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Eglise catholique en France




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    • Commentaires du dimanche 20 mai

      Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
      dimanche 20 mai 2018
      dimanche de la Pentecôte

      1ère lecture
      Psaume
      2ème lecture
      Evangile

      PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 2, 1-11
      1 Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques,
      ils se trouvaient réunis tous ensemble.
      2 Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent :
      la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière.
      3 Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu,
      qui se partageaient,
      et il s’en posa une sur chacun d’eux.
      4 Tous furent remplis d’Esprit Saint :
      ils se mirent à parler en d’autres langues,
      et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
      5 Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux,
      venant de toutes les nations sous le ciel.
      6 Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait,
      ils se rassemblèrent en foule.
      Ils étaient en pleine confusion
      parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient.
      7 Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient :
      « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ?
      8 Comment se fait-il que chacun de nous les entende
      dans son propre dialecte, sa langue maternelle ?
      9 Parthes, Mèdes et Elamites,
      habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce,
      de la province du Pont et de celle d’Asie,
      10 de la Phrygie et de la Pamphylie,
      de l’Egypte et des contrées de Libye proches de Cyrène,
      Romains de passage,
      11 Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes,
      tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

      JERUSALEM, LA VILLE DU DON DE L’ESPRIT
      Première chose à retenir de ce texte : Jérusalem est la ville du don de l’Esprit ! Elle n’est pas seulement la ville où Jésus a institué l’Eucharistie, la ville où il est ressuscité, elle est aussi la ville où l’Esprit a été répandu sur l’humanité.
      C’était l’année de la mort de Jésus, mais qui d’entre eux le savait ? J’ai dit intentionnellement « la mort » de Jésus, sans parler de sa Résurrection ; car celle-ci pour l’instant est restée confidentielle. Ces gens venus de partout n’ont probablement jamais entendu parler d’un certain Jésus de Nazareth. Cette année-là est comme toutes les autres, cette fête de Pentecôte sera comme toutes les autres. Mais déjà, ce n’est pas rien ! On vient à Jérusalem dans la ferveur, la foi, l’enthousiasme d’un pèlerinage pour renouveler l’Alliance avec Dieu.
      Ce jour-là, la ville de Jérusalem grouillait de monde venu de partout, des milliers de Juifs pieux venus parfois de très loin. Parce que, à l’époque du Christ, la Pentecôte juive était très importante : c’était la fête du don de la Loi, l’une des trois fêtes de l’année pour lesquelles on se rendait à Jérusalem en pèlerinage. L’énumération de toutes les nationalités réunies à Jérusalem pour cette occasion en est la preuve.
      « Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Egypte et de la Libye proche de Cyrène… Crétois et Arabes ».
      Pour les disciples, bien sûr, cette fête de Pentecôte, cinquante jours après la Pâque de Jésus, celui qu’ils ont vu entendu, touché… après sa Résurrection… cette Pentecôte ne ressemble à aucune autre ; pour eux plus rien n’est comme avant… Ce qui ne veut pas dire qu’ils s’attendent à ce qui va se passer !
      Pour bien nous faire comprendre ce qui se passe, Luc nous le raconte ici, dans des termes qu’il a de toute évidence choisis très soigneusement pour évoquer au moins trois textes de l’Ancien Testament : ces trois textes, ce sont premièrement le don de la Loi au Sinaï ; deuxièmement une parole du prophète Joël ; troisièmement l’épisode de la tour de Babel.
      Commençons par le Sinaï : les langues de feu de la Pentecôte, le bruit « pareil à celui d’un violent coup de vent » suggèrent que nous sommes ici dans la ligne de ce qui s’était passé au Sinaï, quand Dieu avait donné les tables de la Loi à Moïse ; on trouve cela au livre de l’Exode : « Le troisième jour, quand vint le matin, il y eut des voix, des éclairs, une nuée pesant sur la montagne et la voix d’un cor très puissant ; dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu hors du camp, et ils se tinrent tout en bas de la montagne. La montagne du Sinaï n’était que fumée, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; sa fumée monta comme le feu d’une fournaise, et toute la montagne trembla violemment … Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre ». (Ex 19, 16-19).
      En s’inscrivant dans la ligne de l’événement du Sinaï, Saint Luc veut nous faire comprendre que cette Pentecôte, cette année-là, est beaucoup plus qu’un pèlerinage traditionnel : c’est un nouveau Sinaï. Comme Dieu avait donné sa Loi à son peuple pour lui enseigner à vivre dans l’Alliance, désormais Dieu donne son propre Esprit à son peuple… Désormais la Loi de Dieu (qui est le seul moyen de vivre vraiment libres et heureux, il ne faut pas l’oublier) désormais cette Loi de Dieu est écrite non plus sur des tables de pierre mais sur des tables de chair, sur le coeur de l’homme, pour reprendre une image d’Ezéchiel.2
      L’ESPRIT DE DIEU DANS LE CŒUR DE L’HOMME
      Deuxièmement, Luc a très certainement voulu évoquer une parole du prophète Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair », dit Dieu (Jl 3, 1 ; « toute chair » c’est-à-dire tout être humain). Aux yeux de Luc, ces « Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel » comme il les appelle, symbolisent l’humanité entière pour laquelle s’accomplit enfin la prophétie de Joël. Cela veut dire que le fameux « Jour de Dieu » tant attendu est arrivé !
      Troisièmement, l’épisode de Babel : vous vous souvenez de l’histoire de Babel : en la simplifiant beaucoup, on peut la raconter comme une pièce en deux actes : Acte 1, tous les hommes parlaient la même langue : ils avaient le même langage et les mêmes mots. Ils décident d’entreprendre une grande oeuvre qui mobilisera toutes leurs énergies : la construction d’une tour immense… Acte 2, Dieu intervient pour mettre le holà : il les disperse à la surface de la terre et brouille leurs langues. Désormais les hommes ne se comprendront plus… Nous nous demandons souvent ce qu’il faut en conclure ?… Si on veut bien ne pas faire de procès d’intention à Dieu, impossible d’imaginer qu’il ait agi pour autre chose que pour notre bonheur… Donc, si Dieu intervient, c’est pour épargner à l’humanité une fausse piste : la piste de la pensée unique, du projet unique ; quelque chose comme « mes petits enfants, vous recherchez l’unité, c’est bien ; mais ne vous trompez pas de chemin : l’unité n’est pas dans l’uniformité ! La véritable unité de l’amour ne peut se trouver que dans la diversité ».
      Le récit de la Pentecôte chez Luc s’inscrit bien dans la ligne de Babel : à Babel, l’humanité apprend la diversité, à la Pentecôte, elle apprend l’unité dans la diversité : désormais toutes les nations qui sont sous le ciel entendent proclamer dans leurs diverses langues l’unique message : les merveilles de Dieu.
      ———————————
      Notes
      1 – La première lecture et le psaume sont communs aux fêtes de la Pentecôte des trois années liturgiques. En revanche, la deuxième lecture et l’évangile sont différents chaque année.
      2 – « Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes… vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ». (Ez 36, 26…28).

      PSAUME – 103 (104), 1.24, 29-30, 31.34
      1 Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme ;
      SEIGNEUR mon Dieu, tu es si grand !
      24 Quelle profusion dans tes oeuvres, SEIGNEUR !
      La terre s’emplit de tes biens.
      29 Tu reprends leur souffle, ils expirent
      et retournent à leur poussière.
      30 Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
      tu renouvelles la face de la terre.
      31 Gloire au SEIGNEUR à tout jamais !
      Que Dieu se réjouisse en ses oeuvres !
      34 Que mon poème lui soit agréable ;
      moi, je me réjouis dans le SEIGNEUR.

      QUELLE PROFUSION DANS TES OEUVRES, SEIGNEUR !
      Il faudrait pouvoir lire ce psaume en entier ! Trente-six versets de louange pure, d’émerveillement devant les oeuvres de Dieu. J’ai dit des « versets », parce que c’est le mot habituel pour les psaumes, mais j’aurais dû dire trente-six « vers » car il s’agit en réalité d’un poème superbe.
      On n’est pas surpris qu’il nous soit proposé pour la fête de la Pentecôte puisque Luc, dans le livre des Actes, nous raconte que le matin de la Pentecôte, les Apôtres, remplis de l’Esprit-Saint se sont mis à proclamer dans toutes les langues les merveilles de Dieu.
      Vous me direz : pour s’émerveiller devant la Création, il n’y a pas besoin d’avoir la foi ! C’est vrai, et on trouve certainement dans toutes les civilisations des poèmes magnifiques sur les beautés de la nature. En particulier on a retrouvé en Egypte sur le tombeau d’un Pharaon un poème écrit par le célèbre Pharaon Akh-en-Aton (Aménophis IV) : il s’agit d’une hymne au Dieu-Soleil : Aménophis IV a vécu vers 1350 av. J.C. , à une époque où les Hébreux étaient probablement en Egypte ; ils ont peut-être connu ce poème.
      Entre le poème du Pharaon et le psaume 103/104 il y a des similitudes de style et de vocabulaire, c’est évident : le langage de l’émerveillement est le même sous toutes les latitudes ! Mais ce qui est très intéressant, ce sont les différences : elles sont la trace de la Révélation qui a été faite au peuple de l’Alliance.
      La première différence, et elle est essentielle pour la foi d’Israël, Dieu seul est Dieu ; il n’y a pas d’autre Dieu que lui ; et donc le soleil n’est pas un dieu !
      Nous avons déjà eu l’occasion de le remarquer au sujet du récit de Création…
      Par exemple, dans le récit de la Création dans la Genèse, la Bible prend grand soin de remettre le soleil et la lune à leurs places, ils ne sont pas des dieux, ils sont uniquement des luminaires, c’est tout. Et ils sont des créatures, eux aussi. Un des versets le dit clairement « Toi, Dieu, tu fis la lune qui marque les temps et le soleil qui connaît l’heure de son coucher ».
      Je ne vais pas en parler longtemps car il s’agit de versets qui n’ont pas été retenus pour la fête de la Pentecôte…
      Et plusieurs versets présentent bien Dieu comme le seul maître de la Création ; le poète emploie pour lui tout un vocabulaire royal : Dieu est présenté comme un roi magnifique, majestueux et victorieux. Par exemple, le mot « grand » que nous avons entendu est un mot employé pour dire la victoire du roi à la guerre. Manière bien humaine, évidemment, pour dire la maîtrise de Dieu sur tous les éléments du ciel, de la terre et de la mer.
      Deuxième particularité de la Bible : la Création n’est que bonne ; on a là un écho de ce fameux poème de la Genèse qui répète inlassablement comme un refrain « Et Dieu vit que cela était bon ! »…
      Le psaume 103/104 évoque tous les éléments de la Création, avec le même émerveillement : « Moi, je me réjouis dans le SEIGNEUR » et le psalmiste ajoute (un verset que nous n’entendons pas ce dimanche) : « Je veux chanter au SEIGNEUR tant que je vis, jouer pour mon Dieu tant que je dure… »
      Pour autant le mal n’est pas ignoré : la fin du psaume l’évoque clairement et souhaite sa disparition : mais les hommes de l’Ancien Testament avaient compris que le mal n’est pas l’oeuvre de Dieu, puisque la Création tout entière est bonne. Et on sait qu’un jour Dieu fera disparaître tout mal de la terre : le roi victorieux des éléments vaincra finalement tout ce qui entrave le bonheur de l’homme.
      TU RENOUVELLES LA FACE DE LA TERRE
      Troisième particularité de la foi d’Israël : la Création n’est pas un acte du passé : comme si Dieu avait lancé la terre et les humains dans l’espace, une fois pour toutes. Elle est une relation persistante entre le Créateur et ses créatures ; quand nous disons dans le Credo « Je crois en Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre », nous n’affirmons pas seulement notre foi en un acte initial de Dieu, mais nous nous reconnaissons en relation de dépendance à son égard : le psaume ici dit très bien la permanence de l’action de Dieu : « Tous comptent sur toi… Tu caches ton visage, ils s’épouvantent ; tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle, ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre ».
      Autre particularité, encore, de la foi d’Israël, autre marque de la révélation faite à ce peuple : au sommet de la Création, il y a l’homme ; créé pour être le roi de la Création, il est rempli du souffle même de Dieu ; il fallait bien une révélation pour que l’humanité ose penser une chose pareille ! Et c’est bien ce que nous célébrons à la Pentecôte : cet Esprit de Dieu qui est en nous vibre en sa présence : il entre en résonance avec lui. Et c’est pour cela que le psalmiste peut dire : « Que Dieu se réjouisse en ses oeuvres ! … Moi, je me réjouis dans le SEIGNEUR ».
      Enfin, et c’est très important : on sait bien qu’en Israël toute réflexion sur la Création s’inscrit dans la perspective de l’Alliance : Israël a d’abord expérimenté l’oeuvre de libération de Dieu et seulement ensuite a médité la Création à la lumière de cette expérience. Dans ce psaume précis, on en a des traces :
      D’abord le nom de Dieu employé ici est le fameux nom en quatre lettres, YHVH, que nous traduisons SEIGNEUR, qui est la révélation précisément du Dieu de l’Alliance.
      Ensuite, vous avez entendu tout à l’heure l’expression « SEIGNEUR mon Dieu, tu es si grand ! » L’expression « mon Dieu » avec le possessif est toujours un rappel de l’Alliance puisque le projet de Dieu dans cette Alliance était précisément dit dans la formule « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ». Cette promesse-là, c’est dans le don de l’Esprit « à toute chair », comme dit le prophète Joël qu’elle s’accomplit. Désormais, tout homme est invité à recevoir le don de l’Esprit pour devenir vraiment fils de Dieu.

      DEUXIEME LECTURE – lettre de Paul apôtre aux Galates 5, 16-25
      Frères,
      16 je vous le dis :
      marchez sous la conduite de l’Esprit Saint,
      et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair.
      17 Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit,
      et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair.
      En effet, il y a là un affrontement
      qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez.
      18 Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit,
      vous n’êtes pas soumis à la Loi.
      19 On sait bien à quelles actions mène la chair :
      inconduite, impureté, débauche,
      20 idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité,
      jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme,
      21 envie, beuveries, orgies
      et autres choses du même genre.
      Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait :
      ceux qui commettent de telles actions
      ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
      22 Mais voici le fruit de l’Esprit :
      amour, joie, paix, patience,
      bonté, bienveillance, fidélité,
      23 douceur et maîtrise de soi.
      En ces domaines, la Loi n’intervient pas.
      24 Ceux qui sont au Christ Jésus
      ont crucifié en eux la chair,
      avec ses passions et ses convoitises.
      25 Puisque l’Esprit nous fait vivre,
      marchons sous la conduite de l’Esprit.

      UN AFFRONTEMENT PERMANENT
      Cet affrontement que Paul décrit ici entre les tendances de la chair et les tendances de l’esprit est le lot de chacun de nous depuis que le monde est monde. Le Livre de la Genèse le dit d’une manière très imagée dans l’épisode de Caïn et Abel : Abel était berger, Caïn cultivateur ; au printemps, selon la coutume, chacun des deux fit une offrande : la règle était que le berger offre le premier-né de son troupeau (ce qu’Abel a fait) et le cultivateur les premières gerbes de sa récolte ; pour Caïn, le texte suggère qu’il a peut-être fait son offrande de mauvais gré, puisqu’il est dit : « Caïn apporta au SEIGNEUR une offrande de fruits de la terre » (et non les premières gerbes). En tout cas, la suite est claire ; Caïn, peut-être parce qu’il n’a pas la conscience très tranquille, se rend compte (ou croit deviner) que son offrande n’est pas aussi bien vue que celle de son frère : « Le SEIGNEUR tourna le regard vers Abel et son offrande, mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande. Caïn en fut très irrité et son visage fut abattu. Le SEIGNEUR dit à Caïn : pourquoi t’irrites-tu ? Et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas ? Si tu n’agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, est avide de toi. Mais toi, domine-le. »
      Le mot « tapi », ici, est très intéressant ; il se dit d’un animal prêt à bondir : Caïn est écartelé entre cette violence animale qui l’envahit et l’appel de Dieu à dominer son envie de meurtre : « le péché, tapi à ta porte, est avide de toi. Mais toi, domine-le. » Il est clair que, pour Caïn, la véritable liberté aurait été de dominer sa violence : au moment où il se donnait l’illusion d’être le plus fort en tuant son frère, il n’était en réalité que l’esclave d’une violence qu’il n’avait pas su dominer. Nous sommes les descendants de Caïn et toute notre histoire humaine, aussi bien collective qu’individuelle, pourrait s’écrire comme la longue suite de ces affrontements : très lentement, l’humanité apprend à dominer sa violence : elle sort peu à peu de l’animalité pour devenir vraiment humaine. A l’échelon individuel, le même apprentissage est à refaire pour chacun de nous : ceux d’entre nous qui ont éduqué des enfants le savent bien. Long apprentissage de ce qu’est la véritable liberté ! Non pas se laisser aller à n’importe quoi, mais au contraire savoir dominer toutes ces bêtes tapies à notre porte : « débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre. » (On reconnaît ici la liste de Paul).
      LA LOI, UN PREMIER PAS
      Une bonne manière de faciliter cet apprentissage est d’imposer certaines règles de conduite : c’est le rôle des lois. « Tu ne tueras pas » : c’est le premier pas, la première balise ; il serait évidemment beaucoup plus noble pour Caïn d’aimer spontanément Abel ; mais tant qu’on n’en est pas là, au moins la loi limite-t-elle les dégâts et peu à peu elle éduque, de gré ou de force. Son rôle est d’enseigner les « bonnes manières », c’est-à-dire, qu’on le veuille ou non, les manières « d’être bon ! »
      « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas de rapt (ce qu’on peut traduire : tu ne réduiras personne en esclavage), tu ne mentiras pas, tu ne commettras pas d’adultère… » C’est l’apprentissage de la fidélité à ses promesses, de la vérité, du respect des autres…
      Apprentissage par la contrainte, il est vrai, mais l’expérience prouve que dans une première étape du développement des sociétés comme des individus, seule cette contrainte est efficace pour éviter la prolifération de la violence, ce que Paul appelle « les tendances égoïstes de la chair ».
      Entendons-nous bien sur le sens de ce mot « chair » pour Paul : contrairement à ce qu’on pourrait croire, chez Saint Paul, le mot « chair » n’a rien de péjoratif ! Ce n’est pas le corps, et encore moins le sexe, c’est l’homme tout entier quand il ressemble à Caïn ; cet homme-là a besoin d’une loi pour ne pas se laisser aller à toutes les violences qui l’habitent. Un jour viendra où la loi ne sera plus nécessaire : ce ne sera plus la loi qui régira les rapports entre les hommes, ce sera l’amour.
      Car l’amour de Dieu aura envahi tous les coeurs : « Je répandrai mon esprit sur toute chair » avait annoncé le prophète Joël (3, 1). Et l’humanité tout entière aura un esprit neuf, comme dit Ezéchiel : « Je vous donnerai un coeur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le coeur de pierre (le coeur de Caïn) et je vous donnerai un coeur de chair (comme celui de Jésus-Christ). Je mettrai en vous mon propre esprit, je vous ferai marcher selon mes lois (sous-entendu la loi d’amour), garder et pratiquer mes coutumes. »
      C’est déjà merveilleux de pouvoir affirmer « Un jour viendra »… Mais… Paul va beaucoup plus loin…
      Paul nous dit que ce jour est déjà venu. Et tous les textes de cette fête de Pentecôte répètent la même chose : ce jour est venu, Dieu a répandu son Esprit sur nous. La loi de contrainte n’a plus sa raison d’être, ou plutôt, une seule loi subsiste : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce jour est venu, et déjà nous avons vu l’oeuvre de l’Esprit d’amour dans le coeur d’un homme qui se laisse complètement habiter par lui : je veux parler de Jésus de Nazareth : quand Paul fait la liste des fruits de l’Esprit, on peut y lire le portrait même de Jésus-Christ : « Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. »

      EVANGILE – selon Saint Jean 15, 26 – 27 ; 16, 12 – 15
      En ce temps-là,
      Jésus disait à ses disciples :
      15, 26 « Quand viendra le Défenseur,
      que je vous enverrai d’auprès du Père,
      lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père,
      il rendra témoignage en ma faveur.
      27 Et vous aussi, vous allez rendre témoignage,
      car vous êtes avec moi depuis le commencement.
      16, 12 J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
      mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
      13 Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
      il vous conduira dans la vérité tout entière.
      En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même :
      mais ce qu’il aura entendu, il le dira ;
      et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
      14 Lui me glorifiera,
      car il recevra ce qui vient de moi
      pour vous le faire connaître.
      15 Tout ce possède le Père est à moi ;
      voilà pourquoi je vous ai dit :
      l’Esprit reçoit ce qui vient de moi
      pour vous le faire connaître. »

      L’ESPRIT DE VERITE…
      Cinq fois, au cours de son dernier entretien avec ses disciples, Jésus leur promet l’Esprit, qui sera désormais leur soutien. A plusieurs reprises, il lui donne le nom de Paraclet, traduisez celui qui est appelé auprès d’eux et qui ne les quittera jamais : « Moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous toujours. C’est Lui, l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous. » (Jn 14, 16-17).
      « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 26).
      « Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi ; et à votre tour, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement » (c’est le texte d’aujourd’hui – Jn 15, 26-27)…
      « C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai. » (Jn 16, 7)… « Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière, car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. » (Jn 16, 13).
      Si Jésus insiste tant sur le don de l’Esprit, c’est pour conforter ses disciples à l’heure de son départ ; ce sont eux désormais qui seront en première ligne ; ce même soir, il les prévient : « Je vous ai dit tout cela afin que vous ne succombiez pas à l’épreuve. On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où celui qui vous fera périr croira présenter un sacrifice à Dieu. Ils agiront ainsi pour n’avoir connu ni le Père ni moi. Mais je vous ai dit cela afin que, leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’avais dit. » (Jn 16, 1 – 4). Jésus sait bien que ses disciples ne seront pas traités autrement que lui : ceux qui ont voulu sa mort ont vraiment cru agir pour l’honneur de Dieu, en supprimant quelqu’un qui blasphémait. C’est ce que rapporte Saint Jean dans le récit de la Passion : « Les Juifs dirent à Pilate : nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » (Jn 19, 7).
      On est toujours surpris de cette effroyable méprise : le Fils de Dieu a été crucifié par les défenseurs de Dieu. A leur tour, les disciples du Fils seront persécutés, supprimés les uns après les autres au nom de la religion authentique. Ils auront bien besoin du soutien de l’Esprit de vérité. Jean l’appelle le « Paraclet », le Défenseur : entendons-nous bien, il ne s’agit pas de défendre les disciples contre un quelconque jugement de Dieu, mais de les soutenir lorsqu’ils seront traduits devant les tribunaux humains, pour qu’ils puissent témoigner authentiquement du Christ. Jésus n’a pas défini autrement sa propre vocation ; au cours de la Passion, il a dit à Pilate « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). A leur tour, les disciples n’ont pas d’autre raison d’être que de rendre témoignage au Christ pour que le monde connaisse enfin la vérité du Père.
      DONNE AUX CROYANTS POUR EN FAIRE DES TEMOINS
      L’Alliance définitive entre Dieu et l’humanité ne pourra s’instaurer que quand l’humanité connaîtra (au sens de « reconnaîtra ») enfin son Dieu. L’effroyable méprise dont je parlais tout-à-l’heure, la méconnaissance de l’humanité à l’égard de Dieu est le problème qui parcourt toute la Bible : depuis le soupçon d’Adam au jardin de la Genèse (Adam qui imagine Dieu jaloux de lui), depuis le soupçon du peuple assoiffé dans le désert du Sinaï, qui ose reprocher à Dieu de l’avoir fait sortir d’Egypte… jusqu’à ceux qui ont crucifié le Fils de Dieu lui-même, simplement parce qu’il ne répondait pas à leurs schémas, c’est toujours la même méconnaissance ; en vain, les prophètes ont alerté le peuple : « Ecoutez, cieux ! Terre, prête l’oreille ! C’est le SEIGNEUR qui parle : j’ai fait grandir des fils, je les ai élevés, (mais) eux, ils se sont révoltés contre moi. Un boeuf connaît son propriétaire et un âne la mangeoire chez son maître : Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas. » (Is 1, 2 – 3)
      Mais Dieu ne s’est pas lassé, il sait bien que l’humanité ne peut pas le découvrir toute seule, puisqu’il est le Tout-Autre ; il interviendra ; écoutons Jérémie : « Je leur donnerai une intelligence qui leur permettra de me connaître ; oui, moi je suis le SEIGNEUR, et ils deviendront un peuple pour moi, et moi je deviendrai Dieu pour eux : ils reviendront à moi du fond d’eux-mêmes. » (Jr 24, 7).
      Voilà qui devrait éclairer tous nos efforts pour connaître Dieu : parce qu’Il est le Tout-Autre, nous ne pouvons pas l’atteindre par nos seuls efforts, c’est lui qui vient se révéler à nous. C’est pour cela qu’il nous fait le don de son Esprit ; selon la très belle formule de la Prière Eucharistique « l’Esprit est le premier don fait aux croyants » pour que, par leur témoignage, le monde parvienne à la connaissance de la vérité de Dieu.
      ——————————
      Complément
      Il est intéressant de rapprocher la phrase de Pierre lors de l’élection de Matthias (« Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis son baptême par Jean, jusqu’au jour où il nous a été enlevé. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. » Ac 1, 20) et celle de Jésus le dernier soir : « Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15, 27).


    • Commentaires du dimanche 13 mai

      Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
      dimanche 13 mai 2018
      7éme dimanche de Pâques

      1ère lecture
      Psaume
      2ème lecture
      Evangile

      PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 1, 15… 26
      15 En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères
      qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes
      et il déclara :
      16 « Frères, il fallait que l’Ecriture s’accomplisse :
      En effet, par la bouche de David,
      l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas,
      qui en est venu à servir de guide
      aux gens qui ont arrêté Jésus :
      17 ce Judas était l’un de nous
      et avait reçu sa part de notre ministère.
      20 Il est écrit au livre des Psaumes :
      Qu’un autre prenne sa charge.
      21 Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés
      durant tout le temps où le Seigneur Jésus
      a vécu parmi nous,
      22 depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean,
      jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous.
      Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous,
      témoin de sa résurrection. »
      23 On en présenta deux :
      Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias.
      24 Ensuite, on fit cette prière :
      « Toi, Seigneur, qui connais tous les coeurs,
      désigne lequel des deux tu as choisi
      25 pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique,
      la place que Judas a désertée
      en allant à la place qui est désormais la sienne. »
      26 On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias,
      qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres.

      TEMOINS DU SEIGNEUR RESSUSCITE
      « En ces jours-là » : il s’agit des jours qui précèdent la Pentecôte ; nous avons donc là un témoignage sur un moment tout proche encore de la Résurrection de Jésus, très peu de temps après l’Ascension. Il est clair, déjà, que c’est Pierre qui mène les affaires ; ce qui est bien normal puisque c’est à lui que Jésus a confié ses brebis, comme il disait. Le moment est venu, estime Pierre, d’organiser la communauté : et là, on voit à quel point Pierre allie l’esprit de décision, l’initiative et le souci de fidélité à son Seigneur. Du côté de l’esprit de décision, on note sa fermeté : il dit très clairement ce qu’il faut faire : « Voici ce qu’il faut faire »… « il faut que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection ».
      Du côté de la fidélité, et cela ne nous étonne pas de la part d’un Juif, c’est dans l’Ecriture qu’il puise son inspiration : « Il est écrit au livre des psaumes : Que sa charge passe à un autre ». Ensuite, les critères de choix du candidat sont bien évidemment inspirés du souci de fidélité :
      Lorsqu’il s’est agi de remplacer Judas, on a cherché quelqu’un qui ait accompagné les apôtres depuis le début de la vie publique de Jésus, c’est-à-dire son baptême par Jean-Baptiste, jusqu’à l’Ascension. Jusqu’ici, dans les évangiles, nous n’avions jamais entendu le nom de Joseph Barsabbas, surnommé Justus, ni celui de Matthias ; mais nous découvrons ici que le cercle des très proches de Jésus était plus large que les douze apôtres. Pierre le dit clairement : « Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis son baptême donné par Jean jusqu’au jour où il fut enlevé ».
      Bienheureuse exigence de Pierre : c’est sur elle que nous pouvons fonder notre propre certitude de foi. Le témoignage rendu à la résurrection du Christ l’a été par des hommes qui avaient le droit d’en parler parce qu’ils avaient bien connu Jésus du début à la fin de sa vie publique. Chose étonnante, Pierre n’émet pas d’autre exigence que celle-là, il ne parle pas des qualités de caractère ou des vertus de celui qu’on recherche : ce qui prime, c’est sa fidélité à suivre Jésus depuis le début, pour être à même de parler de lui. Voilà qui devrait rassurer ceux d’entre nous qui se trouvent dépourvus de qualités : apparemment, ce n’est pas le plus important ! Le plus important est d’être un simple témoin de la résurrection du Christ ! C’est bien la mission que Jésus leur a confiée : au moment de les quitter, il leur avait dit : « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1, 8). On peut penser aussi à cette phrase de Jésus qui légitime tous nos engagements : « Vous me rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15, 27).
      UNE DECISION COLLEGIALE
      Pierre a indiqué la route à suivre, mais il ne décide pas tout seul : cela se déroule en trois temps ; à sa demande, on présente deux candidats : qui désigne ce « on » ? Le texte ne le dit pas, mais ce n’est pas Pierre en tout cas ; ensuite, l’assemblée (les cent vingt cités par Luc au début du texte) se met en prière : « Toi, Seigneur, qui connais le coeur de tous les hommes, montre-nous lequel des deux tu as choisi… » ; enfin, le recours au tirage au sort manifeste la place que l’on veut laisser à l’Esprit Saint dans ce choix : dans la mentalité de l’époque, tirer au sort, c’est remettre le choix dans les mains de Dieu.
      Chose curieuse, le nom de Matthias ne sera plus jamais mentionné dans les Actes des Apôtres : si donc, Luc raconte un peu longuement son entrée dans le groupe des Douze, ce n’est pas à cause de la personnalité de Matthias, mais parce que cette volonté de Pierre de reconstituer le groupe après la défection de Judas lui paraît symbolique : est-ce parce que douze est le nombre des tribus d’Israël ? Luc ne le dit pas. Peut-être, tout simplement, faut-il voir là le souci de Pierre de rester fidèle aux dispositions de Jésus lui-même : Jésus avait choisi douze apôtres, l’un des douze, Judas, a abandonné, on le remplace.
      Je reviens sur l’abandon de Judas : il avait pourtant reçu, comme les autres Apôtres, une part du ministère, car il faisait partie des douze choisis par Jésus après une nuit de prière : « En ces jours-là, Jésus (s’en alla dans la montagne pour prier et il passa la nuit à prier Dieu ; puis, le jour venu, il) appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélémy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon qu’on appelait le zélote, Judas fils de Jacques et Judas Iscarioth qui devint traître. » (Lc 6, 12-15).
      Cela veut dire que, même choisi par Jésus, dans un choix inspiré par l’Esprit-Saint, on reste libre. Judas, choisi comme les autres après une nuit de prière, est resté libre de trahir. Pierre a cette formule amère : « Judas a déserté sa place », une place qu’il a tenue pourtant jusqu’au soir du jeudi saint ; c’est au cours du repas de la Cène que Jésus a dit : « Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme par qui il est livré ! » (Luc 22, 22). Et encore « La main de celui qui me livre se sert à table avec moi. » (Lc 22, 21). Chez Luc, ceci se passe après le récit de l’institution de l’Eucharistie ; ce qui veut dire que Judas a participé avec les autres apôtres au repas de la Nouvelle Alliance. Mais il ne faut pas s’attarder sur le passé : « Il faut, dit Pierre, que sa charge passe à un autre » : parce que l’urgence de la mission est telle qu’on ne peut laisser des places vides !
      ——————————-
      Complément
      La phrase de Pierre nous surprend peut-être : « Par la bouche de David, l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas… » ; l’expression « Par la bouche de David » désigne les psaumes ; elle prouve deux choses : premièrement que Pierre, comme ses contemporains, attribue les psaumes à David ; ce n’est plus le cas aujourd’hui : parce qu’on a mille traces dans les psaumes d’une composition échelonnée sur plusieurs siècles ; deuxièmement, cela prouve également qu’au tout début de l’Eglise, les psaumes étaient fréquemment cités dans les discussions théologiques. Cela revient à dire qu’ils étaient très certainement souvent priés pour être si bien connus. Sur ce point, nous aurions beaucoup à faire pour retrouver cet usage aujourd’hui.

      PSAUME – 102 (103), 1-2. 11-12. 19-20ab
      1 Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
      bénis son nom très saint, tout mon être !
      2 Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
      n’oublie aucun de ses bienfaits !
      11 Comme le ciel domine la terre,
      fort est son amour pour qui le craint :
      12 aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident,
      il met loin de nous nos péchés.
      19 Le SEIGNEUR a son trône dans les cieux :
      sa royauté s’étend sur l’univers.
      20 Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le,
      invincibles porteurs de ses ordres !

      LE CHANT DE LOUANGE D’ISRAEL…
      Vous vous rappelez la visite de Pierre chez le centurion romain Corneille ; nous en avons lu le récit dans les Actes des Apôtres, dimanche dernier. Pierre avait entendu Corneille chanter la gloire de Dieu et il en avait déduit que l’Esprit-Saint était là ; ou, pour le dire autrement, la preuve de la présence de l’Esprit sur quelqu’un, c’est qu’il est dans l’action de grâce. « Tous les croyants qui accompagnaient Pierre furent stupéfaits, eux qui étaient Juifs, de voir que même les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit Saint. Car on les entendait dire des paroles mystérieuses et chanter la gloire de Dieu. »
      Pas étonnant donc, qu’en écho au livre des Actes des Apôtres, que nous lisons encore ce dimanche et qui est tout rempli de la présence de l’Esprit, nous soyons invités à chanter ce psaume 102/103 qui est d’un bout à l’autre un chant d’action de grâce pour toutes les bénédictions dont le compositeur (entendez le peuple d’Israël) a été comblé par Dieu.
      Effectivement, d’un bout à l’autre, ce psaume rayonne d’action de grâce : cela se voit déjà au seul fait qu’il comporte vingt-deux versets (la liturgie de ce dimanche ne nous en propose que six, mais en réalité il en comporte vingt-deux). Or vous le savez bien, l’alphabet hébreu comporte vingt-deux lettres ; donc on dit de ce psaume qu’il est « alphabétisant » ; et quand un psaume est alphabétisant, on sait d’avance qu’il s’agit d’un psaume d’action de grâce pour l’Alliance.
      D’un bout à l’autre, ce psaume rayonne d’action de grâce ! Cela commence dès le premier verset : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être ! » Pour commencer, on est frappés par le « parallélisme » entre les deux lignes de ce verset qui se répondent comme en écho ; et cela se répète tout au long de ce psaume ; l’idéal pour le chanter serait l’alternance ligne par ligne ; il a peut-être, d’ailleurs, été composé pour être chanté par deux choeurs alternés. Ce parallélisme, ce « balancement », nous le rencontrons souvent dans la Bible, dans les textes poétiques, mais aussi dans de nombreux passages en prose.
      Ici, en particulier, il y a un double parallélisme qui est intéressant : d’abord « Bénis le SEIGNEUR »… « Bénis son NOM très saint » : la deuxième fois, au lieu de dire « le SEIGNEUR », on dit « le NOM » : une fois de plus, nous voyons que le NOM, dans la Bible, c’est la personne.1
      Deuxième parallèle, toujours dans ce premier verset : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, Bénis son Nom très saint, tout mon être » : les mots « âme » et « tout mon être » sont mis en parallèle : parce que, dans la mentalité biblique, quand on dit « l’âme », il s’agit de l’être tout entier.2
      Enfin, je voudrais attirer votre attention également sur la construction de l’ensemble de ce psaume : pour cela je vous lis sa première et sa dernière strophe en entier : première strophe : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être ! Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! » ; dernière strophe : « Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole ! Bénissez-le, armées du SEIGNEUR, serviteurs qui exécutez ses désirs ! Toutes les oeuvres du SEIGNEUR, bénissez-le, sur toute l’étendue de son empire ! Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme ! »
      Première remarque : il est encadré au début et à la fin par une même phrase « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme » : première inclusion qui dit bien le sens général du psaume.
      Deuxième remarque : maintenant, je compare la première et la dernière strophes en entier : première strophe : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être ! Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! » Nous savons bien que celui qui parle ici à la première personne du singulier est le peuple d’Israël tout entier : ce « JE » est collectif. Donc première strophe, l’invitation à la prière s’adresse à Israël ; dernière strophe : « Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole ! Bénissez-le, armées du SEIGNEUR, serviteurs qui exécutez ses désirs ! Toutes les oeuvres du SEIGNEUR, bénissez-le, sur toute l’étendue de son empire ! » Les messagers de Dieu, ce sont les anges ; on imagine, comme dans les tableaux de Fra Angelico, les Anges embouchant leurs trompettes… « Toutes les oeuvres du SEIGNEUR », c’est la création tout entière, l’univers visible et invisible.
      … EN ATTENDANT LE CHANT DE LOUANGE DE L’UNIVERS ENTIER
      Nous avons donc là encore une inclusion : la première strophe est une invitation à la louange des serviteurs de Dieu sur la terre ; la dernière strophe est une invitation à la louange des serviteurs de Dieu dans le ciel, puis, en définitive à la totalité de l’univers. Voilà de quoi nous habiller le coeur pour chanter ce psaume à notre tour !
      Troisième remarque sur la construction de ce psaume : la strophe du milieu (dans notre lecture d’aujourd’hui) est aussi celle qui est au centre du psaume : « Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint : aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés. » Cette phrase est au centre du psaume comme elle est au centre de la foi d’Israël, de sa merveilleuse découverte du vrai visage de Dieu : un Dieu dont nous n’avons rien à craindre parce qu’il nous aime sans cesse et nous pardonne, parce que, sans cesse, il met loin de nous nos péchés ; la « crainte » a définitivement changé de signification ; elle est devenue simple obéissance confiante de l’enfant.
      Je reviens sur les mots Orient et Occident ; pour la mentalité biblique, ils sont bien les points cardinaux de la géographie, mais pas seulement ; parce que c’est à l’Est que le soleil se lève, l’Orient évoque la lumière et particulièrement celle de la vérité ; le mot « orienter » vient de là ; et, par contraste, l’Occident évoque l’erreur et le péché. Dans la phrase « Aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés », on entend cette distance qui sépare la lumière des ténèbres, la vérité de l’erreur ; loin, loin de nos erreurs passées, Dieu nous attire vers sa lumière et sa vérité.
      Désormais ce qui est au centre de l’action de grâce d’Israël, c’est le pardon sans cesse renouvelé de Dieu. La seule vraie conversion qui nous est demandée, c’est de croire que Dieu est amour.
      Pour terminer, vous savez que cette symbolique de l’Orient et l’Occident se retrouvait dans la liturgie du Baptême des premiers siècles : les baptisés se tournaient vers l’Occident pour renoncer au mal, puis faisaient demi-tour sur place : pour bien signifier que, désormais, ils tournaient résolument le dos à l’erreur ; ils se tournaient alors vers l’Orient (d’où vient la lumière) pour prononcer leur profession de foi et ensuite entrer dans le baptistère.
      —————————-
      Notes
      1 – Dire le Nom de quelqu’un c’est le connaître. Et c’est bien pour cela que les Juifs ne s’autorisent jamais à prononcer le NOM de Dieu, parce qu’ils ne prétendent pas “connaître” Dieu. Encore aujourd’hui, les Bibles écrites en hébreu ne transcrivent pas les voyelles qui permettraient de prononcer le NOM. Il est donc transcrit uniquement avec les quatre consonnes YHVH, ce qu’on appelle le “tétragramme”. Et quand le lecteur voit ce mot, aussitôt il le remplace par un autre (Adonaï) qui signifie “le SEIGNEUR” mais qui ne prétend pas définir Dieu.
      2 – A la suite des penseurs grecs, nous avons tendance à nous représenter l’homme comme l’addition de deux composants différents, étrangers l’un à l’autre, l’AME et le CORPS. Mais les progrès des sciences humaines, au vingtième siècle, ont confirmé que ce dualisme ne rendait pas compte de la réalité. Dans la mentalité biblique, au contraire, on a une conception beaucoup plus unifiée et quand on dit “l’âme”, il s’agit de l’être tout entier. “Bénis le Seigneur, ô mon âme, Bénis son Nom très saint, tout mon être”.

      DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 4, 11-16
      11 Bien-aimés,
      puisque Dieu nous a tellement aimés,
      nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
      12 Dieu, personne ne l’a jamais vu.
      Mais si nous nous aimons les uns les autres,
      Dieu demeure en nous,
      et, en nous, son amour atteint la perfection.
      13 Voici comment nous reconnaissons
      que nous demeurons en lui,
      et lui en nous :
      il nous a donné part à son Esprit.
      14 Quant à nous, nous avons vu,
      et nous attestons
      que le Père a envoyé son Fils
      comme Sauveur du monde.
      15 Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu,
      Dieu demeure en lui,
      et lui en Dieu.
      16 Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous,
      et nous y avons cru.
      Dieu est Amour :
      qui demeure dans l’amour
      demeure en Dieu,
      et Dieu demeure en lui.

      CELUI QUI M’A VU A VU LE PERE
      La phrase centrale de ce texte, c’est : « Le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » Le raisonnement de Jean est le suivant : 1) « Dieu est Amour » ; 2) Jésus est venu dans le monde pour révéler aux hommes le visage d’amour du Père ; 3) ceux qui croient en lui, reçoivent l’Esprit de Dieu, entrent dans la communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit ; 4) ils deviennent à leur tour des sources d’amour, (comme leur Père. Alors on peut dire que Jésus est le Sauveur du monde : car, enfin, les hommes deviennent ce pour quoi ils sont créés) à l’image et à la ressemblance de Dieu.
      Pour s’imprégner de ce raisonnement, il faut le reprendre pas à pas : d’abord, premier point, « Dieu est Amour » ; nous ne réalisons pas à quel point cette phrase est absolue ; pour Jean, les deux mots « Dieu » et « Amour » sont deux synonymes ; on peut toujours remplacer l’un par l’autre ! Dieu est Amour… et l’Amour est Dieu. Cela veut dire que tout amour vient de Dieu : aucun amour humain ne vient de l’homme seulement ; tout amour humain est dans l’homme une parcelle, une manifestation de l’amour de Dieu. Voilà une nouvelle fantastique et qui peut modifier notre regard sur l’amour humain ! Dimanche dernier, nous lisions déjà dans cette même lettre de Jean : « L’amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est Amour. » (1 Jn 4, 8). C’était donc le premier point de la méditation de Saint Jean.
      Deuxième point, Jésus est venu habiter parmi nous pour nous faire découvrir cela justement, que Dieu est Amour. Désormais, en Jésus, les hommes ont vu Dieu et ont pu constater de leurs yeux qu’il n’est qu’Amour. Il suffit de rappeler quelques phrases de l’évangile de Jean :
      « Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé. » (Jn 1, 18)… « Nul n’a vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu. Lui a vu le Père. » (Jn 6, 46)…
      « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).
      Troisième point, ceux qui acceptent de croire en Jésus, de reconnaître en lui le visage d’amour du Père, se mettent par le fait même au diapason de l’Esprit de Dieu, ils deviennent une demeure pour l’Esprit d’amour ; c’est une véritable renaissance, celle dont Jésus parlait à Nicodème. Le même évangile de Jean dit que nous sommes « enfants » de Dieu : « A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 12). Saint Paul le dit, lui aussi, à sa manière, dans la lettre aux Romains : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5, 5). Et le Christ est venu dans le monde, justement, pour que l’Esprit d’amour soit répandu sur la terre.
      On peut relire le début de la Bible à cette lumière-là ; car dès les premiers chapitres de la Bible, l’enjeu de la vie humaine est bien situé : l’auteur inspiré dit bien que Dieu a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance ». Et donc, si Dieu est Amour, nous sommes faits pour aimer.
      A L’IMAGE ET A LA RESSEMBLANCE DE DIEU
      Quatrième point, parce qu’ils sont remplis de l’Esprit d’amour, les croyants deviennent à leur tour des sources d’amour : Saint Paul dit que nous sommes désormais « héritiers de Dieu » : cela veut dire que nous pouvons puiser dans les trésors de Dieu. Et, bien sûr, on pense à cette phrase de l’évangile de Jean : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive celui qui croit en moi… De son sein couleront des fleuves d’eau vive… Il désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » (Jn 7,37-38).
      Mais il nous faut bien l’assistance de l’Esprit ! Tous les jours, nous mesurons notre difficulté à aimer vraiment ; mais après tout, ce n’est pas étonnant ! Si l’amour est la caractéristique de Dieu, rien d’étonnant à ce qu’il ne nous soit pas naturel ! Si, réellement, Dieu est Amour et l’Amour est Dieu, cela revient à dire que l’amour dépasse les limites humaines, qu’il est surhumain ; ce que nous savons bien !
      Alors, ce texte de Jean devrait nous déculpabiliser : cessons d’avoir honte de ne pas savoir aimer ; simplement, il suffit de puiser dans l’amour de Dieu pour le donner aux autres. Alors on comprend pourquoi Jean insiste tant sur le verbe « demeurer » : « Dieu est Amour, celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui. » Nous ne pouvons aimer que dans la mesure où nous sommes habités par Dieu. Ce qui est possible si nous restons fermement greffés sur Jésus-Christ.
      Conclusion, on peut donc dire que Jésus est le sauveur du monde. C’est-à-dire : il est celui qui va permettre au monde d’accomplir sa vocation ; il est clair que le monde est perdu parce qu’il ne vit pas dans l’amour, ou si vous préférez qu’il ne vit pas d’amour. Jésus est venu habiter parmi nous pour nous transformer, pour nous faire découvrir que Dieu est Amour, et nous permettre de vivre de cet amour. En cela, Jésus est bien le sauveur du monde : comme le dit Jean dans son évangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16-17).

      EVANGILE – selon Saint Jean 17, 11b – 19
      En ce temps-là,
      les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
      11 « Père saint,
      garde mes disciples unis dans ton nom
      le nom que tu m’as donné,
      pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
      12 Quand j’étais avec eux,
      je les gardais unis dans ton nom,
      le nom que tu m’as donné.
      J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu,
      sauf celui qui s’en va à sa perte
      de sorte que l’Ecriture soit accomplie.
      13 Et maintenant que je viens à toi,
      je parle ainsi, dans le monde,
      pour qu’ils aient en eux ma joie,
      et qu’ils en soient comblés.
      14 Moi, je leur ai donné ta parole,
      et le monde les a pris en haine
      parce qu’ils n’appartiennent pas au monde,
      de même que moi je n’appartiens pas au monde.
      15 Je ne prie pas pour que tu les retires du monde,
      mais pour que tu les gardes du Mauvais.
      16 Ils n’appartiennent pas au monde,
      de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
      17 Sanctifie-les dans la vérité :
      ta parole est vérité.
      18 De même que tu m’as envoyé dans le monde,
      moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
      19 Et pour eux je me sanctifie moi-même,
      afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

      LE PROJET DE DIEU POUR L’HUMANITE
      A la différence de Matthieu et de Luc, l’évangile de Jean ne rapporte pas le Notre Père, mais ce que nous lisons ici est tout-à-fait dans la même ambiance : « Père Saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage » fait écho à « Notre Père qui es aux cieux, que ton NOM soit sanctifié… » Et à la fin de ce texte, « Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais que tu les gardes du Mauvais » fait écho à « Ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du Mal ». Quant à la phrase « Que ta volonté soit faite », elle n’est pas dite ici, mais Jésus n’a que cela en tête.
      Au moment de quitter ses disciples, Jésus n’a qu’un souci, ou plutôt un souhait, l’accomplissement du projet de Dieu. Le projet de Dieu, c’est que le monde créé tout entier devienne lieu d’amour et de vérité : lente transformation, on pourrait dire germination, à laquelle tous les croyants sont invités à coopérer. Ainsi, les croyants ne quittent pas le monde, ils sont dans le monde, ils y travaillent de l’intérieur ; mais s’ils veulent le transformer, cela veut dire qu’ils savent en permanence rester libres, se maintenir à distance des conduites du monde qui ne sont pas conformes au mode de vie du royaume qu’ils veulent instaurer.
      Mgr Coffy disait « les croyants ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, mais ils vivent autrement la vie ordinaire. » Il ne s’agit donc pas de mépriser le monde, notre vie quotidienne, les gens que nous rencontrons, les soucis matériels, l’argent et toutes les réalités humaines ; il s’agit au contraire d’habiter ce monde pour le transformer de l’intérieur. Le Père Teilhard de Chardin disait « on ne convertit que ce qu’on aime. »
      A l’heure où Jésus fait cette dernière grande prière, ce projet de Dieu est en train de franchir une étape décisive : lui, Jésus, sait bien que son destin est scellé ; curieusement, il ne prie pas pour lui-même, il prie pour ceux à qui il passe le relais. « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. » Une seule chose compte, que le monde soit sauvé.
      Saint Jean revient souvent sur ce thème dans son évangile : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 17) ; au moment de la guérison de l’aveugle-né, Jean fait remarquer que le nom de la piscine, Siloé, signifie « envoyé », manière de dire que Jésus est « envoyé » pour ouvrir les yeux des hommes.
      C’est une constante dans toute l’histoire biblique : depuis Abraham, en passant par Moïse et par tous les prophètes, chaque fois qu’un homme ou un groupe (ou aussi bien le peuple d’Israël) est choisi par Dieu, ce n’est jamais pour son propre bénéfice solitaire, c’est toujours pour être envoyé en mission au service des autres. Et l’Eglise, à son tour, celle qui commence fragilement son existence le soir du Jeudi-Saint autour de Jésus, et tout autant celle d’aujourd’hui, n’a pas d’autre raison d’exister que sa mission dans le monde.
      Dans cette grande prière de Jésus pour ses disciples, trois mots reviennent sans cesse, qui sont les trois maîtres-mots de notre mission désormais : fidélité, unité, vérité. Premièrement, la fidélité : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom tu m’as donné… Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné ». Cette fidélité, pour Jésus, consistait à être parmi les hommes le reflet fidèle du Père ; désormais, en l’absence de Jésus, ce sont les croyants qui sont appelés à être les fidèles reflets du Père.
      NOTRE MISSION : REFLETS DU PERE
      Deuxième maître-mot, « unité » : « garde-les… pour qu’ils soient UN comme nous-mêmes » ; et nous avons tous en tête, bien sûr, la phrase qui suit tout juste le texte d’aujourd’hui : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21). Ce qui veut dire que l’unité n’est pas un but en soi ! Nous n’avons pas à la rechercher pour elle-même ; l’objectif, ce n’est pas l’unité d’abord, c’est que le monde croie. Nos divisions, nos querelles mangent nos énergies et sont un contre-témoignage scandaleux. Comment être témoins dans le monde de la Trinité d’amour si tous ceux qui invoquent la Trinité ne s’aiment pas entre eux ? En revanche, si l’objectif commun de tous les croyants était que le monde croie, cet objectif commun serait le meilleur chemin de notre unité. Rien de tel pour se découvrir frères que d’avoir un projet commun au service des autres.
      Troisième maître-mot de la mission que nous confie Jésus, la « vérité ». « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité ». Au début de l’histoire biblique, le mot « sanctifier » signifiait « mettre à part », retirer du monde ; désormais, avec l’incarnation du Christ, le mot « sanctifier » a changé de sens. Il signifie « participer à la sainteté de Dieu », et cela est accordé aux croyants, non pas pour qu’ils désertent le monde, mais pour qu’ils l’habitent à la manière de Dieu. Cette participation à la sainteté de Dieu est le fruit en nous de la Parole de vérité : nous ne croyons sûrement pas assez à l’efficacité de la Parole de Dieu, et, bien souvent, nous lui substituons nos propres paroles. Erreur : la parole de Dieu est Vérité, la nôtre n’est qu’approximation, balbutiement, (quand elle n’est pas défiguration) du Tout-Autre que nos pauvres mots ne peuvent pas dire.
      Enfin, au centre de ce passage très solennel et si dense, Jésus parle de joie ! Au moment même où il prévoit les affrontements inévitables (les disciples seront persécutés comme le Maître), « Je leur ai fait don de ta Parole et le monde les a pris en haine », au moment d’affronter pour lui-même les heures terribles, il parle quand même de joie ! Il ose dire : « Maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. »


    • Homélie du dimanche 13 mai

      Dimanche 13 mai 2018
      7e dimanche de Pâques
      Références bibliques :
      Les Actes des Apôtres. 1. 15 à 26 : «Avec nous, témoin de sa résurrection.»
      Psaume 102 : «Béni son nom très saint, tout mon être !»
      Lettre de saint Jean : 1 Jean 4. 11 à 16 : «Son amour atteint en nous sa perfection ».
      Evangile selon saint Jean. 17. 11 à 19 : «Qu’ils soient consacrés en vérité.»
      ***
      La prière de Jésus à son Père ne peut être reçue dans votre vie que par une longue méditation spirituelle. Ici Jésus se situe au cœur de l’unité divine, ou plus exactement, Jésus lui dit que nous, ses disciples, nous pouvons atteindre cette unité et la vivre en vérité.
      PERE SAINT
      La sainteté n’est pas une séparation du profane. En Dieu, rien ne peut être négatif. La sainteté, c’est la pureté dans sa plus haute perfection.
      Il le leur a dit : «Soyez parfaits comme mon Père.» (Mt 5. 48) Si Jésus, au soir du Jeudi-Saint, s’adresse ainsi à son Père, c’est qu’il veut que ses disciples, à leur tour, aient et gardent cette perfection, cette « sanctification » (Jean 17. 17).
      Ils ont une foi solide. Il faut qu’ils y persévèrent « dans ton nom ». L’adhésion à la connaissance qu’ils avaient de Jésus, doit être aussi l’adhésion à la connaissance de Dieu. C’est dans ce sens qu’il leur a appris à le dire dans le «Notre Père.» Désormais, il faut qu’ils vivent au quotidien selon la connaissance qu’ils ont de Dieu, par Jésus. Le lien qui unit le Père et le Fils, doit être et sera aussi le leur.
      Ce nom, cette connaissance, les gardera dans l’unité. Ils pourront être, entre eux aussi, une seule communauté d’esprit et d’âme, parce que cette communauté est constituée par l’unité qu’ils vivent en l’unité du Père et du Fils. «Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous.» (1 Jean 4. 12)
      VIVRE DANS LE MONDE
      Dans cette prière à son Père, Jésus ne dissocie pas son humanité de sa divinité. Durant sa présence immédiate auprès d’eux, il les gardait dans cette fidélité. Mais il rejoint son Père, sans pour autant être absent de ce monde. Dieu n’est jamais absence. Il est parfois silence pour qui ne sait pas entendre. Il est toujours présence, même quand elle difficile à pressentir.
      Ce qu’il demande pour eux, c’est que soit en eux la joie intense qui est celle de la vie trinitaire, du Père et du Fils et de l’Esprit. Une joie parfaite. (Jean 3. 29) comme la sienne. Une joie en plénitude.
      S’il est venu dans le monde, c’est pour accomplir la mission que le Père lui a confiée. A leur tour, ils sont chargés d’une mission. Il ne demande donc pas qu’ils quittent ce monde, sinon ils ne pourraient pas la remplir (Jean 13. 1), puisque lui-même est venu pour elle dans le monde. Il suffit que le Père les préserve des mauvais éléments qui sont dans le monde. L’unique nécessaire est de les préserver de la contagion du mal.
      La traduction liturgique a pris le parti de personnifier ce mal en parlant du Mauvais. Ni saint Augustin, ni saint Jean Chrysostome ne veulent commenter ainsi ces paroles de Jésus. Pour eux, il serait étrange que Jésus regarde ses disciples comme une sorte d’enjeu entre son Père et le diable, comme si les disciples n’avaient à se préoccuper que des tentations diaboliques.
      Certes, l’influence du démon n’est pas à perdre de vue. Mais, dans son commentaire de ce passage, saint Thomas d’Aquin rappelle que ce monde n’est pas entre les mains du Malin, du Mauvais.
      Ce «monde» dont parle Jésus doit être pris dans deux sens qu’il utilise. Tantôt c’est toute l’humanité dans laquelle Jésus vient. (Jean 3. 17) Tantôt c’est l’humanité hostile parce qu’elle ne comprend pas les choses d’en haut. De cette façon, nous sommes dans le monde, sans en être, sans en avoir l’esprit limité.
      Dans les versets 14 à 16, les deux sens se côtoient. La prière de Jésus à son Père les éclaire : «Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde.»
      UNE CONSECRATION
      Cette affirmation que ni Jésus ni ses disciples ne sont du monde, prépare la prière des versets 17 à 19. Pour agir sur le monde et dans le monde, sans en être, c’est-à-dire en étant à l’abri de sa contagion, il faut que les disciples reçoivent une consécration.
      En les rapprochant de Dieu, cette consécration les fait participer à sa perfection transcendante. C’est l’aspect positif de la sainteté. Ils ont reçu la parole, le «logos», le Verbe de Dieu qui s’est fait chair et qui a habité parmi nous. (Jean 1. 14)
      Le début de l’évangile de Jean est à mettre en relation avec la prière que nous méditons. Les phrases se répondent et, par là, nous éclairent. «Le monde ne l’a pas connue… Elle vint dans son propre bien … elle n’a pas été accueillie (Jean 1.10 et 11) «Ils ne sont pas du monde, comme moi…consacre-les par la vérité.» (Jean 17. 16) « La Parole pleine de grâce et de vérité. » (Jean 1. 14)
      Jésus demande donc à son Père de les faire participer à la perfection transcendante qui est la sienne. Le caractère de la Parole qu’il est, et qu’il tient du Père, c’est d’être la vérité. Puisqu’il les charge de participer désormais à une mission analogue à celle du Fils (Jean 10.36 et Jean 17. 18), ils doivent aussi participer à la sainteté divine. Il les a choisis pour qu’ils portent un fruit qui demeure.
      Jésus s’est consacré en vérité. Il demande à son Père de les consacrer, de les sanctifier « en vérité ». Le verset 17 dit «dans la vérité». Le verset 19 supprime l’article pour signifier que cette consécration n’est pas extérieure, mais qu’elle l’est véritablement, intimement, en réalité. Les lettres de Jean développent cette affirmation à plusieurs reprises : 1 Jean 4. 16 – 2 Jean 1. 2 – 3 Jean verset 3.
      ***
      Durant cette réflexion, nous avons parlé des disciples. Il nous suffirait maintenant de remplacer les mots « disciples », « ils » ou « eux », par « nous » pour que nous nous sentions pleinement concernés par cette prière de Jésus.
      Pour que nous en ressentions aussi toutes les exigences.


    • Homélie du 10 mai

      Jeudi 10 mai 2018
      Solennité de l’Ascension de Notre Seigneur

      Nous commémorons aujourd’hui le dernier jour de la présence physique du Christ ressuscité parmi ses disciples.
      Si nous avons vécu sincèrement et pleinement la joie pascale, cette fête nous semble bien être la fête d’un départ, d’une séparation. Notre-Seigneur, désormais, n’est plus présent tout à fait de la même manière.
      Les disciples n’ont pas réagi ainsi. Ils auraient pu être accablés de tristesse. Au contraire, « ils revinrent à Jérusalem en grande joie. » (Luc 24 52).
      LA JOIE DU CHRIST
      L’Ascension apporte aux chrétiens la joie de la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce départ couronne sa mission terrestre. C’est vers le Père que tout son être était tendu à chaque instant de sa vie terrestre. L’Ascension marque l’acceptation par Dieu de toute l’œuvre réparatrice du Fils, qui était d’apporter le salut par sa victoire sur le péché et sur la mort, victoire si douloureusement acquise.
      Maintenant il va être glorifié. La nuée qui l’enveloppe aujourd’hui (Actes 1. 9) et monte avec lui vers le ciel, représente, d’une certaine manière, la fumée de l’holocauste s’élevant de l’autel vers Dieu. Le sacrifice est accepté ; la victime est admise auprès du Père. (Hébreux 10. 6 à 10). La Résurrection avait été le premier signe éclatant de cette acceptation. La Pentecôte en sera le signe définitif.
      Il continuera son oblation d’une manière éternelle et céleste. L’œuvre de notre salut est accomplie et bénie. La gloire et les désirs de Notre-Seigneur doivent nous être plus importants que les consolations sensibles que nous recevons de sa présence. Sachons aimer assez Jésus pour nous réjouir de sa propre joie.
      NOTRE PRESENCE AUPRES DU PERE
      Jésus ne revient pas seul auprès du Père. C’est le « logos » incorporel qui était descendu parmi les hommes et a pris corps, s’est incarné, dans le sein de la Vierge Mère.
      Aujourd’hui, c’est la Parole faite chair (Jean 1. 14) à la fois vrai Dieu et vrai homme, qui entre dans le Royaume des cieux. Jésus y introduit la nature humaine. Il ouvre les portes du Royaume à l’humanité qui, en lui, par lui et avec lui, s’est unie à la divinité.
      Nous prenons déjà possession des biens qui nous sont offerts et nous sont possibles. « Avec lui, Dieu nous a ressuscités et fait asseoir dans les cieux en Jésus-Christ. » (Ephésiens 2. 6) Des places nous sont destinées dans le Royaume (Jean 14. 2). Notre présence y est désirée et attendue.
      L’Ascension devrait nous rendre plus présente et plus actuelle, la pensée du ciel, cette demeure permanente, cet état permanent dans la joie de Dieu. Pour beaucoup, la vie dans le ciel n’est qu’un supplément, qu’ils se représentent d’ailleurs très mal, de la vie terrestre. Ce serait, en quelque sorte, le post-scriptum, l’appendice, d’un livre dont la vie terrestre serait le texte même. C’est le contraire qui est vrai. Notre vie terrestre n’est que la préface du livre dont la vie dans le ciel sera le texte, un texte qui n’aura pas de fin.
      Nous ne pensons pas assez à ce qu’elle sera. « Nulle oreille n’a entendu, nul œil n’a vu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. » (Isaïe 64. 3) « Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons Jésus-Christ. » (Philippiens 3. 20)
      Notre vie terrestre serait transformée si, dès maintenant, nous jetions nos coeurs de l’autre côté de la barrière, au-delà de ce monde, dans le royaume où se trouve non seulement notre vrai bien, mais le vrai bien de ceux que nous aimons et que nous retrouverons.
      LA OU EST LA VRAIE JOIE
      Le moment du départ de Jésus a été un acte de bénédiction et un acte d’adoration, l’un correspondant à l’autre. « Or tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel… Pour eux, s’étant prosternés devant lui, ils revinrent à Jérusalem en grande joie … et ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. »
      Les disciples, après avoir été séparés de Jésus, demeuraient pleins d’espoir, parce qu’ils savaient que l’Esprit allait leur être donné. Et cette attitude d’attente joyeuse et confiante ne sera pas un repli sur eux-mêmes. « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1. 8)
      ***
      Quand Jésus paraît s’éloigner, nous savons qu’il reste proche. Il ne doit pas nous suffire de le savoir, mais il nous faut en vivre. « Alors que nous sommes encore sur la terre, mets en nos coeurs un grand désir de vivre avec le Christ, en qui notre nature humaine est déjà près de Toi. » (Prière de la communion)


    • Que fête-t-on à l’Ascension ?

      La fête de l’Ascension célèbre la montée de Jésus vers Dieu son Père. Elle est fêtée en France le jeudi de l’Ascension, quarante jours après Pâques. Mort et ressuscité, il quitte ses disciples tout en continuant d’être présent auprès d’eux, mais différemment. Il promet de leur envoyer une force, celle de l’Esprit-Saint.
      La fête de l’Ascension, célébrant l’entrée du Christ dans la gloire de Dieu, est une des principales fêtes chrétiennes, qui s’inscrit dans le prolongement de Pâques et annonce la Pentecôte, dix jours plus tard. Le jour de l’Ascension, la couleur des vêtements liturgiques (que porte le prêtre) est le blanc, couleur de la fête, de la lumière et de la joie.
      Jésus rejoint son Père
      L’Ascension est relatée par l’évangile de Marc (chapitre 16, verset 19), l’évangile de Luc (chapitre 24, verset 51) et le livre des Actes des Apôtres (chapitre 1, versets 6-11). Le livre des Actes des Apôtres rapporte que, quarante jours après Pâques, Jésus apparaît une dernière fois à ses disciples et leur annonce : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins (…) jusqu’aux extrémités de la terre ». Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. L’évangile de Luc précise quant à lui que les apôtres « retournèrent à Jérusalem, remplis de joie ».
      Ainsi s’achève le temps des rencontres du Ressuscité avec ses disciples. Cependant, selon sa promesse, Il sera toujours avec eux, mais d’une présence intérieure : ils ne le verront plus de leurs yeux. Le Christ n’est plus visible, mais il n’abandonne pas ses disciples. Il leur promet la venue de l’Esprit à la Pentecôte.
      Un nouveau mode de présence
      Croire que le Christ ressuscité est entré dans la gloire est un acte de foi. L’Ascension est source de liberté : loin de s’imposer aux hommes, Jésus les laisse libres de croire, et donc d’aimer véritablement. Jésus ne cesse d’inviter les hommes à le suivre : dans la foi, ils doivent apprendre à lire les signes de sa présence et de son action, en particulier dans la célébration des sacrements, notamment l’Eucharistie, mais aussi dans sa Parole, son Peuple, ses ministres (évêques, prêtres, diacres)…
      « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?  » (Ac 1, 11) s’entendent dire les apôtres : l’Ascension du Christ est aussi un appel à un plus grand engagement dans le monde pour porter la Bonne Nouvelle.
      La signification des Cieux
      L’Ascension de Jésus n’est pas un voyage dans l’espace, vers les astres les plus lointains, car les astres sont eux aussi faits d’éléments physiques comme la terre. Pour les croyants, monter aux cieux c’est rejoindre Dieu et vivre en son amour. Ici, nulle question de magie ou d’action spectaculaire. À propos du Ciel, le Catéchisme de l’Eglise catholique parle de « l’état de bonheur suprême et définitif ». Jésus ne s’est pas éloigné des hommes mais maintenant, grâce à sa présence auprès du Père, il est proche de chacun, pour toujours.


      sujet : a la une, Ascension, fête chrétienne

    • Des prix pour les enfants au cœur vaillant

      Le fond de dotation Cœurs Vaillants,lié à l’ACE ( Action Catholique des enfants) s’est donné pour mission d’accompagner financièrement les projets d’enfants pour les enfants dans différents champs d’actions comme la culture, la formation et l’éducation. Ainsi, le prix de la vaillance, lancé au printemps 2017, récompense des enfants capables de prendre des initiatives et de relever ensemble, des défis pour le bien commun.
      Pour sa deuxième édition, le jury du Prix de la Vaillance, sous le parrainage de Jacqueline Tabarly et Thomas Coville, a décerné trois prix :

      Le Prix de la Vaillance a été attribué aux élèves du collège Jean Moulin de Montreuil pour leur projet “Non aux inégalités !”
      Chaque membre du groupe en charge d’un sujet précis (la malnutrition, l’esclavage, l’égalité filles-garçons,… ) a fait des recherches pour aller plus loin dans la compréhension de la thématique choisie, et ensuite rassemblé des photos et textes pour réaliser une affiche. Un des élèves (Shehan) a illustré certains sujets par des dessins.
      Leur objectif : sensibiliser les jeunes aux inégalités et aux conditions de vie difficiles que peuvent rencontrer d’autres enfants en France et dans le monde. Cela par le biais d’une exposition dans leur collège avec des intervenants extérieurs (d’associations luttant contre les inégalités) et une émission radio sur le sujet.
      “Notre action nous a permis de mieux comprendre les inégalités dans le monde pour pouvoir ensuite les faire comprendre aux élèves de notre collège et les faire réagir !”

      Le Prix d’encouragement du jury a été attribué au groupe des Éclaireurs et Éclaireuses de France de Trets-Galaban pour leur projet “Maraude ».
      Les jeunes souhaitaient faire une action en lien avec la solidarité. Ils se sont rapprochés de l’association Action Froid d’Aix-en-Provence qui leur a proposé de faire une maraude le 31 décembre.
      Ils sont allés à la rencontre des sans-abris d’Aix-en-Provence et ont découvert des histoires de vie qui ont fait évoluer leur regard sur les personnes qui vivent dans la rue.
      Les jeunes ont ensuite souhaité partager leur expérience avec d’autres groupes d’Éclaireurs pour renouveler l’opération et l’installer dans la durée.

      Le Prix spécial du jury a été attribué aux enfants de l’association “Benja’main dans la main” pour leur projet “Un camion pour Benjamin”.
      Agathe a 12 ans, son frère Benjamin est atteint de la maladie de Hunter (une maladie génétique orpheline). Avec ses 5 amis et ses professeurs de danse, Agathe a décidé de faire des actions (calendrier, buvette au gala, concert) pour gagner de l’argent pour financer la voiture dont Benjamin a besoin.
      En décembre, tous ensemble, ils ont réalisé un petit calendrier sur le thème de la danse pour le vendre, ils ont également organisé une vente de boissons au gala de la danse de leur ville.
      Cette action a permis de mobiliser des personnes pour récolter des fonds mais aussi, d’aller au-delà de la problématique du financement, pour créer un réseau de solidarité autour de la famille d’Agathe.


      sujet : Eglise en périphérie, enfant, périphérie

    • Homélie du dimanche 6 mai

      Dimanche 6 mai 2018
      6e dimanche de Pâques
      Lectures bibliques :
      Lecture des Actes des Apôtres. 10. 25 à 48 : « Les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit-Saint. »
      Psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu. »
      Lettre de saint Jean. 1 Jean 4 7 à 10 : « Dieu est amour … il a envoyé son Fils dans le monde pour que nous vivions par Lui. »
      Evangile selon saint Jean. Jean 15. 9 à 17 : « C’est moi qui vous ai choisis. »
      ***
      Les Actes des Apôtres nous offrent une vision de l’Eglise qui rejoint la réalité que nous vivons aujourd’hui.

      LE SIGNE DE DIEU
      Le chapitre 10 n’est pas le simple descriptif d’un événement. C’est un des grands tournants de la vie de l’Eglise naissante, dont nous devons suivre le déroulement afin de vivre de l’intérieur la décision qui lui donnait, à ce moment-là, la possibilité de son épanouissement dans le monde grec et romain.
      Beaucoup de choses sont en jeu et, en premier lieu, la fidélité à la pensée de Dieu, exprimée par Jésus de Nazareth, le ressuscité. Nous pouvons aussi mieux ressentir le pourquoi de l’orientation prise par les apôtres, à la suite de saint Pierre.
      Les explications de saint Pierre n’emportent pas immédiatement les convictions. C’est un signe venant de Dieu qui sera déterminant. Cette irruption de l’Esprit-Saint, inattendue, rappelle à tous la Parole de Jésus au soir du Jeudi-Saint : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis… qui vous choisis. Quand viendra le défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui vient d’auprès du Père, celui-ci témoignera de moi. » (Jean 15. 9 et suivants)
      Quand arrive le moment de décider de l’accueil des non-juifs, Pierre pourra s’appuyer sur cette confiance et sur cette parole. Il délie l’entrave qui empêche les non-juifs de rejoindre pleinement le Royaume de Dieu.
      L’ESPRIT DE DIEU AGIT COMME IL VEUT.
      Pierre veut entraîner la jeune communauté à accepter Corneille et, au delà de lui, tout païen. Et Dieu ratifie ce qu’il dit. L’Esprit de Dieu va reposer sur un païen. Même si ce centurion est un « craignant Dieu », même s’il est sympathisant du peuple juif, il n’en reste pas moins à la porte. Il n’est pas circoncis.
      Bien des païens, agrégés au peuple juif, l’étaient par le rite de la circoncision. Nous en voyons parmi les compagnons d’Etienne, le premier martyr (Actes 6. 5). Corneille n’est pas et ne sera pas circoncis. Désormais l’accès du Royaume dépend de l’efficacité de la Parole de Dieu, du Verbe de Dieu. Il ne dépend plus de l’application de la loi de Moïse. Il dépend de l’Esprit que Jésus envoie : « Le pardon des péchés est accordé, par son nom, à quiconque met en lui sa foi. » (Actes 10. 43).
      Le centurion romain pourra entrer dans le peuple du Royaume. Il ne sera pas une exception d’ailleurs. Tous ceux qui l’entourent reçoivent l’Esprit et seront baptisés. Désormais, l’Evangile n’est plus le privilège des seuls Juifs, pourtant dépositaires de la Promesse.
      Saint Luc avait relevé cette parole du Christ : « Il faut proclamer en son nom la conversion, pour la rémission des péchés, à toutes les nations en commençant par Jérusalem. » (Luc 24. 27). « Vous recevrez une puissance venant du Saint-Esprit sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1. 8). C’est la mission de saint Pierre de rendre possible cette propagation de l’Evangile, tout autant que la réalisera saint Paul, auprès des Hellénistes, en rejoignant le collège apostolique. (Actes 9. 28)
      L’ENTREE DES PAIENS DANS L’EGLISE
      Cette entrée est donc le fait de l’Esprit-Saint lui-même qui bouscule les apôtres. A cette date, ils étaient encore tout imprégnés de l’obligation de prolonger la révélation mosaïque sans la renier, mais en l’incluant dans la révélation évangélique. Pierre veut les y conduire, mais ce discernement ne leur est pas facile. Pas plus qu’à nous d’ailleurs dans des circonstances qui peuvent présenter quelques similitudes. L’Esprit-Saint alors nous bouscule, ne serait-ce que par ce concile inattendu par ses orientation et ses décisions.
      A Césarée, c’est donc Dieu lui-même qui prend en main les événements, au moment où Pierre explique à la communauté le sens du message dont il tire lentement les conclusions : « Son message, il l’a envoyé aux fils d’Israël. » Pierre dépasse déjà le peuple juif, car Israël, ce sont aussi ces Samaritains avec qui les habitants de Judée évitaient de parler. Pierre fait même un pas de plus : « Le Christ est le Seigneur (« kurios ») de tous les hommes. »
      Il n’a pas le temps de terminer sa longue démonstration que l’Esprit-Saint, sans en attendre la conclusion, s’empare de tous ceux qui l’entendaient. Pierre en tire les conséquences. Nous sommes dans une autre logique : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit-Saint comme nous. »
      LA PENTECOTE DES PAIENS
      Plusieurs commentateurs emploient cette expression : « pentecôte des païens ». Elle est éclairante, mais elle peut devenir fausse si nous l’entendions comme la fondation d’une nouvelle Eglise. En fait, l’Esprit renvoie à la Parole de Dieu qui est le Verbe, Jésus-Christ. Il n’est aucune autre Parole de vie pour les Juifs comme pour les païens. Il construit le Corps qui est l’Eglise. L’Evangile de ce dimanche le rappelle : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. » (Jean 15. 10).
      A Césarée, Corneille, dans une vision, reçoit l’ordre de faire venir Pierre auprès de lui. C’est un appel de l’ange de Dieu qu’il transmet. A Joppé (Jaffa aujourd’hui), Pierre, de son côté, reçoit dans une vision l’ordre de ne plus faire de distinction entre aliments purs et aliments impurs. Ce n’est pas à lui de décider : « Ce que Dieu a rendu pur, ce n’est pas à toi de le dire souillé. » (Actes 10. 15).
      Les émissaires de Corneille arrivent à Joppé et Pierre les reçoit. Tout s’éclaire. C’est l’Esprit de Dieu qui introduit les trois messagers, comme Abraham au chêne de Mambré a reçu trois messagers. Pierre leur offre l’hospitalité. Puis il part avec eux le lendemain mais l’Eglise l’accompagne par la présence de quelques frères de Joppé.
      A Césarée, la rencontre de Pierre et de Corneille se fait au milieu de ses amis rassemblés. L’auteur du livre des Actes a pris soin de ne pas utiliser le mot grec « ecclesia » qui signifierait l’Eglise. Il s’agit d’une assemblée, ce n’est pas encore l’Eglise.
      Pierre ne se justifie pas. Il explique l’enjeu de l’événement : « Je saisis que Dieu n’est pas partial. Dans toutes les nations, celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. » (Actes 10. 35). Il est l’écho de la première lettre de saint Jean lue en ce dimanche : « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. » (1 Jean 4. 7). Corneille était un « craignant Dieu » et, selon la parole de sa vision, « Ta prière a été exaucée et tes aumônes je les ai remémorées. » Il peut atteindre cette connaissance de Dieu au sens plénier que lui donne la tradition biblique.
      Parce qu’ils sont bien de ceux qui aiment, ces païens peuvent recevoir à profusion le don de l’Esprit qui est l’Esprit d’amour. Ils peuvent chanter le psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu ! acclamez Dieu, terre entière ! »
      L’EGLISE DE JESUS-CHRIST
      L’Esprit leur est venu de par l’initiative divine, sans l’accompagnement d’aucun geste, pas même l’imposition des mains, pas même avec cette mention soulignée lors de la Pentecôte : « Ils étaient en prière. » Par contre, ils reçoivent le baptême par un geste qui est le signe de l’appartenance à l’Eglise.
      L’attitude des divers participants de cet événement souligne qu’existe déjà une hiérarchie, non pas de commandement, mais une hiérarchie qui confirme que tout vient de Dieu. « Confirme tes frères », avait dit le Christ à Pierre. Dieu n’agit pas en marge de l’Eglise. L’Esprit ne parle pas en dehors de l’Evangile. L’Eglise entend rester fidèle à l’Esprit de Dieu. C’est cela que nous pourrions appeler la hiérarchie dans l’Eglise.
      Le centurion romain, même avec tous les mérites qu’expriment les qualificatifs mentionnés (Actes 6. 1 et 2), ne reçoit pas une révélation. Il reçoit l’ordre de faire venir quelqu’un qui lui révélera l’Evangile. Et c’est Pierre qui a reçu cette charge. Il est le garant de l’Eglise. Pierre authentifie le caractère divin de l’événement. Il fait reconnaître par l’Eglise la grandeur de l’initiative divine : c’est bien l’Esprit qui est venu.
      Il est actuellement des dérives spirituelles qui sont dues à ce refus ou à cette négligence d’inscrire nos actes et notre foi dans la foi de l’Eglise. « Nous voici devant toi pour écouter ce que le Seigneur t’a prescrit de nous dire. » (Actes 10. 33). Nous avons encore besoin aujourd’hui de cette attitude ecclésiale du centurion.
      L’Eglise est le lieu où toute initiative, apparemment humaine, prend sa valeur de grâce dans l’Esprit de Dieu. « C’est lui qui nous a aimés. » (1 Jean 4. 10). « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous donniez du fruit, et un fruit qui demeure. » L’Eglise authentifie que ce n’est pas une illusion personnelle. Ce que nous vivons ainsi est bien l’œuvre de Dieu.
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      Notre réponse ne peut se contenter de n’être que celle qui vient de nos seuls points de vue. Elle doit reconnaître et rejoindre le don de Dieu. « Purifie-nous et nous correspondrons davantage aux sacrements de ton amour » nous fait dire la prière sur les offrandes en ce dimanche.


    • Décès de Mgr Pierre Plateau, archevêque émérite de Bourges

      Mgr Pierre Plateau, archevêque émérite du diocèse de Bourges, de 1984 à 2000 est décédé dans sa 95ème année le jeudi 26 avril.
      Né le 10 janvier 1924, Mgr Plateau fut ordonné prêtre le 28 juin 1947 pour le diocèse de Rennes. En avril 1979, il fut nommé évêque auxiliaire du diocèse de Rennes (Ille-et-Vilaine). Il y restera jusqu’à sa nomination comme archevêque de Bourges en 1984.
      La date et le lieu des obsèques et de l’inhumation de Mgr Pierre Plateau seront connus ultérieurement.
      Ses obsèques seront célébrées par Mgr Maillard lundi 7 mai à 15h en la cathédrale de Bourges.
       

       

       

       

       

       


      sujet : a la une, Communiqué de presse, Diocèse de Bourges, Mgr Armand Maillard

    • Frère Pierre-Jean, défenseur des mineurs migrants

      Dans son discours, aucune tonalité idéologique. « Vivre en étranger aide, explique-t-il simplement, à comprendre pas mal de choses ». C’est en Turquie en tant qu’étudiant Érasmus en 3ème année de Licence en Droit à l’Université Galatasaray d’Istanbul que le jeune Nordiste, né à Douai, a vécu ce renversement tout à la fois culturel et spirituel. Une expérience tellement forte qu’il lui doit sa vocation. Dans ce pays, sa rencontre avec les Salésiens l’a en effet amené à fréquenter de nombreux clandestins africains. Cet éveil à l’internationalité ainsi qu’une expérience en Afrique auprès des enfants des rues en tant que volontaire au sein de la Communauté Bondeko Ya Sika, à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, ont été déterminants.
      Suivre Don Bosco, c’était manifester auprès de tous les jeunes mineurs migrants en détresse de notre temps la même attention bienveillante que cet éducateur hors pair manifesta envers les gamins défavorisés du XIXème siècle de Turin.
      En Andalousie, durant son année de discernement dans la Congrégation, Pierre-Jean les rencontrait dans un centre d’accueil de jour, le soir dans des squats et lors de distributions alimentaires auxquels ces jeunes eux-mêmes prêtaient la main. De retour en France après son noviciat en Italie, un stage pratique l’a amené à accompagner nombre de mineurs migrants, dans une relation d’absolue confiance, dans leurs démarches auprès de consulats. Et ceci en établissant des liens entre des communautés laïques et les œuvres sociales des Salésiens, car, dit-il, « on n’entend pas faire cavalier seul en récréant des structures qui existent déjà. Notre désir c’est de rendre service ».
      Des compétences au service d’une vocation
      C’est son provincial qui lui a demandé de suivre un Master 2 en Droit des Étrangers et Migrations, le seul dans le genre, à Toulon. Afin de consacrer son talent de juriste à cette mission. Aujourd’hui frère Pierre-Jean -qui a fait ses premiers vœux en 2014- est donc chargé de mission pour les MNA (Mineurs Non Accompagnés) de la Province France-Belgique Sud- Maroc. Ces jeunes, Pierre-Jean les rencontres surtout via l’action sociale et scolaire de la Congrégation, les propositions de l’association Don Bosco Jeunes et les différentes communautés salésiennes. Un lieu, la paroisse salésienne de Lille Sud, en collaboration avec une association protestante, l’ABEJ (Association Baptiste pour l’Entraide et la Jeunesse), héberge quelques-uns de ces jeunes en attente de l’évaluation de leur minorité et de leur isolement par le département du Nord. Quasiment tous les MNA sont scolarisés dans le public. Le travail de Pierre-Jean? « Faire remonter tout ce qui se vit, mutualiser les ressources, pousser les acteurs locaux à travailler en réseaux avec d’autres partenaires ». Et aussi accompagner travailleurs sociaux et communautés éducatives (enseignants, familles, élèves) afin « de les sensibiliser à tous les niveaux » car il s’agit de fournir à ces jeunes des acquisitions culturelles mais aussi sociétales (le « vivre ensemble », le rapport hommes-femmes…). « Il faut aller, plaide Pierre-Jean, au-delà du militantisme et du caritatif pour se professionnaliser afin de ne pas sauter des étapes importantes ». Afin d’aider à cette formation, il a notamment co-rédigé, dans le cadre d’un stage de quatre mois aux Apprentis d’Auteuil de Brignoles, un guide d’accompagnement juridique interdisciplinaire. De sa mallette d’animateur globe-trotter il sort également « un bel outil » destiné à des sensibilisations auprès des collèges et d’aumôneries : « Sur la route avec les migrants » (voir encadré).
      « Être avec ces jeunes mineurs migrants, témoigne Pierre-Jean, c’est aussi les confier dans ma prière. Dans le travail social que je fais chaque jour à leurs côtés, eux me renvoient vers Dieu ».

      Une sensibilisation pour rendre concret les migrations
      Imaginé à Toulon par des étudiants du Master Droit des étrangers originaires de sept pays, avec l’Association des Maisons Don Bosco et le collège Bon Accueil à Toulon, la sensibilisation « Sur la route avec les migrants » est adapté au programme de géographie et d’EMC (Enseignement Moral et Civique) des classes de quatrièmes : Interactif, il vise à mettre les jeunes dans la peau de migrants en quête de la « République de Terre Promise », 34 histoires élaborées par des jeunes du réseau salésien qui ont accepté de témoigner, permettent des jeux de rôles : « je suis un réfugié climatique », « je suis un ancien enfant des rues », etc. Des outils très concrets (passeport, récépissé de titre de séjour…) sont mis à disposition et différentes scènes sont jouées : avec des passeurs qui viennent les chercher, les forces Frontex[1] qui les bloquent, des douaniers mafieux qui se livrent à la corruption, des membres de la Cimade qui les aident à remplir leurs demandes de séjour, etc.
      La sensibilisation s’organise sur deux jours, une heure en classe afin de partir des connaissances des jeunes sur les migrations et partager le témoignage de jeunes adultes ayant été MNA, puis une phase d’expérience, sous la forme de jeu de rôle d’une heure également suivie d’une relecture (en 45 minutes) de ce qui s’est vécu.
      [1] Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’UE.


      sujet : a la une, Eglise en périphérie, migrant, migrants, vocation