Paroisse Saint Martin du Vignogoul

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Eglise catholique en France





Pour une pastorale des jeunes de 16 à 29 ans en « sortie » !

Mon exposé s’appuiera sur la situation française, mais rejoint des réalités vécues dans bon nombre de pays.

État des lieux et constats
D’après une enquête publiée en 2017, 42 % des jeunes français de 16 à 29 ans se disent catholiques.
Notre Église ne les rejoint pas tous, et elle peine à aller à la rencontre de tous les autres. Les jeunes que l’Église accompagne sont, pour la plupart, des jeunes qui ont le désir de fonder leur vie sur le Christ. Aussi, nous nous interrogeons sur la manière dont nous pourrions faire goûter la « joie de l’Évangile » à tous les autres. Récemment, un frère-évêque me disait : « Nous devrions regarder les lieux de notre société où les jeunes expriment une soif qui dit quelque chose de l’Évangile. Aujourd’hui, notre pastorale des jeunes est dans « l’évangélisation de ceux qui sont déjà-là. » Ce propos pointe la nécessité de retrouver un nouvel élan missionnaire, dans la dynamique de l’appel lancé par le pape François dans Evangelii Gaudium : « Sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ (…) Si quelque chose doit nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ. » et le n° 140 de l’Instrumentum Laboris prolonge cet appel : « Cette identité dynamique pousse l’Église en direction du monde, la rend missionnaire et en sortie, habitée par la préoccupation de sortir, humblement, pour être ferment jusqu’au-delà de ses propres « frontières.»
Former et envoyer des « disciples-missionnaires » 
Les jeunes catholiques français actifs dans leur Église constituent un « petit troupeau » animé d’un grand souci missionnaire. Leurs initiatives sont nombreuses. Ils sont prêts et disponibles pour être témoins du Christ auprès de leurs pairs. Mais comment ?
Les jeunes demandent à être structurés dans leur foi pour s’attacher au Christ, devenir témoins de son Évangile aux périphéries, et en entrainer d’autres avec eux, dans une société française sécularisée et laïque, dans laquelle les repères éthiques sont brouillés. Un projet serait d’appeler, pour un temps, des jeunes à un ministère de « jeunes chrétiens en responsabilité missionnaire » pour le service de ces périphéries où l’Église peine à rejoindre les jeunes. Ce ministère serait assorti d’une formation et d’un accompagnement,
Voici quelques périphéries, parmi d’autres :
Les universités et les Grandes Écoles, mais aussi l’enseignement professionnel, souvent dévalorisé.
Les quartiers aux périphéries de nos grandes villes où vivent des jeunes en grande précarité. Un séminariste qui a effectué un stage pastoral dans un de ces quartiers témoignait : « Le monde des cités est aujourd’hui déserté par l’Église. Pourtant il y a plein de jeunes désœuvrés. Ils portent pourtant une culture hégémonique chez les autres jeunes : la musique, les codes vestimentaires…. Ils sont une richesse. Cela vaut le coup que l’Église les rejoigne. »
Le monde du travail. Les jeunes ont souvent des difficultés à s’insérer dans leur entreprise. Ils sont à la recherche de lieux pour partager leurs premières expériences à la lumière de la foi.
Le monde rural où la population est dispersée et vieillissante. Les forces apostoliques manquent pour y être une Église en proximité, tout particulièrement auprès des jeunes qui y vivent et se sentent isolés.
Les jeunes couples et les familles. Comment former des jeunes couples chrétiens, capables de témoigner de leur joie d’aimer et d’accompagner couples et familles sur un chemin de fidélité ?
Enfin, les paroisses sont parfois une périphérie pour les jeunes. Ils ne s’y sentent pas toujours accueillis et elles peinent à leur donner une place. Un ministère de « jeunes en responsabilité missionnaire » dans les paroisses les redynamiserait et permettrait aux jeunes de faire l’expérience de l’Église dans sa diversité d’âges et de conditions.
+ Laurent PERCEROU
Évêque de Moulins (France)
Président du Conseil pour la pastorale des enfants, des jeunes et pour les vocations


Rapports des cercles mineurs sur la deuxième partie de l’Instrumentum laboris

Moderator: S.E. Mons. MACAIRE, O.P., David
Relator: S.E. Mons. PERCEROU Laurent
Cette 2ème partie cherche à éclairer le regard sociologique de la 1ère partie et à poser un  regard de foi sur les jeunes. Les jeunes sont une bénédiction de Dieu pour l’Église, ils lui rappellent en effet qu’elle est appelée à refléter le visage du Christ « l’éternellement jeune », et ils disposent d’une grâce particulière pour qu’elle y parvienne toujours davantage. Mais les jeunes sont aussi une bénédiction pour chacun de nos continents, car leur force, leur joie et leur dynamisme les ouvrent à l’espérance. C’est pourquoi notre Église, riche d’une belle tradition en matière d’éducation et d’accompagnement (trop peu soulignée, à notre avis, dans l’Instrumentum laboris), doit pouvoir cheminer avec les jeunes sur le chemin de la sainteté. L’appel des apôtres dans l’Évangile de Jean demeure en ce domaine une référence: «Que cherchez-vous? Ils lui répondirent: Rabbi (c’est à dire Maître), où demeures-tu ? Il leur dit: venez et vous verrez.» Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.» (Jean 1, 35-42)).
Cette seconde partie a donc pour ambition de regarder comment l’Église peut-être pour les jeunes, tout à la fois Jean le Baptiste qui présente aux deux disciples Jésus comme «l’Agneau de Dieu» et Jésus lui-même, lorsqu’il les invite à voir où il demeure. Comment permettre à chaque jeune d’entrer dans une « sequela Christi », à y demeurer fidèle, quel que soit son itinéraire de vie, qui ne sera jamais linéaire, et quels que soient les choix qu’il posera ?
1.      Comment s’engager sur un chemin de discernement si notre cœur n’a pas été éveillé à la présence du Christ à nos côtés ?
Une jeune de notre groupe, a apporté un témoignage éclairant qui pourrait sans doute rejoindre le nôtre : « Mes parents m’encourageaient toujours à faire confiance en Dieu. Ma mère m’a appris à prier et c’est dans la prière que j’ai découvert la personne de Jésus Christ, qu’il pouvait être un ami à qui je pouvais parler. Plus je découvrais qui il était, plus je voulais vivre comme lui et pour lui, et de manière surprenante, plus j’avais la certitude d’avoir profondément besoin de sa miséricorde. » Avant même de parler de discernement, puisque ce Synode concerne tous les jeunes et que nombre d’entre eux n’ont pas eu la chance, comme Emilie, de rencontrer le Christ, il est nécessaire de chercher comment leur annoncer le kérygme. L’enjeu est déjà d’amener les jeunes à découvrir que Jésus, que nous confessons mort et ressuscité, est Maître et Seigneur de leur vie et les encourager à poursuivre l’approfondissement de leur foi. La transmission de la foi se fait en effet aujourd’hui difficilement et un frère-évêque faisait remarquer que nous ne retrouvons que peu de jeunes après la célébration du sacrement de la Confirmation, alors qu’il est censé être le sacrement de la maturité dans la foi. Il s’agit donc, déjà, de permettre aux jeunes d’accueillir le don de la foi qu’ils seront appelés à vivre, en faisant l’expérience du passage par la croix, chaque jour de leur vie, personnellement et en Église.
2.      Le terme de « vocation »
St-Paul VI a affirmé, dans la dynamique du Concile Vatican II, que « toute vie est vocation », et l’Instrumentum laboris précise bien que « l’appel du Christ à vivre à sa suite » s’adresse à tous. Certains membres du carrefour se demandent cependant s’il n’y a pas un risque de confusion à qualifier de vocation tous les choix de vie, à partir du moment où ceux-ci ont été discernés à la lumière de la foi. Si l’appel universel à la sainteté retentit pour tous dans le sacrement du baptême, certains baptisés sont appelés d’une manière particulière à la vie consacrée et aux ministères ordonnés. Ces vocations particulières ne sont pas du même ordre qu’un choix professionnel ou la décision de demeurer célibataire sans la perspective d’une consécration (N° 104 et 105).
3.      L’accompagnement des jeunes.
Outre l’importance des familles qui devraient être les premiers lieux de la rencontre du Christ, nous souhaiterions souligner l’importance des communautés chrétiennes que sont les paroisses, les communautés ecclésiales de base, les mouvements de jeunesse, les aumôneries scolaires et universitaires. Ainsi que toutes les autres propositions qui peuvent exister. Nous pouvons écouter une autre jeune de notre carrefour : « Le scoutisme permet aux jeunes de grandir dans la foi, d’aimer le Christ et son Église. C’est par ce processus que bon nombre d’entre nous sont devenus prêtre, religieux et religieuse ou engagés dans la vie de l’Église et de la société, pour être davantage au service de nos frères ».
Dans tous ces lieux, accompagnés de « frères et sœurs ainés dans la foi », comme le fut Pierre avec Jean dans leur course vers le tombeau vide, les enfants et les jeunes vivent ensemble la Bonne Nouvelle de l’Évangile dans toutes les dimensions de leur être. Dans ces communautés de jeunes chrétiens germe et grandit l’attachement au Christ et le désir de le suivre, grâce à la vie fraternelle, l’enseignement et l’écoute de la Parole de Dieu, l’accès aux sacrements, tout particulièrement l’Eucharistie et la Réconciliation. Aussi, ces groupes de jeunes chrétiens sont à encourager et à accompagner pour qu’ils soient fidèles à la foi et l’enseignement de l’Église et demeurent missionnaires. Ce ne sont pas des méthodes qui vont rendre l’accompagnement efficace mais plutôt des communautés et des personnes, qui feront qu’un jour un jeune rencontrera le Christ et se décidera à répondre à son appel. L’accompagnement spirituel ne fait pas tout, ce sont les autres, les communautés, qui peuvent éveiller les jeunes aux appels du Seigneur et leur permettre d’y répondre librement par un effort vertueux. Nous estimons donc que cette seconde partie se concentre beaucoup trop sur la dimension personnelle de l’accompagnement, qu’elle néglige la place incontournable de la famille et des groupes de jeunes pour leur croissance dans la foi.
Également, si le chapitre IV liste les différentes manières d’accompagner les jeunes, il serait nécessaire de bien qualifier ce qu’est un accompagnement personnel dans la perspective d’un discernement vocationnel, et les formes que celui-ci peut prendre. La tradition de l’Église en la matière est riche, tout particulièrement celle de l’orient, il pourrait y être fait utilement allusion dans le document final.
Enfin, nous constatons qu’il y a de plus en plus de demandes d’accompagnement spirituel, particulièrement de la part des jeunes. L’accompagnateur est celui qui, à l’image d’André avec Simon, fait route avec l’accompagné afin de le conduire au Christ, dans le respect de sa liberté, et qui accepte lui-même de se laisser interpeller dans sa propre foi par celui qu’il accompagne. En ce domaine, nous sommes parfois témoins des difficultés rencontrées par des accompagnateurs à trouver leur juste place et à se situer dans une saine distance. Qu’il s’agisse de l’accompagnement d’un groupe ou d’une personne, que nous soyons ministres ordonnés, consacrés ou fidèle-laïc, il ne s’improvise pas. Aussi, nous voudrions rappeler la nécessité de veiller à leur formation ainsi qu’à leur proposer de participer à des groupes de supervision.
Pour clore ce propos, nous pouvons encore écouter cette jeune témoigner de son accompagnement spirituel lors de son expérience de missionnaire. Elle montre que cet accompagnement n’est qu’un élément de son chemin de foi qui ne peut faire l’économie de l’appartenance à une communauté ecclésiale et d’une pratique sacramentelle : « Je suis devenue missionnaire à mon tour. Pendant trois ans de mission, j’avais besoin d’un accompagnateur (que j’appelle aussi “directeur spirituel”) pour être mieux disposée à réaliser ma propre mission auprès des étudiants à l’université. On s’attendait aussi à ce que chaque missionnaire participe à la messe quotidienne, reçoive le sacrement de réconciliation de manière régulière, et prie au moins une heure par jour. Car, on ne peut pas donner ce qu’on n’a pas ! »

Moderator: S.E. Mons. LACOMBE Bertrand
Relator: S.E. Mons. BÉBY GNÉBA Gaspard
1.                  La vocation à la lumière de la foi
L’Instrumentum laboris, aux numéros 87 et 88, décrit la vocation à la lumière du dessein de Dieu révélé en Christ. En effet, la vocation n’est pas une réalité secondaire de la vie humaine et de l’existence chrétienne. Elle est à la fois la source, la justification et la fin dernière de l’existence humaine, de la vie chrétienne dans l’Église. En outre, cette vocation divine s’adresse à tous les hommes. Elle n’est pas réservée aux membres de l’Église. Dieu appelle tous les êtres humains à la communion de sa vie divine en Christ (cf. Concile Vatican II, Dei Verbum 2 ; Catéchisme de l’Église Catholique 505).
Nous proposons donc qu’avant le titre « La vie humaine dans la perspective vocationnelle », on fasse un paragraphe intitulé : « La vocation, un don universel à la sainteté ». Ce numéro serait développé à partir de cette affirmation de saint Paul : « Dieu le Père nous a élus avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Eph 1, 4).
2.                  La vocation à suivre Jésus et à se conformer à lui
En quoi consiste cette vocation divine de la personne humaine ? Elle consiste à suivre Jésus- Christ et à se conformer à lui. L’Apôtre Paul écrit à ce sujet : « Ceux que Dieu a appelés selon son dessein, il les a aussi prédestinés à être conformes à son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). On pourrait donc modifier quelque peu le numéro 91 de L’Instrumentum laboris afin qu’il prenne en compte les deux expressions : la suite du Christ et la conformation au Christ.
3.                  La vocation à devenir fils adoptifs du Père
L’union au Christ a comme but principal la participation à sa filiation divine. En Christ, la personne humaine est appelée à devenir fils adoptif du Père. C’est ce que proclame l’Apôtre Paul en ces termes : « Dieu le Père a d’avance voulu que nous soyons pour lui des fils adoptifs par Jésus- Christ » (Eph 1, 5). De ces considérations découle une proposition : faire un nouveau numéro consacré au thème de la filiation adoptive. Cela permettrait de mieux expliquer aux jeunes la dimension essentiellement relationnelle de la vie humaine et de l’existence chrétienne, et donc aussi de la vocation divine du genre humain.
4.                    La vocation de l’Église et les vocations dans l’Église
L’Église est à la fois l’actualisation historique et la réalisation communautaire de la vocation divine du genre humain révélée en Christ. En effet, en elle et par elle, est annoncée, célébrée, vécue et renouvelée jusqu’à la fin des temps la vocation divine de la condition humaine. Altérée et compromise en l’homme par la triste expérience du péché des origines, la vocation divine est rachetée, sauvée, libérée et réactivée par la grâce baptismale. En outre, si le Christ est la tête de l’Eglise, les apôtres en sont des membres.
Par conséquent, nous suggérons que les numéros de L’Instrumentum laboris consacrés à la vocation baptismale et à l’appel des apôtres soient transférés sous le titre : « La vocation de l’Église et les vocations dans l’Église ».
5.                  La condition inédite de célibataire ou « single »
Au numéro 105, L’Instrument Laboris évoque le cas du célibataire ou « single ». Comme évoqué plus-haut, la vocation divine de la personne est de devenir fils adoptif du Père en Christ. Et cette vocation s’adresse à toute personne humaine, toujours et partout. C’est pourquoi, il nous semble qu’on ne peut pas dire que les personnes vivant seules n’ont pas de vocation ou refusent la vocation. Il s’agit pour elles de vivre dans leur condition la plénitude du don d’elles-mêmes et la perfection du service évangélique dans l’Église et dans le monde.
6.                    Le discernement dans la tradition chrétienne
Le discernement est un don et un art particuliers que l’Esprit Saint accorde, selon le catéchisme de l’Église Catholique, à certains fidèles en vue de ce bien commun qu’est la vie en Jésus-Christ (cf. CEC 2690).
A partir de ce qui précède, nous pouvons déduire ce qui suit:
·         Le don du discernement n’est pas lié au ministère ordonné.
·         L’Esprit Saint l’accorde non pas à tous les fidèles mais à certains.
·         Le don du discernement peut être accordé aussi bien à des clercs, à des consacrés, qu’à des laïcs.
·         Il permet, d’une part, d’identifier et de reconnaître la voie personnelle par laquelle l’Esprit veut nous conduire à la conformation au Christ et à la fidélité à l’Évangile et, d’autre part, d’aider une autre personne ou une communauté à découvrir la tienne dans l’Eglise et dans le monde.
·         Le discernement exige une vie de prière intense et profonde.
Ne pourrait-on pas insérer ces précisions au numéro 108 de L’Instrumentum laboris pour éviter toute confusion et tout cléricalisme ?
7.                  La proposition du discernement vocationnel
L’Instrumentum laboris traite aux numéros 109 et 110 de la proposition du discernement vocationnel. Cette proposition ne pourrait-elle pas se faire dans un cadre plus large de préparation et d’éveil aux vocations? Ne serait-il pas utile d’expliquer aux jeunes l’importance de la vocation, des vocations et du discernement vocationnel, de les aider à découvrir leurs vocations propres, de justifier la nécessité de la médiation humaine ou communautaire dans le processus et de clarifier les responsabilités qui incombent à chacun des protagonistes durant le processus du discernement vocationnel?
8.                  L’art d’accompagner
Au numéro 121, L’Instrument Laboris insiste sur l’accompagnement personnalisé tandis que l’accompagnement des groupes ou des communautés semble ne pas être assez souligné. C’est pourquoi, il nous paraît utile d’expliquer à la fin du paragraphe l’accompagnement personnalisé et l’accompagnement des groupes ou des communautés. En effet, Jésus a employé ces deux style d’accompagnement : le premier style avec Zachée (cf. Lc 19, 1-10), avec la samaritaine (Jn 4, 7- 30), etc. et le second style avec les Douze (cf. Lc 9, 1-6. 10-32), avec les deux disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35), etc.
9.                  Les qualités de ceux qui accompagnent
L’Instrumen Laboris décrit au numéro 130, 131 et 132, les qualités des accompagnateurs. Ces aptitudes sont essentielles. Car sans elles le processus est voué à l’échec. C’est ce que confirme saint Jean de La Croix quand il affirme : « il convient grandement à l’âme qui veut s’avancer dans le recueillement et la perfection qu’elle prenne garde entre les mains de qui elle se met, parce que tel sera le maître, tel sera le disciple, et tel père, tel fils (…) parce que outre qu’il soit savant et avisé, il est nécessaire qu’il soit expérimenté ; car, pour guider l’esprit, bien que le fondement soit le savoir et le bon sens, s’il n’y a pas expérience de ce qui est pur et véritable esprit, il n’arrivera jamais à mettre l’âme dans le chemin, quand Dieu l’y appelle, et même il ne le comprendra pas » (Saint Jean de La Croix, La vive flamme d’amour, Couplet 3, paragraphe 30, in Œuvres Complètes, Desclée de Brouwer 2016, pp. 965-966).
C’est pourquoi, nous souhaiterions que la formation des accompagnateurs soit traitée dans le document. En outre, nous aurions aimé que les thèmes de l’accompagnement post-sacramentel, de l’accompagnement des jeunes prêtres et de la responsabilité de l’Evêque dans le discernement et l’accompagnement vocationnels figurent dans le IV ème chapitre de L’Instrumentum laboris.
De même, nous suggérons que soit institutionnalisé un parrainage ecclésial après les sacrements.

Moderator: Em.mo Card. NZAPALAINGA, C.S.Sp., Dieudonné
Relator: Rev. P. CADORÉ, O.P., Bruno
Les nombreux témoignages et prises de parole qui nous ont été offerts pendant ces derniers jours nous ont donné la conviction que la jeunesse est une bénédiction pour l’Église car ses questions et attentes l’éveillent à son désir de vivre et proclamer sa foi au Christ qui conduit au Père par l’Esprit. C’est pourquoi la réflexion du groupe Gallicus C a abordé le thème « Foi et discernement vocationnel chez les jeunes » en le situant dans la perspective de la vocation de l’Église : accompagner l’humanité vers la rencontre du Christ. Comment cette vocation peut-elle orienter la proposition d’une pastorale vocationnelle pour les jeunes ?
L’Instrumentum laboris propose un certain nombre de références bibliques et de figures de Jésus auxquelles une ou un jeune peut aisément s’identifier, découvrant le rôle qui est le sien dans l’histoire du salut. Néanmoins, au-delà d’une approche anthropocentrique, la dynamique vocationnelle appelle à situer cette découverte de Jésus « jeune parmi les jeunes » dans la perspective d’une théologie trinitaire où Jésus l’évangélisateur se révèle Fils du Père, animé dans sa mission par l’Esprit. L’enjeu est d’ouvrir aux jeunes le chemin de la maturité de la foi : d’un côté contemplant l’œuvre de l’Esprit qui bâtit, dirige et rajeunit l’Église et, d’un autre côté, accueillant la grâce de l’Esprit qui conduit chacun à prendre sa place propre dans la vie de l’Église comme dans le monde. D’où notre question pour l’Église latine : le sacrement de la confirmation ne devrait-il pas être mis au cœur de cette dynamique vocationnelle ?
Mais comment prendre soin de la vocation unique de chacun ? Le dialogue avec les jeunes a manifesté leur détermination à prendre, par le témoignage de vie et par la riche créativité de leurs engagements, leur part propre de coresponsabilité dans la transmission de la foi de l’Église. Une pastorale vocationnelle proposera donc une lecture de cette générosité de la vocation baptismale de chacun, du point de vue de la vocation fondamentale de l’Église, sacrement du salut dans le monde. C’est à partir de cet appel de tous à la sainteté que peuvent se décliner les différents sens du terme vocation. Chaque jeune est à la fois Nathanaël déjà connu et appelé alors qu’il est encore sous son figuier (Jn 1, 47-48), et ce jeune homme qui par les pains et les poissons qu’il porte permet d’ouvrir le mystère de la multiplication (Jn 6, 9-11). Chacun doit en effet être aidé à découvrir, par sa rencontre personnelle avec le Christ, en même temps le caractère unique de son épanouissement humain personnel, et sa capacité à contribuer à la communion entre tous. Le dynamisme du discernement vocationnel cherchera à mettre au jour pour chacun cet équilibre entre la liberté personnelle qui détermine les choix par lesquels on réalise sa vie, l’appel qui se fait entendre au cœur d’une conversation créatrice avec le Seigneur, et la réponse par laquelle chacun prendra sa propre place au sein de l’Église évangélisatrice. Dieu à la fois appelle et conduit à trouver cette place.
C’est ce processus vocationnel qu’il s’agit d’accompagner. Notre groupe a eu un long et riche débat à ce propos, à la lumière du premier chapitre de l’Évangile selon saint Jean qui révèle le dynamisme à la fois intérieur et ecclésial de toute vocation à rejoindre le Christ. Nous considérons que ce soutien d’une dynamique vocationnelle est, plus que le discernement, le centre de gravité de cette deuxième partie de l’Instrumentum laboris. Ce débat a permis de dégager trois convictions.
La première est que l’accompagnement à la vie chrétienne est toujours à la fois un accompagnement personnel et un accompagnement communautaire. Personnel, comme un frère peut accompagner son frère, le conduisant au Christ, comme André le fit pour Pierre, son frère, et Philippe pour Nathanaël. Communautaire, parce que la communauté est pour chacun ce que l’Église est appelée à être dans le monde : une lumière qui indique le chemin vers la communion fraternelle de tous en Celui qui prie le Père que tous soient un. Reconnaître la communauté de foi dans son rôle d’accompagnement, c’est donc considérer que toute communauté ecclésiale, tout mouvement, tout groupe spécifique d’activité caritative, doivent être eux-mêmes accompagnés de sorte qu’ils soient communautés de promotion mutuelle des vocations baptismales. Et, parmi les moyens de cette pastorale de la mutualité des vocations, la prière a une place unique.
Une deuxième conviction est la nécessité d’un effort décisif pour la formation à cet accompagnement à la vie chrétienne, individuelle et en groupe ou communauté. Pour l’accompagnement personnel sont requises la compétence à l’écoute, la capacité de distinguer les différentes dimensions de la vie humaine intégrale qu’on accompagne, la détermination d’un  respect absolu de la liberté de conscience de chacun, le souci d’être toujours d’abord témoin du mystère de la miséricorde qui accueille, pardonne et sans cesse donne à nouveau de vivre. Pour l’accompagnement communautaire, il s’agit de former les pasteurs à savoir promouvoir dans les communautés de croyants une connaissance solide de la foi, la joie de la fraternité, le goût de la prière et le désir du témoignage de vie évangélique. A propos de l’accompagnement, nous pensons nécessaire de souligner encore que tout doit être mis en œuvre pour mettre les personnes et les communautés à l’abri de tout type d’abus.
La troisième conviction concerne le désir des jeunes de prendre leur responsabilité propre dans l’Église: si l’objectif de l’accompagnement est de proposer de vivre centré sur le Christ, personnellement rencontré, alors conduire au Christ implique aussi de proposer de le rejoindre dans sa mission que, dans l’Esprit, Il a confiée à l’Église. Mission explicite de transmission de la foi. Ou, dans d’autres contextes, mission d’accompagner, comme des amis, en témoignant de la « culture chrétienne », la proposant comme une lumière à l’humanité, aspiration que portent tant de jeunes du monde qui veulent œuvrer à l’advenue de leur peuple et de leur société à davantage de dignité et d’humanité, de justice et de paix, quelles que soient les différences confessionnelles. Accompagner, donc, en confiant la mission.
N’est-ce pas ainsi que le Christ pédagogue accompagnait la vie de ceux qu’il appelait, et envoyait là où il les précédait? Accompagner consisterait alors à conduire au Christ des jeunes qui, à leur tour, l’accompagneront dans sa mission et, avec Lui, feront l’Église.
(Souhaitant que ces réflexions contribuent à la rédaction du document final, nous proposons des modi portant sur les sujets suivants: la jeunesse comme bénédiction pour l’Église, l’accompagnement vocationnel en contexte multiculturel et multiconfessionnel, le rôle des communautés et groupes de jeunes dans l’accompagnement des personnes individuelles.)


Être davantage un disciple missionnaire !

Je vis l’expérience du synode sous trois angles : une rencontre avec l’Église universelle ; un service de la part des jeunes ; un chemin de conversion. Chaque jour je rencontre des jeunes et des évêques des quatre coins du monde, qui vivent des situations sociales, ecclésiales, et politiques qui sont tellement différentes des miennes. Je découvre la réalité des frères et sœurs disciples qui sont persécutés pour leur foi, qui souffrent la violence de la guerre, mais qui manifestent une ferveur, une espérance et une persévérance impressionnante.

C’est une grâce précieuse de rencontrer l’Église universelle d’une manière si personnelle à travers les visages, les conversations et la convivialité. En même temps, j’ai la mission de porter la voix des jeunes de chez moi ainsi que mon expérience au sein de cette œuvre synodale. Je prends au sérieux l’importance d’offrir la perspective, les soucis et les besoins des jeunes dans notre monde aujourd’hui, dans le souhait d’aider l’Église à mieux les rejoindre là où ils sont, et de les accompagner dans leur découverte et leur rencontre du Christ, qui les aime et qui est présent dans leur vie, qu’ils le sache ou non. Tout cela constitue un moment de conversion dans ma propre vie et dans mon cœur. En réfléchissant sur l’importance de la foi dans la vie des jeunes du monde, je redécouvre la place de Dieu dans mon propre identité et mon existence. Je trouve un nouvel élan spirituel, de vivre et témoigner de ma foi en Dieu, notre Père, qui nous aime par Son Fils.

Cette expérience du synode sur les jeunes me pousse à vouloir aider l’Église dans sa mission, notamment auprès des jeunes, et ainsi d’être davantage un disciple missionnaire.

Julian Paparella
Jeune invité


Une vraie expérience de l’Église universelle

16 octobre 2018
Nous sommes arrivés à mi-chemin de cette assemblée synodale. Ces derniers jours, nous avons beaucoup travaillé par petits groupes linguistiques sur la deuxième partie du document de travail intitulée « Interpréter : la foi et le discernement vocationnel ». Dans mon petit groupe, les participants viennent de nombreux pays. Bien sûr, les réalités peuvent différer beaucoup : c’était très touchant, par exemple, d’écouter un évêque du Myanmar parler des graves difficultés de la jeunesse de son pays. Les jeunes qui participent sont très impliqués dans les échanges et des liens d’amitié se nouent. Les délégués fraternels des autres Églises sont actifs eux aussi et leur parole écoutée – dans mon groupe, c’est l’évêque anglican qui participe aux travaux.
Quant aux assemblées plénières, je suis frappé par la qualité d’écoute et par la belle présence du pape François qui prend du temps avant chaque rencontre pour saluer les participants. Par rapport aux deux synodes auxquels j’ai déjà participé comme invité spécial, j’apprécie beaucoup une initiative très simple et concrète : après cinq interventions, les prises de parole sont suspendues par un temps de silence. Cela nous permet de respirer, de réfléchir à ce que nous venons d’entendre. Je ressens combien l’Esprit est à l’œuvre ! J’espère que le synode si bien engagé va continuer, jusqu’à son terme, à nous donner de vivre une vraie expérience de l’Église universelle.
Fr Alois, Prieur de la Communauté de Taizé
Invité spécial


Décès de Mgr François Bussini, évêque émérite du diocèse d’Amiens

Monseigneur François BUSSINI, évêque émérite du diocèse d’Amiens, est décédé dans sa 83ème année ce samedi 13 octobre 2018.

Né le 21 mai 1936 à Sallanches (Haute-Savoie), il fut ordonné prêtre à Belfort pour le diocèse de Besançon le 4 juillet 1965, après encore une année d’études à l’université de Strasbourg et deux années de vicariat à Gray de 1965 à 1967, il fut professeur au grand séminaire interdiocésain à Lons-le-Saunier de 1967 à 1970 puis assistant à la faculté de théologie catholique de Strasbourg de 1970 à 1977.

Nommé évêque auxiliaire de Grenoble le 12 décembre 1977 et ordonné évêque le 4 mars 1978, il servit ce diocèse jusqu’au 28 décembre 1985, date à laquelle il fut nommé évêque d’Amiens.

Il fut membre de la Commission pour l’Unité des chrétiens et du Bureau d’Études doctrinales de la Conférence des évêques de France.

De graves ennuis de santé le contraignirent   à donner sa démission le 6 mars 1987. Accueilli à Lille   par Mgr Vilnet alors évêque de Lille, il revint à Besançon en avril 1994, à la Maison Saint Joseph du Centre diocésain. Depuis le 6 octobre 2017, il résidait à l’Ehpad de Quingey.

Il est décédé le 13 octobre 2018 à Besançon.

La messe des obsèques sera célébrée le vendredi 19 octobre 2018 à 10h00
en la cathédrale d’Amiens suivie de l’inhumation dans le caveau des évêques.


Commentaires du dimanche 21 octobre

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 21 octobre 2018
29éme dimanche du temps ordinaire

1ère lecture
Psaume
2ème lecture
Evangile

PREMIERE LECTURE – livre d’Isaïe 53, 10 – 11
10 Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au SEIGNEUR.
S’il remet sa vie en sacrifice de réparation,
il verra une descendance, il prolongera ses jours :
par lui, ce qui plaît au SEIGNEUR réussira.
11 Par suite de ses tourments,
il verra la lumière,
la connaissance le comblera.
Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes,
il se chargera de leurs fautes.

LES EXILES DANS LA TOURMENTE
Essayons d’abord de lire ce texte sans penser tout de suite à Jésus-Christ : le prophète Isaïe qui écrivait au sixième siècle av.J.C. parlait d’abord pour ses contemporains ; sinon qui l’écouterait ? Un prédicateur qui, aujourd’hui, nous parlerait pour l’an 3000 n’aurait guère d’auditeurs ! Il faut donc chercher ce qu’Isaïe voulait dire à ses contemporains, en quoi son message pouvait les stimuler.
La seule chose évidente dans les quelques lignes que nous lisons ici, c’est qu’on est dans un contexte de persécution : un « Serviteur » est « broyé par la souffrance ». Puisque ce passage est inséré dans le livre du deuxième Isaïe (c’est-à-dire les chapitres 40 à 55 d’Isaïe), on peut penser qu’il s’agit de l’Exil à Babylone. La souffrance est là pour ce peuple qui a tout perdu et qui peut aller jusqu’à se sentir abandonné de Dieu. Alors le prophète vient redonner des raisons de vivre et d’espérer, des raisons de tenir le coup, malgré tout. Il vient dire : votre souffrance n’est pas inutile, elle a un sens, vous pouvez lui donner un sens.
Il cite l’exemple d’un Serviteur, mais sans le désigner précisément ; qui est ce « Serviteur » ? Ce même titre revient avec insistance dans les quatre textes qu’on appelle justement « les chants du Serviteur » chez le deuxième Isaïe. Il s’agit probablement du peuple lui-même exilé, ou ce qu’il en reste : le petit noyau qui essaie coûte que coûte de rester un serviteur de Dieu.
Je commence par la phrase la plus difficile : « Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au SEIGNEUR. » L’horrible contresens à ne pas faire, ce serait de croire une seule seconde que Dieu puisse prendre un quelconque plaisir à la souffrance d’un homme ; comment concilier cette manière de voir avec tout ce que nous savons par ailleurs, à savoir que Dieu est Amour… Même nous, qui ne sommes pas très bons, nous ne nous réjouissons pas des souffrances des autres ! Donc, ne faisons pas dire à ce texte ce qu’il ne dit pas !… Nulle part, dans le texte hébreu, il n’est dit que Dieu s’est complu à broyer son Serviteur par la souffrance.
Le verbe « plaire » ici est un mot que l’on employait à propos des sacrifices pour dire qu’ils étaient agréés par Dieu et qu’il donnait son absolution au peuple tout entier. Pour le dire autrement, dans sa souffrance, le serviteur est invité à adopter une attitude que Dieu peut agréer comme une œuvre de réparation, d’absolution.
Ce qui revient à dire que le serviteur peut transformer sa souffrance en une œuvre de salut. D’abord pour lui-même : derrière l’expression « broyé par la souffrance », il y a l’image du « coeur brisé » d’Ezéchiel ou du psaume 50/51: un coeur de pierre qui devient coeur de chair… dans la souffrance, et spécialement celle infligée par les hommes, la persécution, on peut réagir par le durcissement (haine pour haine), ou par l’amour et le pardon. C’est donc au sein même de sa souffrance que le serviteur peut tracer un chemin de lumière : c’est le sens de la phrase « par suite de ses tourments, il verra la lumière ». De tout mal, Dieu peut nous aider à faire sortir un bien ! Voilà la merveille, la puissance de l’amour de Dieu.
TRACER UN CHEMIN DE LUMIERE
Mais ce serviteur souffrant peut également contribuer au salut des autres. C’est le deuxième message d’Isaïe : Cette souffrance que les hommes vous ont infligée, vous pouvez en faire un moyen de salut pour eux ; Dieu accepte, agrée votre attitude intérieure d’offrande comme un sacrifice et il pardonne à tous, y compris vos bourreaux. Il est vrai que vous n’êtes pas en train d’accomplir un sacrifice au Temple de Jérusalem selon les rites traditionnels, mais, dans sa miséricorde pour tous les hommes, Dieu accueille votre attitude intérieure d’offrande et de pardon comme un sacrifice de réparation. Etant entendu que c’est toujours Dieu qui répare, qui pardonne.
C’est bien ce qui est dit ici par Isaïe au sujet du Serviteur : broyé par la haine des hommes, le Juste a répondu par le silence et le pardon. Dieu a permis que ce pardon soit le salut des bourreaux…! Que ce pardon convertisse le coeur des bourreaux parce qu’ils se sont ouverts à l’absolution offerte par Dieu.
Alors Isaïe délivre le message le plus important de sa prophétie : « Par lui (par le serviteur), ce qui plaît au SEIGNEUR réussira » ; c’est la phrase centrale de ce texte ; cette volonté de Dieu, Isaïe le sait bien, comme déjà Moïse le savait avant lui, c’est de sauver l’humanité, de la libérer de toutes ses chaînes ; et la pire de nos chaînes, c’est la haine, la violence, la jalousie qui rongent notre coeur. Cette volonté de Dieu, c’est donc tout simplement que l’humanité redécouvre la paix ; or cela peut se réaliser grâce aux serviteurs de Dieu. C’est ce que dit Isaïe ; « Si le Serviteur fait de sa vie un sacrifice de réparation… par lui ce qui plaît au SEIGNEUR réussira ». A partir de ce pardon accordé par Dieu, tous les pécheurs, délivrés de leur culpabilité, peuvent entamer une nouvelle vie. Devant l’attitude du Serviteur, le cœur des bourreaux s’attendrira. « Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. » Ce qu’Isaïe dit ici, c’est que le salut des bourreaux est dans les mains de leurs victimes. Car seul le pardon accordé par la victime peut attendrir le cœur de son bourreau et le convertir.
C’est bien le sens de la phrase de Jésus : « Lorsque j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi. »
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Complément
Quelques siècles plus tard, le prophète Zacharie s’inscrivait dans la même ligne : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé… Ce jour-là, une source jaillira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem en remède au péché et à la souillure. » (Za 12, 10 ; 13, 1).

PSAUME – 32 (33), 4-5. 18-19. 20.22
4 Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
5 Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.
18 Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
19 pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.
20 Nous attendons notre vie du SEIGNEUR :
il est pour nous un appui, un bouclier.
22 Que ton amour, SEIGNEUR, soit sur nous,
comme notre espoir est en toi !

UNE PAROLE QUI EST LUMIERE
Dommage, nous n’avons entendu que quelques versets de ce psaume magnifique qui commence par « jubilez, hommes justes ! » Il est tout plein de jubilation, effectivement. Il comporte vingt-deux versets, ce qui est déjà tout un programme, nous l’avons vu souvent. Parce que vingt-deux, c’est le nombre des lettres de l’alphabet hébreu, on dit donc que ce psaume est « alphabétisant ». Lorsqu’on rencontre un psaume alphabétisant, on sait d’avance qu’il est consacré à l’Alliance que Dieu a proposée à son peuple pour annoncer son projet au monde et pour le réaliser. Manière symbolique de dire la perfection du projet de Dieu, qui est le tout de notre vie, « de A à Z ».
L’Alliance, le projet de Dieu est donc au centre de ce psaume : le mot « Alliance » ne sera pas prononcé une seule fois, mais il est sous-entendu dans le choix de ce nombre de vingt-deux versets. Et d’ailleurs, curieusement, (et ce n’est sûrement pas un hasard), la strophe centrale de ce psaume (les versets 11 et 12) dit : « Le plan du SEIGNEUR demeure pour toujours, les projets de son coeur subsistent d’âge en âge. » Et aussitôt après (verset 13), vient le rappel de l’élection d’Israël, c’est-à-dire de sa vocation particulière au service du projet de Dieu : « Heureux le peuple dont le SEIGNEUR est le Dieu, heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine. »
On ne s’étonne donc pas d’avoir entendu pour commencer tout à l’heure « Oui, elle est droite la Parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait. » Sans cesse, dans la Bible, on médite sur cet événement extraordinaire : le Dieu inaccessible parle à l’homme. Il parle pour créer, il parle pour proposer son Alliance, il parle pour guider la marche de son peuple, et avec lui, de toute l’humanité au long des siècles. « Oui, elle est droite la Parole du SEIGNEUR », elle est en ligne droite depuis le début, elle poursuit toujours l’unique projet. La juxtaposition des deux lignes de ce verset est très intéressante : « Oui, elle est droite la Parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait. » Contrairement aux apparences peut-être, il n’y a pas là deux affirmations distinctes, l’une concernant la Parole de Dieu, l’autre portant sur ses actes, sur ce qu’il fait. Chez l’homme, la parole et l’action ne sont pas toujours très cohérents ; nos beaux discours sont souvent sans lendemain. Mais en Dieu la parole est acte : le même mot hébreu « Davar » veut dire à la fois « parole » et « action, oeuvre, événement ». Ce que Dieu dit, Il le fait ! « Il dit et cela fut » répète le récit de la création au chapitre 1 de la Genèse. Ou encore rappelez-vous Isaïe au chapitre 55 : « La Parole qui sort de ma bouche ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l’avais envoyée. » Il y a certainement là aussi, comme très souvent dans la Bible, une allusion (j’aurais envie de dire un coup de patte) aux idoles qui, elles sont muettes et inertes, impuissantes.
« Il est fidèle en tout ce qu’il fait » : il s’agit encore et toujours de ce projet de Dieu : et le psaume détaille toute cette oeuvre de Dieu : la Création non pas comme un acte du passé mais comme une présence de Dieu, une vigilance sur tous ceux qu’il a appelés à l’existence ; j’ai employé le mot « vigilance » parce que nous le trouverons tout à l’heure.
Pour guider la marche de son peuple, Dieu parle à travers sa Loi. On en a un écho dans ce verset : « Il aime le bon droit et la justice, la terre est remplie de son amour. » La Création tout entière a vocation à devenir le lieu de l’amour, du droit et de la justice. Rappelez-vous le mot du prophète Michée : « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR attend de toi : rien d’autre que de respecter le droit, d’aimer la fidélité et de t’appliquer à marcher humblement avec ton Dieu. » (Mi 6, 8). C’est la Loi qui éduque peu à peu ce peuple et promeut le droit et la justice tels que Dieu les entend. Dans tous les peuples du monde, la loi est faite pour garantir et développer les valeurs régnantes de la société ; la particularité en Israël c’est que la Loi a été donnée par Dieu et donc elle défend les valeurs de Dieu : l’amour, la liberté, le respect mutuel, la solidarité ; les commandements tendent tous à éduquer le peuple dans ce sens.
Les autres versets que nous entendons ce dimanche font partie de la fin du psaume, mais ils sont dans la suite logique de ceux que nous venons de voir : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour », car la crainte de Dieu comporte toujours une dimension d’obéissance à sa Loi : une obéissance dictée par la confiance ; comme un enfant écoute celui qui l’avertit du danger, s’il lui fait confiance toutefois. Au passage, vous avez remarqué, nous avons là une belle définition de la « crainte de Dieu » : « Craindre » Dieu c’est espérer en son amour. Encore une fois, vous voyez qu’on est bien loin de la peur.
LA VIGILANCE DE DIEU
« Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine. » On voit bien pourquoi ce verset a été choisi précisément pour ce dimanche, en réponse à la première lecture : le chant du Serviteur souffrant au chapitre 53 d’Isaïe. Dans la souffrance, le serviteur ne tient le coup que parce qu’il sait qu’il est l’objet de la vigilance de Dieu, Isaïe dit « de la prédilection de Dieu ». En hébreu, le texte de notre psaume dit « L’oeil de Dieu est sur ceux qui le craignent ». Belle manière de dire sa sollicitude. Quant à la citation des « jours de famine », elle est certainement une allusion au temps de l’Exode : pendant la marche dans le désert, Dieu a réellement sauvé le peuple qui mettait son espoir en lui, en lui envoyant la manne, chaque matin.
Il reste que l’expression « pour les délivrer de la mort » pose question : pour tous, croyants ou incroyants, la mort est inéluctable et, à l’époque où ce psaume a été écrit, personne n’a encore ressuscité ! Dieu n’a délivré personne de la mort physique ! Mais il s’agit du peuple : et, réellement, ce peuple peut témoigner que Dieu l’a délivré plusieurs fois de la mort : que ce soit en Egypte, ou à Babylone, ou ailleurs.
Le dernier verset est un beau résumé de l’Alliance, une expression de confiance extraordinaire : le peuple met tout son espoir dans celui qui l’accompagne de sa vigilance : « Que ton amour, SEIGNEUR, soit sur nous, comme notre espoir est en toi. » Cette confiance ne devrait jamais nous quitter puisque, dans la foi, nous savons que : « Le plan du SEIGNEUR demeure pour toujours, les projets de son coeur subsistent d’âge en âge. » Dans nos moments de découragement, nous devrions nous répéter cette phrase !

DEUXIEME LECTURE – lettre aux Hébreux 4, 14 – 16
Frères,
14 en Jésus, le Fils de Dieu,
nous avons le grand prêtre par excellence,
celui qui a traversé les cieux ;
tenons donc ferme l’affirmation de notre foi.
15 En effet, nous n’avons pas un grand prêtre
incapable de compatir à nos faiblesses,
mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses,
à notre ressemblance, excepté le péché.
16 Avançons-nous donc avec assurance
vers le Trône de la grâce,
pour obtenir miséricorde
et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

JESUS N’ETAIT PAS PRETRE A LA MANIERE JUIVE
Tout se passe comme si nous assistions à une discussion sur le thème de la religion : deux théories, ou plutôt deux groupes, sont en présence : d’une part des Juifs, fervents, très attachés au culte du Temple et à l’institution du sacerdoce à Jérusalem : hors de là pas de salut ; et, en face, des Chrétiens tout neufs qui ont trouvé en Jésus-Christ, mort et ressuscité, le salut que l’humanité attend. Le dialogue entre ces deux groupes est d’autant plus difficile qu’ils emploient exactement le même vocabulaire, mais en donnant aux mots des sens complètement différents, voire même opposés.
Pour les Juifs, le rôle des prêtres en général, et du grand prêtre en particulier, c’est de faire le pont entre le Dieu inaccessible et le peuple. Quand on dit « Dieu Saint », on pense Dieu séparé, inaccessible ; les hommes, eux, appartiennent au monde profane, ce que l’Ancien Testament appelle impur. (Encore un mot qui a changé de sens !) ; alors, pour transmettre à ce Dieu nos prières, ou même nos actions de grâce, il faut un médiateur, un intermédiaire, quelqu’un qui fasse le pont. (C’est de là que vient le mot « pontife », « pontifex »). Ce quelqu’un ne peut pas être un homme ordinaire, qui appartient au monde profane ; d’où tout le rituel de la consécration du grand prêtre ; le mot « consécration » signifiant justement séparation, mise à part. Pourtant, nous savons que déjà l’Ancien Testament avait découvert, et merveilleusement, le Dieu tout proche ; mais le chemin était à sens unique, si l’on peut dire : Dieu traversait l’abîme qui nous sépare de lui, mais pour l’homme, c’était impossible. D’où la nécessité du prêtre, mis à part pour cela.
Dans cette logique-là, il est évident que Jésus ne remplit aucune des conditions du sacerdoce : premièrement, il n’est pas de la tribu des prêtres (la tribu de Lévi), puisqu’il descend de David, qui est de la tribu de Juda ; ses disciples se vantent assez, d’ailleurs, de cette filiation davidique ; pire, pour être grand prêtre, il fallait, à l’intérieur de la tribu de Lévi, descendre de la famille d’Aaron, ce qui évidemment n’était pas non plus le cas. Il n’a donc pas non plus reçu la consécration de grand prêtre, et pour cause. Et encore plus grave, il est mort comme un maudit : la mort de Jésus n’est pas un acte du culte, bien au contraire : c’est l’exécution d’un condamné ; et pour ceux qui l’ont condamné, il n’était qu’un imposteur, un faux Messie ; d’ailleurs la preuve, c’est que Dieu ne lui épargne pas cette mort infâme ; il a donc menti en se prétendant fils de Dieu. C’est en le tuant, au contraire, qu’on a accompli un acte religieux, en supprimant un blasphémateur qui ne pouvait que dévoyer le peuple.
Pour les Chrétiens, au contraire, tout repose sur le mystère de l’Incarnation. Dieu s’est fait homme ; en Jésus-Christ, homme et Dieu ne font qu’un. Le voilà, celui qui, réellement, efficacement, fait le pont. En lui, Dieu est venu vers l’humanité, Dieu a traversé l’abîme qui nous sépare de lui. Notre texte dit « Il a traversé les cieux ». En lui aussi, et en même temps, par sa Résurrection, un homme a traversé les cieux : pour rester dans cette image, on pourrait dire que le chemin a été fait dans les deux sens. En lui, l’humanité tient fermement une fois pour toutes la main de Dieu. Et nous, puisque nous sommes son corps, nous avons par lui accès à Dieu. Donc, c’est lui notre médiateur une fois pour toutes. « Tenons ferme dans l’affirmation de notre foi » nous dit l’auteur, c’est-à-dire ne nous laissons plus intimider par une théorie d’un autre âge. Désormais, tout est changé. Ne regardons plus vers le passé ; il n’était qu’une étape dans le projet de Dieu. Désormais, « En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence. »
LE MYSTERE DE L’INCARNATION
Nous lisons ici que, au moment où cette lettre a été écrite, déjà la communauté chrétienne donnait à Jésus le titre de Fils de Dieu. Mais, du coup, ces Chrétiens avaient la même difficulté que nous. Ce Fils de Dieu pouvait-il en même temps être un homme comme nous ? Il est là, le mystère de l’Incarnation, et il faut bien accepter qu’il reste pour nous un mystère : les desseins de Dieu sont trop impénétrables pour nous. Chez nous tous, même si nous récitons fidèlement que Jésus est « vrai homme et vrai Dieu », l’idée que Dieu est irrémédiablement lointain demeure tenace.
C’est probablement pour répondre à ce genre de difficulté que l’auteur ajoute tout de suite après : « Le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous, et il n’a pas péché. » Cette épreuve du Christ, recouvre certainement les multiples tentations qui ont jalonné sa vie : celles que nous rapportent les évangiles synoptiques dans ce qu’on appelle les tentations au désert ; celle du pouvoir, du succès, du prestige ; celle de se faire servir au lieu de se faire serviteur (nous en aurons un écho dans l’évangile de ce même dimanche) ; celle que lui a occasionnée Pierre en le poussant à éviter la persécution et la mort qui l’attendaient à Jérusalem ; celle de Gethsémani… Celle, enfin, de se croire abandonné, au pire moment, c’est-à-dire sur la croix. Toutes ces tentations sont les nôtres, mais lui n’a jamais succombé ; pas une fois il ne s’est éloigné de la volonté de son père : « Que ta volonté soit faite et non la mienne ». Il est donc bien à la fois notre frère, qui partage notre condition, nos épreuves, nos tentations, et Fils de Dieu vivant parfaitement selon la volonté du Père.
Il ne nous reste plus qu’à marcher à sa suite, nous qui sommes ses membres, comme dit Saint Paul dans la lettre aux Corinthiens. Ce qui est dit ici sous la forme : « Avançons-nous donc avec pleine assurance… » Désormais, l’institution israélite du sacerdoce n’a plus de raison d’être. Mais alors, tout de suite se pose la question : pourquoi y a-t-il encore des prêtres parmi nous ? Soyons francs, quand l’auteur de la lettre aux Hébreux écrivait, personne dans aucune communauté chrétienne ne portait le titre de prêtre ; et si ce titre est revenu en usage par la suite, c’est avec un sens tout différent. Le prêtre chrétien ne prétend pas « faire le pont » entre Dieu et les fidèles. Mais, par sa présence, il rappelle sans cesse à ses frères, que Jésus-Christ, le seul grand prêtre, le seul pontife, est au milieu d’eux.

EVANGILE – selon Saint Marc 10, 35-45
En ce temps-là,
35 Jacques et Jean, les fils de Zébédée,
s’approchent de Jésus et lui disent :
« Maître, ce que nous allons te demander,
nous voudrions que tu le fasses pour nous. »
36 Il leur dit :
« Que voulez-vous que je fasse pour vous ? »
37 Ils lui répondirent :
« Donne-nous de siéger,
l’un à ta droite et l’autre à ta gauche,
dans ta gloire. »
38 Jésus leur dit :
« Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire,
être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? »
39 Ils lui dirent :
« Nous le pouvons. »
Jésus leur dit :
« La coupe que je vais boire, vous la boirez ;
et vous serez baptisés
du baptême dans lequel je vais être plongé.
40 Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche,
ce n’est pas à moi de l’accorder,
il y a ceux pour qui cela est préparé. »
41 Les dix autres, qui avaient entendu,
se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean.
42 Jésus les appela et leur dit :
« Vous le savez :
ceux que l’on regarde comme chefs des nations
les commandent en maîtres ;
les grands leur font sentir leur pouvoir.
43 Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi.
Celui qui veut devenir grand parmi vous
sera votre serviteur.
44 Celui qui veut être parmi vous le premier
sera l’esclave de tous :
45 car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi,
mais pour servir,
et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

POUR LIBERER LA MULTITUDE
Commençons par ces derniers mots « rançon pour la multitude » : ils ont malheureusement complètement changé de sens depuis le temps du Christ, et nous risquons donc de les entendre de travers ; aujourd’hui, quand nous entendons le mot rançon, c’est dans le contexte d’une prise d’otage, il s’agit de payer la somme exigée par les ravisseurs, seul moyen d’obtenir la libération du prisonnier. Le mot « rançon » désigne le montant de la somme à verser. On dira, par exemple, que les preneurs d’otage exigent une « forte rançon ». Tandis qu’à l’époque du Christ, au contraire, le mot « rançon » signifiait la libération, c’est-à-dire la seule chose importante en définitive. Le mot grec qui a été traduit par rançon est dérivé d’un verbe qui signifie « délier, détacher, délivrer ».
C’est donc un contresens, par rapport au texte grec de l’évangile de Saint Marc, d’imaginer que Jésus doive payer quelque chose pour nous. Ce contresens défigure complètement l’image de Dieu : un fameux chant de Noël a cru bien faire en parlant d’apaiser le courroux de Dieu, mais celui qui l’a écrit n’avait certainement pas complètement lu l’Ancien Testament ! Les disciples de Jésus l’avaient lu, eux, et ils ne risquaient donc pas de faire le contresens. D’autant plus que toute la Bible raconte la longue entreprise de Dieu pour libérer son peuple, d’abord, et toute l’humanité ensuite, de tous ses esclavages de toute sorte. Dieu est le Dieu libérateur, c’est le premier article du Credo d’Israël.
D’autre part, nous savons bien que tous les prophètes ont lutté de toutes leurs forces contre l’horrible pratique des sacrifices humains, dont ils disaient que c’est une abomination. Donc, quand les disciples ont entendu Jésus leur dire « je dois donner ma vie en rançon pour la multitude », il ne leur est pas venu à l’idée une minute que Dieu pouvait exiger l’exécution de son Fils pour apaiser un quelconque courroux : ils savaient depuis longtemps que Dieu n’a pas de courroux contre l’humanité et qu’il ne veut pas de sacrifice humain.
En revanche, ils attendaient une libération : de l’occupant romain d’abord, c’est certain ; et le malentendu a duré longtemps pour quelques-uns d’entre eux, y compris Judas, probablement. Plus profondément, ils étaient des croyants et donc, ils attendaient aussi la libération définitive de l’humanité de tout le mal qui la ronge : le mal d’ordre physique, moral, spirituel. Et ils entendaient Jésus leur dire « je dois consacrer ma vie à cette oeuvre divine de libération de l’humanité ». Mais Jésus leur dit aussi que cette oeuvre de libération de l’humanité passe par la conversion du coeur de l’homme ; et cela va lui coûter la vie, il le sait. Il vient, pour la troisième fois de leur annoncer sa passion, sa mort et sa résurrection ; annonce qui ne fait que confirmer leurs craintes ; Marc note un peu plus haut qu’ils sont sur la route qui monte à Jérusalem et que Jésus marche en avant du groupe ; eux suivent sans empressement, parce qu’ils ont peur, et à juste titre, de ce qui les attend à Jérusalem.
SERVIR QUOI QU’IL EN COUTE
Du groupe, deux hommes se détachent, peut-être les plus courageux, ou les plus clairvoyants ? Jacques et Jean, les fils de Zébédée, ceux que Jésus a surnommés « les fils du tonnerre ». Alors, de cette troisième annonce qui confirme leurs pires craintes, ils préfèrent ne retenir que la fin et ils demandent à Jésus de les rassurer : nous qui allons affronter Jérusalem avec toi, dis-nous qu’ensuite, nous aurons part à ta gloire. Jésus répond : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? Recevoir le Baptême dans lequel je vais être plongé ? » Manière de dire, je ne peux pas éviter le chemin de souffrance et de mort sur lequel les hommes m’entraînent ; et vous, êtes-vous prêts à vous engager sur ce même chemin ?
La dernière phrase de Jésus est très curieuse, si on y réfléchit : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi » : mais, justement, le Fils de l’homme, d’après le prophète Daniel (Dn 7), était celui qui devait être sacré roi de toute l’humanité. Curieux portrait de roi qu’un roi à genoux devant l’humanité au lieu d’être assis sur son trône au-dessus des autres.
Clairement, ici, Jésus se présente non comme un roi triomphant mais comme le serviteur d’Isaïe dont nous lisions le portrait en première lecture : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie » ; Isaïe disait « Par lui s’accomplira la volonté du SEIGNEUR », c’est-à-dire le salut de l’humanité ; parce que la non-violence, le pardon, le service, l’humilité sont le seul moyen de changer le coeur de l’homme ; alors on comprend la phrase de Jésus : « Les chefs des nations païennes commandent en maîtres… Il ne doit pas en être ainsi parmi vous ». Vous, mes disciples, qui êtes le noyau et le ferment de l’humanité nouvelle, soyez à l’image du Fils de l’homme, faites-vous serviteurs.
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Compléments
– Le livre de l’Exode raconte qu’à une époque où on croyait encore qu’il fallait payer quelque chose à Dieu pour se « racheter » à ses yeux, Moïse avait répondu « si cela peut vous aider à apaiser votre conscience, donnez une pièce d’argent pour le service de la Tente de la Rencontre, et n’en parlons plus. » Cette pièce d’argent pesait environ sept grammes, (c’était le franc symbolique, en quelque sorte), et Moïse précisait bien que ce devait être la même chose pour tout le monde, riches ou pauvres, car toutes les vies ont la même valeur aux yeux de Dieu (Ex 30, 16).
– « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie » : le rapprochement avec la première lecture s’impose : la figure du Serviteur annoncée par Isaïe a été pour les premiers Chrétiens la seule manière de comprendre l’incompréhensible : le roi du monde humilié au lieu d’être couronné.
– On peut penser que, très certainement, cet épisode et la réponse de Jésus devaient trouver un écho dans la communauté pour laquelle Marc a rédigé son évangile : car, pour elle, la persécution était déjà une réalité. Et au long des siècles, cette phrase de Jésus se répercute encore : l’oeuvre de libération de l’humanité n’est pas terminée ; elle nécessitera encore d’autres témoins, d’autres martyrs.


Comment qualifier cette expérience synodale ?

15 octobre 2018

Enrichissant : le synode est une expérience humaine incroyable comme l’Église sait en concocter : des hommes et des femmes, pasteurs et laïcs, de toutes générations unis par la foi en Jésus-Christ échangent en profondeur, partagent leurs expériences les plus fortes pour faire vivre l’Évangile aujourd’hui.

Énorme : comme la matière (les jeunes, le monde, l’Église) que nous avons à travailler en lien avec la Parole de Dieu, l’enseignement séculaire du magistère et l’expérience pastorale multiforme que chacun porte dans son cœur.

Exigeant : comme notre rythme de travail avec plusieurs heures de réunion et de réflexion par jour du lundi au samedi inclus !  Exigeant aussi comme l’amitié du Christ pour nous-même et pour les jeunes.

Enthousiasmant : de côtoyer quotidiennement le Saint-Père et les plus hauts responsables de l’Église, les patriarches et les évêques des 5 continents pour faire ensemble l’expérience de l’Esprit-Saint dans notre ministère de successeurs des apôtres.

En sortie : pour un évêque, sortir quelques temps de son diocèse pour un séjour romain aussi intense soit-il, est toujours une forme de retrait et de recul salutaire sur son propre ministère. Une manière de faire grandir les fidèles et les pasteur de sa communauté diocésaine.


Servir le travail de l’Esprit

13 octobre 2018
Nous sommes 22 experts : hommes et femmes, laïcs et prêtres, théologiens, sociologues, psychologues, spécialistes de l’éducation, communicants. Notre rôle est d’assister les secrétaires spéciaux, les Pères Giacomo Costa et Rossano Sala, dans la rédaction du document final, sous la supervision d’une commission élue. A travers la somme de textes et de paroles que nous assimilons, nous cherchons à recueillir le travail de l’Esprit saint : il s’exprime en diverses langues, il met en relation des personnes d’âges et de cultures différentes.
Au Synode souffle l’Esprit de Pentecôte : un cardinal confiait hier qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’écouter des jeunes lui parler aussi franchement ; des jeunes découvrent les évêques sous un jour nouveau. Je me dis que j’ai bien de la chance, depuis 30 ans que je suis prêtre, de rencontrer des jeunes au quotidien ! Dans mon groupe anglophone où les 5 continents sont représentés, les échanges et les votes deviennent fluides. Des idées germent pour l’avenir.
C’est bientôt la moitié du Synode et de nombreuses questions demeurent : comment initier aujourd’hui à l’écoute du Christ ? Comment confier aux jeunes de vraies responsabilités ? En tant que théologien, je puise dans l’Écriture et le trésor de la foi pour éclairer ces questions. Les jeunes ici présents, tout comme les points de vue si divers des évêques, nous obligent à quitter nos certitudes. Demain dimanche, nous serons moins encombrés pour accueillir le don de Dieu dans les nouveaux saints que nous offre l’Église !
P. Philippe BORDEYNE
Recteur de l’Institut Catholique de Paris
Expert


Un synode plein de souffle !

Un synode plein de souffle !

Grande joie de vivre cette magnifique expérience du synode depuis le 3 octobre… Les journées sont riches et denses, et il faut tenir le rythme jusqu’au 28 octobre, mais je me sens portée par une grande énergie – celle des jeunes eux-mêmes- , par un souffle fort – celui de l’Esprit qui emmène au large -, par une grande confiance -celle du Christ qui est dans le barque avec nous. Car on sent ici vibrer le cœur de l’Église et du monde en un moment historique passionnant. Dans la salle synodale, à travers les prises de parole des pères synodaux et auditeurs (4 minutes) chacun venus des quatre coins de la planète retentissent  » les joies et les espoirs,  les tristesses et les angoisses des « jeunes » de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent », mais aussi un même désir missionnaire, une même passion pour les jeunes et pour le Christ. Et cela créée une communion, une fraternité simple et joyeuse qui me touche beaucoup.
Dans l’écoute de chacun, dans la prière commune, dans les groupes de travail linguistiques, lors des pauses et repas tissés de rencontres informelles, on vit une réelle synodalité. L’esprit du pré-synode se retrouve ici, et les jeunes présents jouent un rôle important. Je perçois aussi un visage d’Église humble et vrai, en chemin de discernement.
Il y a ici de l’audace, de l’ouverture, du souffle. On sent un désir d’avancer et de faire bouger les choses. Tout cela me remplit d’espérance.
Sr Nathalie Becquart, Xavière,
Auditrice


Que l’Esprit donne aux pères synodaux le don du rêve et de l’espérance !

Jour 1 – 3 octobre 2018

Cette prière du Pape François a marqué cette première journée de Synode. Elle fut prononcée lors de l’homélie de la messe d’ouverture et reprise dans son allocution aux membres du Synode. Le Saint Père nous a rappelé que l’avenir appartient à ceux qui sont capables de transmettre des raisons de vivre et d’espérer, des raisons de rêver… Constatant la dureté des temps pour de nombreux jeunes à travers le monde et leur difficulté à regarder l’avenir de manière optimiste, il nous invitait, au cours de ce synode, « à faire germer des rêves, à susciter l’espérance, à panser les blessures, à donner à voir un avenir rempli d’espérance. »
Nous pourrions penser que ce ne sont que des mots ! Certains pensent sans doute que les jeunes n’attendent pas du rêve mais un engagement clair et concret de l’Église.
Mais ce ne sont pas que des mots… Et je me réjouis vraiment de cet appel du Pape lancé aujourd’hui aux participants du Synode. L’Église déclare ainsi « l’option préférentielle pour les jeunes ». Ils doivent pouvoir rêver leur avenir, l’avenir de ce monde et de leur Eglise, et se réjouir d’en devenir des acteurs ! Pour cela, L’Eglise est appelée à les accueillir, à les écouter, à leur donner la place afin de les accompagner, à l’école de l’Évangile du Christ, sur le chemin de leur vocation. Au risque de bouleverser nos structures, nos organisations, nos manières d’adultes de voir et de penser. Les jeunes sont en attente, ils nous l’ont dit, alors à nous de ne pas les décevoir…
+ Laurent PERCEROU
Évêque de Moulins
Président du CPEJ