sans exception reconnaîtront Dieu comme le seul Dieu. Les voici : « Joie au ciel ! Exulte la terre ! Les masses de la mer mugissent, la campagne tout entière est en fête. Les arbres des forêts dansent de joie devant la face du SEIGNEUR, car il vient, car il vient pour juger la terre. Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité ! » C’est ce jour-là que l’on attend, que l’on chante déjà. Imaginons un peu cette scène que nous décrit le psaume : nous sommes à Jérusalem … et plus précisément dans le Temple ; tous les peuples, toutes les nations, toutes les races se pressent aux abords du Temple, l’esplanade grouille de monde, les marches du parvis du Temple sont noires de monde, la ville de Jérusalem n’y suffit pas… aussi loin que porte le regard, les foules affluent… il en vient de partout, il en vient du bout du monde. Et toute cette foule immense chante à pleine gorge, c’est une symphonie ; que chantent-ils ? « Dieu règne ! » C’est une clameur immense, superbe, gigantesque… Une clameur qui ressemble à l’ovation qu’on faisait à chaque nouveau roi le jour de son sacre, mais cette fois, ce n’est pas le peuple d’Israël qui acclame un roi de la terre, c’est l’humanité tout entière qui acclame le roi du monde : « Il est grand, le SEIGNEUR, hautement loué, redoutable » (toutes ces expressions sont empruntées au vocabulaire de cour).
QUAND LE MONDE ENTIER ENTRE DANS LA FÊTE
En fait, c’est beaucoup plus encore que l’humanité : la terre elle-même en tremble. Et voilà que les mers aussi entrent dans la symphonie : on dirait qu’elles mugissent. Et les campagnes entrent dans la fête, les arbres dansent. A-t-on déjà vu des arbres danser ? Et bien oui, ce jour-là ils dansent !
Bien sûr, si on y réfléchit, c’est normal ! Les mers sont moins bêtes que les hommes ! Elles, elles savent qui les a faites, qui est leur Créateur ! Elles mugissent pour Lui, elles l’acclament à leur manière. Les arbres des forêts, eux aussi, sont moins bêtes que les hommes : ils savent reconnaître leur Créateur : parmi des tas d’idoles, de faux dieux, pas d’erreur possible, les arbres ne s’y laissent pas prendre.
Les hommes, eux, se sont laissé berner longtemps… Il suffit de se rappeler l’insistance d’Isaïe dans notre première lecture de ce vingt-neuvième dimanche pour dire « Je suis le SEIGNEUR, il n’en est pas d’autre ; hors moi, pas de Dieu ». Ce qui prouve que, du temps d’Isaïe, l’idolâtrie, sous une forme ou sous une autre n’était pas loin ! On entend ici cette même pointe contre l’idolâtrie : « néant tous les dieux des nations ». Il est incroyable que les hommes aient mis si longtemps à reconnaître leur Céateur, leur Père… qu’il ait fallu leur redire cent fois cette évidence que le Seigneur est « redoutable au-dessus de tous les dieux » ; que « c’est LUI, le Seigneur, (sous-entendu « et personne d’autre ») qui a fait les cieux ».
Mais cette fois c’est arrivé ! Et on vient à Jérusalem pour acclamer Dieu parce qu’enfin on a entendu la bonne nouvelle ; et si on a pu l’entendre c’est parce qu’elle était clamée à nos oreilles depuis des siècles ! Oui, « de jour en jour, Israël avait proclamé son salut »… de jour en jour Israël avait raconté l’oeuvre de Dieu, ses merveilles, traduisez son oeuvre incessante de libération… de jour en jour Israël avait témoigné que Dieu l’avait libéré de l’Egypte d’abord, puis de toutes les sortes d’esclavage : et le plus terrible des esclavages, c’est de se tromper de Dieu, c’est de mettre sa confiance dans de fausses valeurs, des faux dieux qui ne peuvent que décevoir, des idoles…
LA VOCATION DES CROYANTS
Israël a cette chance immense, cet honneur inouï, ce bonheur de savoir et d’être chargé de dire que notre Dieu, est le seul Dieu ; comme le dit la profession de foi juive, le « Shema Israël » : « Ecoute Israël, le SEIGNEUR ton Dieu est le SEIGNEUR UN ». C’est le mystère de la vocation d’Israël dont on n’a pas fini de s’émerveiller ; comme le dit le livre du Deutéronome : « A toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le SEIGNEUR qui est Dieu : il n’y en a pas d’autre. » (Dt 4,32). Mais le peuple choisi n’a jamais oublié que s’il lui a été donné de voir, c’est pour qu’il le fasse savoir.
Et alors, enfin, la bonne nouvelle a été entendue jusqu’aux extrémités de la terre… et tous se pressent pour entrer dans la Maison de leur Père.
Nous sommes là en pleine anticipation ! En attendant que ce rêve se réalise, le peuple d’Israël fait retentir ce psaume pour renouveler sa foi et son espérance, pour puiser la force de faire entendre la bonne nouvelle dont il est chargé.

DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 1,1-5
1 Paul, Silvain et Timothée,
à l’Église de Thessalonique
qui est en Dieu le Père
et dans le Seigneur Jésus Christ.
À vous, la grâce et la paix.
2 À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous,
en faisant mémoire de vous dans nos prières.
3 Sans cesse, nous nous souvenons
que votre foi est active,
que votre charité se donne de la peine,
que votre espérance tient bon
en notre Seigneur Jésus Christ,
en présence de Dieu notre Père.
4 Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu,
vous avez été choisis par lui.
5 En effet, notre annonce de l’Évangile
n’a pas été, chez vous, simple parole,
mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine certitude.

LE PREMIER ÉCRIT CHRÉTIEN
Voilà le premier écrit chrétien ! Nous avons tellement l’habitude de voir les évangiles figurer en tête du Nouveau Testament que nous risquons d’oublier qu’ils sont postérieurs aux lettres de Paul. La Première lettre aux Thessaloniciens date d’une vingtaine d’années seulement après la Résurrection du Christ ; et on a donc là les premières affirmations de la prédication chrétienne. C’est la première fois qu’on essaie de formuler par écrit cette découverte inouïe du mystère de Jésus-Christ. Nous sommes vers l’année 50 et, déjà, l’évangile est annoncé très loin de Jérusalem ! Thessalonique est en Europe, au Nord de la Grèce, dans cette région qu’on appelle la Macédoine ; mais avant d’arriver jusque-là, Paul a déjà eu le temps de fonder des communautés dans tout le Sud, le centre et même la côte Ouest de la Turquie.
C’est par les Actes des Apôtres qu’on sait comment les choses se sont passées ; Paul était en mission sur la côte ouest de la Turquie, quand une nuit, il a eu une vision : un Macédonien le suppliait de venir chez eux : « Passe en Macédoine, viens à notre secours ». Et Luc qui était du voyage raconte : « A la suite de cette vision, nous avons immédiatement cherché à partir pour la Macédoine, car nous étions convaincus que Dieu venait de nous appeler à y annoncer la Bonne Nouvelle » (Ac 16,10).
PAUL, SILVAIN ET TIMOTHEE EN EUROPE
Voilà donc nos missionnaires (Paul, Luc et Silas) sur la côte grecque ; la ville de Philippes est leur première étape (nous lisions ces temps-ci la lettre aux Philippiens) et vous savez que cela a failli très mal se terminer : d’abord bien accueillis, ils ont bientôt été accusés de troubler l’ordre public, battus et jetés en prison ; un providentiel tremblement de terre est passé par là et, finalement, on les a libérés en les priant de quitter la ville.
C’est de là qu’ils sont passés à Thessalonique. Dès leur arrivée, Paul s’est adressé aux Juifs pendant l’office du samedi matin à la synagogue, et cela trois samedis de suite. D’après les Actes des Apôtres, sa prédication était toujours la même : « Pendant trois sabbats, il discuta avec eux à partir des Écritures, dont il ouvrait le sens pour établir que le Christ devait souffrir et ressusciter d’entre les morts ; il ajoutait : « Le Christ, c’est ce Jésus que moi, je vous annonce. » Le texte ajoute « Certains des Juifs se laissèrent convaincre… avec une grande multitude de Grecs qui adoraient Dieu et avec un bon nombre de femmes de notables ».
Nous savons donc déjà de quoi est composée la communauté de Thessalonique à laquelle s’adresse cette lettre. Mais, comme d’habitude, Paul n’a pas suscité que de l’enthousiasme : toujours d’après les Actes, « Les Juifs, pris de jalousie, ramassèrent sur la place publique quelques vauriens ; ayant provoqué des attroupements, ils semaient le trouble dans la ville » (Ac 17,5), si bien que très vite il a paru plus prudent que Paul et Silas quittent la ville. Paul a donc quitté cette nouvelle communauté trop vite et est resté un moment inquiet à son sujet ; quand il écrit cette lettre que nous débutons aujourd’hui, il vient enfin d’être rassuré par Silas et Timothée qui étaient restés derrière lui en Macédoine et qui lui en rapportent d’excellentes nouvelles. Cela explique le ton particulièrement joyeux de ce début de lettre : c’est le soulagement qui suit l’inquiétude.
« Paul, Silvain (autre nom de Silas), et Timothée, à l’Eglise de Thessalonique qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus-Christ. A vous la grâce et la paix. A tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous ». Dès cette première phrase, on est surpris de la solennité de cette salutation : cette communauté est toute petite, et il l’appelle pompeusement « l’Eglise de Thessalonique qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus-Christ ». Ce respect immense de Paul pour les communautés chrétiennes, même modestes, est caractéristique de toutes ses lettres. Et c’est certainement cela qui motive l’action de grâce et même la jubilation qui est elle aussi un trait dominant de tous ses débuts de lettres, même quand il n’a pas que des compliments à faire à ses correspondants. Quels que soient leurs défauts, leurs imperfections, il voit d’abord en eux l’action de Dieu.
Ces quelques lignes contiennent déjà d’énormes affirmations théologiques ; j’en vois au moins deux :
DIEU UN EN TROIS PERSONNES
Premièrement, ce texte est trinitaire ; le mot « Trinité » n’y est pas bien sûr, on ne l’emploiera que plus tard ; mais Jésus est appelé « Seigneur », titre réservé à Dieu dans l’Ancien Testament, et l’action de grâce est adressée aux trois Personnes : « Nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en Notre Seigneur Jésus-Christ, en présence de Dieu notre Père… En effet, notre annonce de l’Evangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint… ».
Deuxièmement, c’est Paul qui a prêché mais c’est l’Esprit Saint qui a agi ; voilà qui met toute prédication à sa place : quand les croyants (que ce soit Israël, les disciples de Jésus ou les Thessaloniciens), se montrent disponibles à la Parole et se laissent transformer par elle, c’est à l’Esprit de Dieu que nous le devons.

EVANGILE – selon saint Matthieu 22,15-21
En ce temps-là,
15 les pharisiens allèrent tenir conseil
pour prendre Jésus au piège
en le faisant parler.
16 Ils lui envoient leurs disciples,
accompagnés des partisans d’Hérode :
« Maître, lui disent-ils, nous le savons :
tu es toujours vrai
et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ;
tu ne te laisses influencer par personne,
car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens.
17 Alors, donne-nous ton avis :
Est-il permis, oui ou non,
de payer l’impôt à César, l’empereur ? »
18 Connaissant leur perversité, Jésus dit :
« Hypocrites !
pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
19 Montrez-moi la monnaie de l’impôt. »
Ils lui présentèrent une pièce d’un denier.
20 Il leur dit :
« Cette effigie et cette inscription,
de qui sont-elles ? »
21 Ils répondirent :
« De César. »
Alors il leur dit :
« Rendez donc à César ce qui est à César,
et à Dieu ce qui est à Dieu. »

UNE QUESTION-PIÈGE
« Est-il permis de payer l’impôt à l’empereur ? » Jésus répond en traitant les questionneurs « d’hypocrites » ! Pourquoi « hypocrites » ? Parce que cette soi-disant question n’en est pas une… Hypocrites pour deux raisons : hypocrites, premièrement, parce que cette question, il y a longtemps qu’ils l’ont résolue. A Jérusalem, où se passe la scène, il n’est pas question de faire autrement, sauf à se mettre hors-la-loi, ce qu’ils n’ont pas l’intention de faire, ni les uns ni les autres, qu’ils soient Pharisiens ou partisans d’Hérode. Payer l’impôt à l’empereur, « Rendre à César ce qui est à César », ils le font et Jésus ne leur donne pas tort.
Mais hypocrites, aussi, deuxièmement, parce qu’ils ne posent pas une question, ils tendent un piège, ils cherchent à prendre Jésus en faute… » Et le ton faussement respectueux qui précède la question force encore le trait : « Maître, lui disent-ils, nous le savons, tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ». Toutes ces amabilités ne sont qu’un préambule pour une question-piège1 ; et ce piège-là, logiquement, Jésus ne devrait pas s’en sortir ; de deux choses l’une : ou bien il incite ses compatriotes à refuser l’impôt prélevé au profit de l’occupant romain et il sera facile de le dénoncer aux autorités, comme résistant ou même comme révolutionnaire et il sera condamné…
ou bien il conseille de payer l’impôt et on pourra le discréditer aux yeux du peuple comme collaborateur, ce qui va bien dans le sens de ses mauvaises fréquentations… mais pire, il perd toute chance d’être reconnu comme le Messie ; car le Messie attendu doit être un roi indépendant et souverain sur le trône de Jérusalem, ce qui passe forcément par une révolte contre l’occupant romain. Et puisqu’il a prétendu être le Messie, aux yeux du peuple et des autorités religieuses, il méritera la mort, ce n’est qu’un imposteur et un blasphémateur.
Le piège est bien verrouillé ; de toute manière il est perdu et c’est bien cela qu’on cherche : la première occasion sera la bonne pour le faire mourir ; la Passion se profile déjà à l’horizon, nous sommes dans les tout derniers moments à Jérusalem. Dans sa réponse, Jésus montre bien qu’il a compris : « Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? » Il n’est pas dupe du piège qu’on lui tend…
Pourtant il est interdit de penser qu’il pourrait chercher à embarrasser ses interlocuteurs ; Jésus n’a jamais cherché à mettre quiconque dans l’embarras ou à tendre un piège à quelqu’un ; ce serait indigne du Dieu dont la lumière éclaire les bons et les méchants.
Jésus ne répond donc pas au piège par un autre piège. Il traite la question comme une question et il y répond vraiment. Sa réponse tient en trois points : « Rendez à César ce qui est à César » … « Ne rendez à César que ce qui est à César » … « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ».
« RENDEZ À CÉSAR CE QUI EST À CÉSAR »
Premièrement, « Rendez à César ce qui est à César », y compris en payant l’impôt. C’est tout simplement reconnaître que César est actuellement le détenteur du pouvoir, ce qui est la pure vérité. Rien à voir avec de la servile collaboration ; au contraire, c’est accepter une situation de fait ; dans la perspective de l’Ancien Testament on considère que tout pouvoir vient de Dieu. Jésus lui-même, au cours de sa Passion, dira à Pilate : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en-haut » (Jn 19,11). D’autre part, et Isaïe nous l’a rappelé dans notre première lecture de ce dimanche, en parlant du roi Cyrus, Dieu peut faire tourner toute royauté humaine au bien de son peuple… or nos pharisiens connaissent mieux que nous le texte d’Isaïe sur Cyrus ; ils savent donc très bien que tout pouvoir, même païen, est dans la main de Dieu. Notons quand même en passant que le César du moment s’appelait en réalité « Tibère ». (Le nom « César » était devenu un titre).
Deuxièmement, « Ne rendez à César que ce qui est à César » : quand César (c’est-à-dire l’empereur romain) exige l’impôt, il est dans son droit, mais quand il exige d’être appelé Seigneur, quand il exige qu’on lui rende un culte, il vous expose à l’idolâtrie ; et là, il ne faut pas transiger. A l’époque où Matthieu écrit son Evangile, cette hypothèse était une réalité. De nombreux martyrs ont payé de leur vie ce refus de rendre un culte à l’empereur romain.
« RENDEZ À DIEU CE QUI EST À DIEU »
Troisièmement, « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». La vraie question est là : Etes-vous sûrs de rendre à Dieu ce qui est à Dieu ? En l’occurrence, il s’agit de reconnaître en Jésus celui qui vient de Dieu, celui qui « est à Dieu ».
Sans vouloir tirer de ce texte une théorie du pouvoir politique que, manifestement, Jésus n’a pas voulu y mettre, parce qu’il ne s’est pas placé sur ce terrain-là, on peut retenir de cet évangile une fois de plus une étonnante leçon de liberté. César n’est que César ; les rois de la terre ne sont en réalité que des roitelets. Leur royauté est passagère et le royaume de Dieu est d’un tout autre ordre : c’est au sein même des royaumes de la terre que toute oeuvre d’amour et de fraternité fait grandir le seul vrai royaume, le Royaume de Dieu.
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Note
Question-piège, oui, mais tous les compliments que ses adversaires viennent de lui adresser pour se moquer sont profondément vrais : « Maître, tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. » Très certainement, l’évangéliste rapporte avec bonheur ces compliments qu’il estime bien mérités.


Homélie du dimanche 18 octobre

Dimanche 18 octobre 2020
29éme dimanche du Temps Ordinaire

Références bibliques :
Du livre du prophète Isaïe : 45.1 à 6 :”Je t’ai rendu puissant …Je suis le Seigneur, il n’y en a point d’autre.”
Psaume 95 :”Rendez au Seigneur la gloire et la puissance.”
Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Th. 1. 1 à 5 :” à l’Eglise de Thessalonique qui est en Dieu le Père et en Jésus-Christ le Seigneur.”
Evangile selon saint Matthieu : 22. 15 à 21 :”Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.”
***
Jésus refuse le simplisme de la question et situe le problème au niveau de l’essentiel, qui est la place de Dieu chaque fois que nous sommes devant une question vitale qui demande de chacun et chacune d’entre nous une réponse qui engage notre vie.
TU ENSEIGNES LE CHEMIN DE DIEU
Ces pharisiens, qui voulaient lui tendre un piège, sont, en fait, enfermés sur eux-mêmes par leur propre question et par la manière dont ils l’ont posée :”Toi qui es toujours vrai…toi qui enseignes le chemin de Dieu.” Ils se sont placés sur le terrain même où Jésus évolue à l’aise, celui de la relation avec son Père.
“Est-il permis ?” Ils attendaient une réponse au dilemme du “permis-défendu” dans lequel bien souvent d’ailleurs nous nous enfermons nous-mêmes. Or nous vivons dans la foi et nous avons à découvrir et à approfondir la pensée de Dieu, révélée par le Christ, puis à la traduire dans notre comportement personnel, en fonction même de cette foi, et non pas selon une réponse rigide et par avance schématisée..
Puisqu’ils demandent le chemin de Dieu, Jésus entraîne les pharisiens dans cette direction. Et c’est là toute sa pédagogie. Isaïe envers Cyrus a souligné de la même manière le sens de toute situation humaine :”Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre.” (Isaïe 45. 4)
L’IMPOT A CESAR.
Une pièce de monnaie, comme un billet de banque, est un programme par ce qui y est présenté, l’annonce d’une politique, l’illustration d’un passé dans lequel on veut enraciner le présent.
Même si c’est de moins en moins perceptible au travers de nos cartes de crédit, par exemple, les rapports d’argent traduisent notre situation :”Je consulte votre banque” nous dit le distributeur anonyme. Par les liens sociaux qu’ils établissent, ils traduisent aussi des types de relation entre les hommes. L’argent permet d’acheter un objet, d’occuper un logement, de recevoir le fruit de son travail. Il sert aussi bien à couvrir le nécessaire qu’à accaparer une place et une domination.
“ L’argent a le parfum de la domination ou du service, il sent la sueur et parfois même le sang. Il est toujours plus que sa matérialité, et l’Evangile l’a bien compris -Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent (Matthieu 6. 24) – L’évangile de ce dimanche ne concerne pas l’argent pris isolément, il porte sur sa signification.” (Mgr Albert Rouet)
Payer ou non l’impôt, c’était rester à la surface des choses. Il nous faut aller plus loin que l’effigie, lire au-delà de l’inscription, découvrir quelle réalité elles expriment, quelle est la hiérarchie des valeurs.
AU DELA D’UNE EFFIGIE.
Comme pour toute chose et toute situation humaines, une vérité plus profonde nous attend au-delà de tous les signes terrestres. Les pharisiens le savaient bien et c’est pourquoi ils posent cette question à Jésus.
En demandant une pièce d’argent, Jésus leur rappelle qu’ils l’utilisent couramment, sauf dans les offrandes versées au Temple. Sur cette pièce, il y a, gravée, l’effigie de l’empereur. Or un vrai juif refuse la représentation en images, non seulement de Dieu qui est transcendance, mais aussi d’un homme, et spécialement d’un empereur qui se prend pour un dieu. La seule image de Dieu, selon la parole divine du livre de la Genèse, c’est l’homme vivant :”Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance”. (Genèse 1. 26)
Cette pièce doit être rendue à son propriétaire. “Rendez à César…” Cela ne signifie pas l’autonomie du domaine politique par rapport au domaine religieux. La politique en effet est un des lieux concrets d’exercice de la charité. La loi morale doit s’y manifester de plein droit, car c’est l’un des moyens par lesquels, en aimant ses frères, le chrétien manifeste son amour de Dieu.
Il y a un lien entre ces deux domaines, puisqu’on ne peut servir Dieu en dehors des médiations humaines. La relation ne signifie pas la confusion et toute sacralisation du pouvoir politique est idolâtre. Ce qui intéresse Jésus, c’est “Dieu seul”. Il faut rendre à Dieu ce qui lui appartient, à savoir l’homme. Jésus n’esquive donc pas une question délicate. Il ouvre une perspective nouvelle dans une vision étriquée du politique.
Il nous offre la seule liberté possible, celle de choisir en notre âme et conscience, ce qui va dans le sens d’une plus grande humanisation des rapports sociaux. “César” n’a pas l’exclusivité du domaine humain et matérielle et “Dieu” celui du domaine spirituel. L’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le vieux fonds religieux des pharisiens avait bien dit en affirmant :”Tu enseignes le vrai chemin de Dieu.”Sa réponse ne dissocie pas les deux domaines, César et Dieu, elle les unit en donnant priorité à Dieu.
Rendre à César ce qui est à César, c’est en définitive accepter l’incarnation, c’est accepter la réalité humaine, c’est accepter le chemin qui nous permet, dans un juste comportement vis-à-vis de “César” de pouvoir rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est-à-dire la totalité de l’homme.
***
Dieu scrute et purifie nos intentions et donc l’usage de nos biens. Il nous veut libérés du caractère sacré que nous conférons trop souvent aux biens matériels. Il nous guide et nous donne l’échelle de valeur de nos choix. Il nous met en face de cette échelle des valeurs.
Les oraisons de la liturgie du 29ème dimanche nous font prier en ce sens : Ne pas nous enfermer dans l’humain : ”Accorde-nous, Seigneur, de te servir à cet autel en toute liberté. Ainsi ta grâce pourra nous purifier dans le mystère que nous célébrons.” (prière sur les offrandes) – Prendre le chemin de Dieu : “ Assure-nous tes bienfaits ici-bas et instruis-nous des richesses de ton Royaume.” (prière après la communion). L’unité de notre vie “En cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur” (prière après le Notre Père).


Le Grand Prix du Rayonnement Français remis à L’Œuvre d’Orient

Mgr Pascal Gollnisch,Directeur général et le Président de l’association, le Vice-amiral (2s) Pierre Sabatié-Garat lors de la remise du prix du Rayonnement français en 2020 à Paris.
« Lorsque L’Œuvre d’Orient, Mgr Gollnisch, se mobilisent, c’est une haute idée de la solidarité et de l’éducation qui se manifeste ». Jean-Yves Le Drian – Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.
L’Œuvre d’Orient se réjouit de la remise, mardi 6 octobre 2020, du Grand Prix du Rayonnement Français à Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Œuvre d’Orient, en présence du Ministre des Affaires étrangères M. Jean-Yves Le Drian. Pour sa onzième édition, les membres du jury de ce Grand Prix du Rayonnement Français ont voulu distinguer et valoriser les initiatives personnelles et collectives, porteuses de l’image d’une France moderne, innovante et diverse. Les lauréats sont choisis pour leur implication, de nature multiple : économique, culturelle, humanitaire, francophone.
« Les chrétiens d’Orient ont la mélancolie aguerrie de ceux qui savent mais qui continuent d’espérer. […] Ils portent la mémoire et la sagesse de tous leurs pays. (…). Mais aussi la mémoire des premières civilisations (…). Ces chrétiens ont souvent créé chez eux les conditions d’un dialogue spirituel avec l’islam et inventé une sorte de diplomatie au quotidien, c’est pour ça qu’ils sont très importants. »  Daniel Rondeau – Académicien, écrivain, journaliste et diplomate français, qui a remis le Prix.

Retrouvez le discours de Mgr Pascal Gollnisch
Retrouvez le discours de Daniel Rondeau

L’Œuvre d’Orient est une association catholique et apolitique, reconnue d’intérêt général, qui œuvre depuis plus de 160 ans pour soutenir 400 communautés chrétiennes au Moyen-Orient, au service de toute la population (éducation, santé, culture).
Elle est membre du Comité de la Charte et bénéficie du label « Don en confiance ». Ce label, garantit la totale transparence sur ses financements et la destination de ses fonds pour les 1250 projets.
Depuis 2010 et sous l’impulsion de son directeur général, Mgr Pascal Gollnisch, L’Œuvre d’Orient a accentué son action en faveur du patrimoine des minorités et de la Francophonie à travers le soutien porté aux écoles chrétiennes au Moyen-Orient, où 400 000 élèves étudient en français.