Paroisse Saint Martin du Vignogoul

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Eglise catholique en France




En direct de

  • Site portail de l’Eglise catholique en France
    http://www.eglise.catholique.fr/

    Ce site officiel renvoie vers les diocèses, les services et les mouvements de l’Eglise catholique en France. Il diffuse des informations institutionnelles.


    • 3000 étudiants attendus à Lille les 3 et 4 février 2018

      Organisée tous les trois ans, la prochaine édition du rassemblement Ecclesia Campus se tiendra les 3 et 4 février prochain à Lille. Week-end national de réflexion, de rencontres, de prière, d’ateliers, d’échanges, et de fête cet événement rassemblera près de 3 000 étudiants, venus de toute la France et de la Belgique autour du thème « S’engager pour s’épanouir ! Donnez et vous recevrez (Lc 6,38) ».
      Après la première édition à Rennes en 2012 (avec 2500 étudiants de toutes filières), Grenoble en 2015 (avec 3000 étudiants de toutes filières), le Grand Palais de Lille (1 Boulevard des Cités Unies) se prépare à accueillir le rassemblement Ecclesia Campus pour sa 3ème édition. Plus grand rassemblement étudiant non sportif de France, Ecclesia Campus mobilise durant un week-end des jeunes venus de près de 70 villes différentes.
      Véritable pause offerte à chaque jeune pour s’interroger sur ses engagements, son avenir et sa vocation et afin d’approfondir le thème de cette édition 2018, plusieurs temps forts jalonneront le we : 2 conférences plénières, 55 ateliers thématiques, 9 temps de prière, 11 tables rondes, 2 messes ainsi qu’une veillée le samedi soir animée par la Communauté du Chemin Neuf. Pour permettre aux 3000 participants de vivre ce week-end, une équipe composée d’étudiants, d’aumôniers et de groupes locaux, travaille depuis plusieurs mois sur cet événement. Sur place 300 familles de toutes les paroisses de l’agglomération lilloise hébergeront les jeunes et 300 volontaires lillois aideront au bon déroulement du rassemblement.
      À la suite du pape François, le rassemblement Ecclesia Campus est un événement engagé. Dans l’esprit de l’encyclique Laudato Si’ et afin de réduire l’impact environnemental du week-end, plusieurs actions ont été mises en place : suppression des flyers et des publicités dans le kit du participant ; des Eco’cup seront fournies à chaque participant. Des actions concrètes d’engagement seront proposées : services, évangélisation, aide à des personnes en difficultés… Enfin, dans la dynamique engagée par l’Église de France pour soutenir les étudiants de Kirkouk, sur chaque inscription 3€ seront reversés en faveur du projet de Mgr Mirkis
      Le Réseau Ecclesia Campus, anime les 230 aumôneries étudiantes et communautés de Chrétiens en Grande Ecole présentes dans toutes les villes universitaires de France.


      sujet : a la une, Communiqué de presse, Diocèse de Lille, ecclesia, jeunes, service national pour l'évangélisation des jeunes et pour les vocations

    • Tous les horaires des messes de Noël dans votre poche !

      Le service MessesInfo permet de rechercher les horaires des messes du dimanche et des grandes fêtes chrétiennes de l’Église catholique en France.
      MessesInfo est au service des fidèles partout en France grâce à une base de données unique.
      Outil mutualisé, il repose sur un réseau national de 5 000 contributeurs, qui actualisent la base de données des horaires des messes : 8000 fiches paroisses, 40 000 lieux de cultes, 15 000 horaires différents (variable en fonction des temps liturgiques), plus 3 millions de visites par an et 18 millions de pages vues.
      Depuis décembre, une nouvelle version de l’application MessesInfo est disponible sur l’AppStore ou Google Play.
      Grâce à sa fonction de géolocalisation, MessesInfo offre la possibilité de trouver les horaires des messes à proximité du lieu où l’on se trouve. Il propose également un annuaire des églises en France avec leur localisation sur une carte et leurs coordonnées. Les fonctionnalités de l’application permettent d’effectuer une recherche de messe : par nom de vile, église ou paroisse ; par date… Elle permet aussi la mise en favori d’une église (disponible prochainement) et d’afficher les coordonnées correspondantes.

      À l’occasion de Noël, près de 7 000 messes ont déjà été enregistrées et sont disponibles dans l’application.


      sujet : a la une, Communiqué de presse, Messes Info, Noël

    • Lancement du site egliseverte.org le 18 janvier 2018

      Lancé en septembre par les trois Églises chrétiennes (la Conférence des évêques de France, la Fédération Protestante de France, l’Assemblée des Évêques Orthodoxes de France) et le Conseil d’Églises Chrétiennes en France, le label « Église verte » est un outil à destination des paroisses/églises locales. Ce label a pour but de permettre à chaque communauté locale de favoriser leur conversion écologique.
      Le site egliseverte.org permet aux communautés de se situer et de progresser d’année en année en proposant un éco-diagnostic en ligne. Sur le site seront disponibles une série de ‘fiches pratiques’ (comment démarrer, mettre en place un compost, améliorer nos déplacements, intégrer la création dans nos célébrations…) qui auront pour but de guider les communautés qui le souhaitent dans la mise en place des projets, en s’appuyant sur des retours d’expériences.
      Chaque année, le CÉCEF propose une destination aux collecte qui ont lieu lors des célébrations de la semaine de prière pour l’unité chrétienne. Cette année, c’est le soutien à la mise en place du label « Église verte » qui a été choisi. La semaine de prière pour l’unité chrétienne se déroulera du 18 au 25 janvier 2018.


      sujet : a la une, Communiqué de presse, écologie, unité des chrétiens

    • Commentaires du dimanche 24 décembre

      Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
      dimanche 24 décembre 2017
      4éme dimanche de l’Avent

      1ère lecture
      Psaume
      2ème lecture
      Evangile

      PREMIERE LECTURE – 2 Samuel 7, 1-5. 8b-12. 14a. 16
      1 Le roi David habitait enfin dans sa maison.
      Le SEIGNEUR lui avait accordé la tranquillité
      en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient.
      2 Le roi dit alors au prophète Nathan :
      « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre,
      et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! »
      3 Nathan répondit au roi :
      « Tout ce que tu as l’intention de faire,
      fais-le,
      car le SEIGNEUR est avec toi. »
      4 Mais, cette nuit-là,
      la parole du SEIGNEUR fut adressée à Nathan :
      5 « Va dire à mon serviteur David :
      Ainsi parle le SEIGNEUR :
      Est-ce toi qui me bâtiras une maison
      pour que j’y habite ?
      8 C’est moi qui t’ai pris au pâturage,
      derrière le troupeau,
      pour que tu sois le chef de mon peuple Israël.
      9 J’ai été avec toi partout où tu es allé,
      j’ai abattu devant toi tous tes ennemis.
      Je t’ai fait un nom aussi grand
      que celui des plus grands de la terre.
      10 Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël,
      je l’y planterai, il s’y établira
      et ne tremblera plus,
      et les méchants ne viendront plus l’humilier,
      11 comme ils l’ont fait autrefois
      depuis le jour où j’ai institué des Juges
      pour conduire mon peuple Israël.
      Oui, je t’ai accordé la tranquillité
      en te délivrant de tous tes ennemis.
      Le SEIGNEUR t’annonce
      qu’il te fera lui-même une maison.
      12 Quand tes jours seront accomplis
      et que tu reposeras auprès de tes pères,
      je te susciterai dans ta descendance un successeur,
      qui naîtra de toi,
      et je rendrai stable sa royauté.
      14 Moi, je serai pour lui un père ;
      et lui sera pour moi un fils.
      16 Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi,
      ton trône sera stable pour toujours. »

      PREMIERE SURPRISE : LE REFUS DE DIEU
      Le roi David avait un projet : construire un temple à Jérusalem pour abriter l’Arche d’Alliance. A première vue, son intention était des plus louables ! Et donc, dans un premier temps, le prophète Nathan consulté lui répond : « Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le SEIGNEUR est avec toi ».
      Mais la nuit porte conseil, même aux prophètes. Cette nuit-là, Dieu vient dire à Nathan ce qu’il pense, lui Dieu, de ce projet ; et tout bascule. La réponse de Nathan tient en deux points : d’abord un refus, puis une promesse. Commençons par le refus : il est assez surprenant, il faut bien le dire, « Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? » : en bon hébreu, c’est un NON catégorique : « Non, toi, David, tu ne me bâtiras pas une maison. » Pour cela trois arguments très clairs : premièrement, je ne t’ai rien demandé. Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu’on peut installer, fixer quelque part ? Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l’homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c’est Dieu. Rappelle-toi les bienfaits de Dieu à ton égard.
      Je reprends ces trois arguments du prophète, l’un après l’autre.
      Premièrement, je ne t’ai rien demandé : Dieu n’attend pas le moins du monde que David lui bâtisse une maison. Simple tente ou palais princier, nos constructions n’ajoutent rien à la grandeur de Dieu.
      D’autre part, le projet de Dieu n’est pas du tout un temple de pierre : sa volonté va beaucoup plus loin que des constructions matérielles ; ce qu’il veut, c’est établir durablement son peuple ; il le redit encore par l’intermédiaire de Nathan : « Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira, il ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier… » C’est le peuple (et non le roi) qui est au centre du projet de Dieu. Et si Dieu protège le roi, c’est au bénéfice du peuple ; il le redit ici à David : « Je t’ai fait un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre… Je t’ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis », mais il précise bien que c’est au profit du peuple : il suffit de noter la triple reprise de l’expression « mon peuple Israël » (aux versets 8 à 11).
      Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu’on peut installer, fixer quelque part ? Depuis le Sinaï, l’arche d’Alliance a toujours été abritée sous une simple tente de nomade et elle a accompagné le peuple dans tous ses déplacements ; comme un signe visible de la présence permanente de Dieu au milieu de son peuple. Et, depuis l’installation du peuple sur sa terre, cet état de choses n’a pas été remis en question ; (dans d’autres versets qui ne font pas partie de la liturgie de ce dimanche) Dieu envoie Nathan dire à David : « Je ne me suis pas installé dans une maison depuis le jour où j’ai fait monter d’Egypte les fils d’Israël : je cheminais sous une tente… je n’ai jamais réclamé qu’on me construise une maison. » (versets 6-7). Plus tard, ce sera très important de ne pas oublier que, quoi qu’il arrive, Dieu est toujours au milieu de son peuple, même dans les périodes où le temple est détruit, et même encore lorsque le peuple est loin de Jérusalem. (Je veux parler de l’Exil, bien sûr).
      Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l’homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c’est Dieu. On pourrait traduire : mon ami David, il ne faut pas te tromper : Dieu seul construit, Dieu seul fait vivre. « Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ?… C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé : j’ai abattu devant toi tous tes ennemis. » Autrement dit, c’est David qui est dans la main de Dieu et non l’inverse.
      DEUXIEME SURPRISE : LA PROMESSE DE DIEU
      Voilà donc pour le refus. Ensuite vient la promesse : elle est double d’ailleurs ; encore une fois la reprise de l’antique promesse de la terre, mais surtout une nouvelle promesse, c’est celle qui nous intéresse plus particulièrement aujourd’hui : c’est moi, dit Dieu qui te bâtirai une maison. Evidemment, vous n’imaginez pas Dieu avec une truelle à la main ; l’hébreu comme le français permet un jeu de mots : la maison, c’est l’habitation (la maison familiale ou le palais du roi ou le temple de Dieu), mais on peut dire aussi la maison royale dans le sens de descendance (comme on dit la maison royale de Belgique ou d’Angleterre, par exemple). Dieu dit : Non, tu ne me bâtiras pas une maison (au sens d’habitation), c’est moi, Dieu, qui te bâtirai une maison (au sens de dynastie) : « Le SEIGNEUR t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté… Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »
      Dans un premier temps, David a entendu dans ces paroles la promesse d’une dynastie et de la consolidation de son royaume. De même que Dieu a choisi un peuple, et qu’il lui a assigné une terre et une ville, il a choisi une dynastie royale pour régner dans cette ville et gouverner son peuple.
      Dans un deuxième temps, c’est à cause de cette promesse qu’on a commencé à attendre un Messie. « Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi » a dit Dieu. On en déduit que l’on peut compter sur le soutien indéfectible de Dieu à la dynastie qu’il a choisie ; de là est née l’espérance d’Israël ; depuis ce jour, pour entretenir l’espérance, on se répète en Israël ce mot « toujours ».
      Encore aujourd’hui le peuple juif l’attend parce qu’il sait que Dieu est fidèle.
      —————————-
      Complément
      « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. » (verset 14). C’était une formule d’alliance, employée par le suzerain envers son vassal. Elle était prononcée sur le roi le jour de son sacre, d’où le titre de Fils de Dieu porté par le roi. (cf infra, le commentaire du psaume 88/89). Au cours de l’histoire biblique, grâce à la Révélation, le peuple d’Israël, dès l’Ancien Testament, a découvert que la relation de l’homme à Dieu n’était pas celle d’un vassal à son suzerain mais que le peuple des croyants peut dire en vérité « Notre Père ».

      PSAUME – 88 (89), 2-3, 4-5. 27.29
      2 L’amour du SEIGNEUR, sans fin je le chante ;
      ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
      3 Je le dis : c’est un amour bâti pour toujours ;
      ta fidélité est plus stable que les cieux.
      4 Avec mon élu, j’ai fait une alliance,
      j’ai juré à David, mon serviteur :
      5 j’établirai ta dynastie pour toujours,
      je te bâtis un trône pour la suite des âges.
      27 Il me dira : « Tu es mon Père,
      mon Dieu, mon roc et mon salut ! »
      29 Sans fin je lui garderai mon amour,
      mon alliance avec lui sera fidèle.

      L’ALLIANCE DE DIEU AVEC LA DYNASTIE DE DAVID
      Dès le début de ce psaume, nous reconnaissons la promesse faite par Dieu à David : « J’établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône pour la suite des âges. » Vous vous rappelez l’histoire : quand David, plein de bonnes intentions, a proposé de construire pour Dieu un temple aussi beau ou même encore plus beau que son propre château, curieusement, Dieu ne semblait pas du tout intéressé par cette proposition ; par l’intermédiaire du prophète Natan, il a fait une contre-proposition avec ce jeu de mots sur le mot « maison » que l’hébreu permet aussi bien que le français : tu veux me construire une « maison » pour que j’y habite, a dit Dieu, mais ce n’est pas cela qui m’intéresse… C’est moi qui te bâtirai une « maison », au sens de famille royale, de dynastie.
      Et c’est Dieu qui prenait l’initiative et qui parlait d’Alliance : « Avec mon élu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David mon serviteur ». Si on y réfléchit, il y a là une grande audace théologique : Dieu est engagé par serment. « J’ai juré à David mon serviteur ».
      Cette alliance entre Dieu et David s’exprime dans les mêmes termes que les traités de l’époque entre un suzerain et son vassal : « Il me dira : Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut ! Et moi, j’en ferai mon fils aîné » : c’est la reprise exacte de la promesse de Dieu par l’intermédiaire du prophète Natan : « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils, dit Dieu » ; ici « père » veut dire « suzerain », et « fils » veut dire « vassal ». On ne rêve pas encore d’autre relation à Dieu que celle-là ; mais c’est déjà l’assurance de la fidélité sans faille d’un tel suzerain.
      Encore un mot sur le titre « fils de Dieu » : primitivement, il était donc seulement synonyme de roi ; c’est le jour de son sacre que le roi le recevait officiellement ; le psaume 2 en porte la trace quand il rapporte la phrase qui était prononcée sur le roi par le prophète le jour du sacre : « Tu es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré ».
      Je reviens sur l’expression « J’ai juré à David mon serviteur ». En quoi David est-il le serviteur de Dieu ? Est-il au service de la gloire de Dieu ? Pas du tout. David est au service du peuple de Dieu : c’est l’une des très grandes insistances de tous les textes sur la royauté dans la Bible.
      Il suffit de lire la très belle prière que David a formulée après la visite du prophète Natan. Dans le deuxième livre de Samuel, c’est la suite du texte que nous lisons aujourd’hui. Clairement, David avait compris que l’Alliance proposée par Dieu était bien plus profonde, bien plus belle que ce que nous aurions imaginé ; David faisait des rêves de grandeur à l’échelle humaine : un trône stable, durable, une dynastie à perte de vue… Dieu voit bien plus loin, bien plus grand : David proposait un temple grandiose : « Je vais bâtir une maison digne de toi, je vais te rendre gloire »… Dieu répond : « moi, je vais faire ton bonheur et le bonheur de mon peuple »…
      Au fond, c’est toujours pareil ; c’est l’homme qui parle de grandeur, alors que Dieu parle de bonheur ! L’Alliance proposée par Dieu est une alliance pour le bonheur du peuple. Car le véritable bénéficiaire de la promesse de Dieu, en définitive, ce n’était pas le roi lui-même, c’était le peuple.
      Vous savez la suite : David n’a pas bâti de temple, il s’est contenté d’abriter l’Arche d’Alliance sous une toile de tente comme pendant la longue marche de l’Exode. Mais il a surtout compris une autre leçon, beaucoup plus importante : c’est que le roi n’est que le serviteur de Dieu au service de son peuple.
      PEUT-ON ENCORE Y CROIRE ?
      Tous les versets que nous avons entendus aujourd’hui insistent donc sur cette promesse de Dieu au roi David ; mais, soyons francs, si, dans ce psaume, on rappelle avec tant de vigueur la promesse, c’est qu’on est en grand danger de ne plus y croire ! Effectivement, après la période de royauté prospère de David, puis Salomon, la Bible raconte que sont venus des jours moins glorieux.
      En particulier, pendant l’Exil à Babylone : on avait tout perdu, la terre, le temple, la royauté… quant au peuple, il n’était plus qu’un petit reste… On pouvait bien se demander ce qui subsistait des promesses de Dieu. Pour le dire autrement, que pouvait bien signifier cette promesse faite à David au moment même où on était privé de roi et où le peuple n’était plus qu’un groupe de prisonniers loin de sa terre ?
      Dans la suite de ce psaume qui est très long, de nombreux versets sont effectivement des rappels de la détresse du peuple pendant l’Exil à Babylone.
      Mais n’oublions pas que le peuple de la Bible est croyant ! Et voilà la merveille de la foi : justement parce qu’on avait apparemment tout perdu, sauf la foi, on a relu les vieilles promesses.
      « J’établirai ta dynastie pour toujours » : dans la foi, on ne peut pas douter de la promesse de Dieu ; forcément elle s’accomplira ; Dieu n’a certainement pas promis cela à la légère… donc, au moment même où il n’y a plus de roi sur le trône de Jérusalem, on continue à espérer : la dynastie de David ne peut pas s’éteindre ; il peut y avoir des jours sombres parce que la promesse de Dieu était assortie d’une condition de fidélité de la part du roi. Or les rois les uns après les autres ont manqué à leurs engagements envers Dieu et envers le peuple. C’est comme cela qu’on explique l’Exil à Babylone. Mais on est convaincus que la promesse de Dieu reste valable : il suffit que l’on retrouve le chemin de la fidélité.
      Par conséquent, malgré toutes les apparences contraires, on attend un nouveau roi descendant de David. C’est comme cela qu’est née l’attente du Messie. Et le mot « toujours » a pris alors la dimension d’une espérance invincible. On attend, on attendra aussi longtemps qu’il le faudra : le roi idéal promis par Dieu viendra.
      —————————
      Complément
      Pour qui a la curiosité de ne pas se contenter des versets d’aujourd’hui mais de lire ce psaume en entier dans la Bible, il y a de quoi être surpris ! Il y a de tout dans ce psaume : la confiance tranquille pour commencer « L’amour du Seigneur, à jamais je le chante, et sa fidélité d’âge en âge ; je le dis, c’est un amour bâti pour toujours »… et puis une hymne au Dieu de l’univers « C’est toi qui maîtrises l’orgueil de la mer, quand ses flots se soulèvent, c’est toi qui les apaises ». Car le seul vrai roi sur la terre, on le sait bien, c’est Dieu lui-même.
      Mais il y a aussi des cris et des larmes : « Où donc, Seigneur, est ton premier amour, celui que tu jurais à David sur ta foi ? » (verset 50) ; ce qui veut dire qu’on est dans une période où le danger est grand de douter de l’amour de Dieu. Comme s’il avait rompu des fiançailles…
      Il y a même presque un procès avec l’accumulation de tous les griefs que le peuple pourrait avoir à l’égard de Dieu : « Tu as méprisé, rejeté ton serviteur ; tu t’es emporté contre ton messie ; tu as jeté à terre et profané sa couronne… tu as brisé l’alliance… tu as mis en joie tous nos ennemis… tu as déversé sur nous la honte… » Et cette litanie se termine par « Combien de temps laisseras-tu flamber le feu de ta colère ? » Cette partie-là du psaume au moins a donc certainement été écrite à partir de l’expérience de l’Exil à Babylone.

      DEUXIEME LECTURE – Romains 16, 25-27
      25 A Celui qui peut vous rendre forts
      selon mon Evangile qui proclame Jésus-Christ :
      révélation d’un mystère
      gardé depuis toujours dans le silence,
      26 mystère maintenant manifesté
      au moyen des écrits prophétiques,
      selon l’ordre du Dieu éternel,
      mystère porté à la connaissance de toutes les nations
      pour les amener à l’obéissance de la foi,
      27 à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ
      à lui la gloire pour les siècles. Amen.

      LE GRAND PROJET DE DIEU AU BENEFICE DE TOUTE L’HUMANITE
      Nous venons de lire les derniers mots de la lettre aux Romains, la conclusion de cette longue épître très dense, de seize chapitres ; rien d’étonnant donc à ce qu’on y trouve une finale très solennelle. Ici, comme dans le texte grec, ces trois versets ne forment qu’une seule phrase : Paul trace à grands traits toute la fresque de l’histoire humaine dans laquelle se déroule le projet de Dieu. Car c’est le noyau, le thème central de la lettre et aussi de toute la théologie de Paul : ce fameux « dessein bienveillant », conçu depuis toute éternité, révélé progressivement aux hommes, pour le bonheur de l’humanité tout entière.
      L’expression « pour les conduire à l’obéissance de la foi » nous surprend peut-être ; en fait, la formule « l’obéissance de la foi » est très biblique dans la forme comme dans le fond ; dans la forme c’est tout simplement un pléonasme : la foi est synonyme d’obéissance, mais au très beau sens du mot « obéissance » dans la Bible, qui veut dire « confiance ». Dans le verbe « Ob-audire », il y a le mot « audire » (écouter) ; dans la Bible, obéir, c’est écouter amoureusement, parce qu’on vit dans la confiance ; c’est tout simplement avoir la foi. « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » (Ps 94/95) signifie « Aujourd’hui ferez-vous confiance à Dieu ? » Et d’ailleurs, l’expression grecque traduite ici par « obéissance de la foi » signifie en réalité « l’obéissance qu’est la foi ». C’est un thème qui revient tout le temps dans la Bible, y compris dans la fameuse profession de foi juive « Shema Israël » (Ecoute Israël, Dt 6, 4) : « Ecoute », c’est-à-dire, fais confiance ; n’oublie jamais que Dieu t’a libéré et te veut libre toujours ; c’est pourquoi tu peux faire confiance et obéir ; c’est la même chose.
      L’ENTREE DES NATIONS PAIENNES DANS LA FOI
      Il s’agit donc de conduire à l’obéissance de la foi (c’est-à-dire à la foi tout court, à la confiance) toutes les nations païennes ; voilà encore un thème biblique : le projet de Dieu est universel. On dit souvent que Paul est l’apôtre des nations païennes, mais bien avant lui, l’Ancien Testament affirmait que le salut de Dieu concerne l’humanité tout entière. Ce fut, grâce à la Révélation, bien sûr, l’une des grandes avancées de la pensée biblique, surtout après l’Exil à Babylone ; par exemple, chez Isaïe : « Ma Maison sera appelée Maison de prière pour tous les peuples » (Is 56, 7) ; ou dès avant l’Exil, chez Jérémie : « Moi, le SEIGNEUR, je suis le Dieu de toute chair » (Jr 32, 27), et Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair » (Jl 3, 1).
      Une fois acquise cette conviction que le projet de Dieu est universel, c’est-à-dire qu’il concerne l’humanité tout entière, et pas seulement un peuple privilégié, alors on a relu dans ce sens la fameuse Parole de Dieu à Abraham « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12)
      S’il a fallu le répéter si fort et si souvent, c’est bien parce qu’on avait tendance à l’oublier, peut-être ; mais ne jugeons personne : aujourd’hui encore ce rappel n’est sans doute pas inutile aux Chrétiens que nous sommes. Saint Paul s’inscrit donc tout à fait dans la même ligne : « Toutes les nations sont associées au même héritage. » (Ep 3, 6). Dernière remarque sur ce point : Que les païens soient admis au même héritage, encore une fois, l’Ancien Testament l’avait déjà dit ; ce qui est nouveau ici, bien sûr, c’est la référence à Jésus-Christ : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. » Paul appelle cela la révélation du mystère et il emploie ici un mot que nous connaissons bien : « apocalypse » ce qui veut dire littéralement « dévoilement ».
      DIEU SE FAIT TOUT PROCHE POUR NOUS REVELER SON PROJET
      La grande découverte de l’Ancien Testament c’est que le Dieu Tout-Autre se fait le Tout-Proche : parce qu’il est le Tout-Autre, son projet n’est pas à la portée de notre intelligence humaine ; mais parce qu’il se fait Tout-Proche, il nous le révèle, il nous le dévoile, ou plus exactement, il nous invite à y entrer, à y participer. Paul est bien l’héritier de toute la méditation biblique ; il s’émerveille devant le Dieu Tout-Autre : dans cette même lettre aux Romains, il s’est écrié : « O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables ! Qui en effet a connu la pensée du Seigneur ? Ou bien qui a été son conseiller ?1… Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. A lui la gloire éternellement. Amen. » (Rm 11, 33-36).
      Il s’émerveille aussi devant le Dieu qui se fait proche au point de nous faire entrer dans son mystère. Il le dit ici, mais également dans sa première lettre aux Corinthiens : « Ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. » (1 Co 2, 7). Un peu plus tard, la lettre aux Colossiens le dira dans une formule lapidaire : « Le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations, mais qui maintenant a été manifesté à ceux qu’il a sanctifiés » (Col 1, 26).
      Quand Paul écrit : « Le mystère est maintenant manifesté », il parle des temps nouveaux inaugurés par la venue du Christ. Il divise l’histoire humaine en deux temps : avant et après la venue du Christ ; le mystère de Dieu se déploie sur l’ensemble de l’histoire, mais avant il ne se dévoilait que partiellement, progressivement ; désormais, en Jésus-Christ, il est pleinement dévoilé ; il ne nous reste plus qu’à ouvrir les yeux.
      Et là encore, nous retrouvons le génie de la construction de Paul : il termine sa lettre par là où il avait commencé (on a là une inclusion ou un parallèle, si vous préférez) ; rappelez-vous les premières lignes de sa lettre : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle de Dieu. Cet évangile, que Dieu avait déjà promis par ses prophètes dans les Ecritures saintes, concerne son Fils, issu selon la chair de la lignée de David, établi selon l’Esprit Saint, Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d’entre les morts : Jésus Christ Notre Seigneur » (Rm 1, 2-3).

      EVANGILE – selon saint Luc 1, 26 – 38
      26 En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu
      dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
      27 à une jeune fille vierge,
      accordée en mariage à un homme de la maison de David,
      appelé Joseph ;
      et le nom de la jeune fille était Marie.
      28 L’Ange entra chez elle et dit :
      « Je te salue, comblée-de-grâce,
      le Seigneur est avec toi. »
      29 A cette parole, elle fut toute bouleversée,
      et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
      30 L’Ange lui dit alors :
      « Sois sans crainte, Marie,
      car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
      31 Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils,
      et tu lui donneras le nom de Jésus.
      32 Il sera grand,
      il sera appelé Fils du Très-Haut ;
      le Seigneur Dieu
      lui donnera le trône de David son père ;
      33 il règnera pour toujours sur la maison de Jacob,
      et son règne n’aura pas de fin. »
      34 Marie dit à l’Ange :
      « Comment cela va-t-il se faire,
      puisque je ne connais pas d’homme ? »
      35 L’Ange lui répondit :
      « L’Esprit Saint viendra sur toi,
      et la puissance du Très-haut
      te prendra sous son ombre ;
      c’est pourquoi celui qui va naître sera saint,
      il sera appelé Fils de Dieu.
      36 Or voici que, dans sa vieillesse, Elisabeth, ta parente,
      a conçu, elle aussi, un fils
      et en est à son sixième mois,
      alors qu’on l’appelait « la femme stérile ».
      37 Car rien n’est impossible à Dieu. »
      38 Marie dit alors :
      « Voici la servante du Seigneur ;
      que tout m’advienne selon ta parole. »
      Alors l’Ange la quitta.

      L’HEURE DE L’INCARNATION A SONNE
      Ce jour-là, l’histoire humaine a basculé : l’heure de l’Incarnation a sonné. Désormais, plus rien ne sera jamais comme avant. Toutes les promesses de l’Ancien Testament trouvent ici leur accomplissement. Chacune des paroles de l’Ange vient évoquer ces promesses et détailler l’une des facettes de l’attente du Messie telle qu’elle se développait depuis des siècles.
      Tout d’abord, on attendait un roi descendant de David : or ici, on entend un écho de la promesse faite à David par le prophète Natan que nous entendons en première lecture ce dimanche (2 S 7). C’est à partir de cette fameuse promesse que s’est développée toute l’attente messianique. Or ici, c’est le centre des paroles de l’ange Gabriel : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la Maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »1 (versets 32-33). Autre titre : « Il sera appelé Fils du Très-Haut » : en langage biblique, cela veut dire « roi » ; en écho à la promesse que Dieu avait faite à David, chaque nouveau roi recevait le jour de son sacre le titre de Fils de Dieu.
      Marie a tout compris, mais elle se permet de rappeler à l’Ange qu’elle est encore une jeune fille et que donc elle ne peut normalement pas concevoir d’enfant. Ce à quoi l’Ange apporte la réponse que nous connaissons, mais qui, elle aussi, évoque d’autres promesses messianiques, tout en les dépassant infiniment : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint. » On savait que le Messie serait investi de la puissance de l’Esprit Saint pour accomplir sa mission de salut ; Isaïe, par exemple, avait dit : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines, sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR » (Is 11, 1-2). Mais l’annonce de l’Ange, ici, va beaucoup plus loin : car l’enfant ainsi conçu sera réellement Fils de Dieu : « celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu ».
      LE FILS DE DIEU
      Visiblement, saint Luc insiste sur le fait que cet enfant n’a pas de père humain, il est « Fils de Dieu » ; deux preuves dans ce texte : premièrement la remarque de la Vierge « je ne connais pas d’homme » ce qui veut dire « Je suis vierge ». Deuxièmement, la formule « Tu lui donneras le nom de Jésus » est adressée à la mère, ce qui
      est tout à fait inhabituel et ne s’explique que s’il n’y a pas de père humain : d’habitude, c’était le père qui donnait le nom à l’enfant.
      L’expression « La puissance du Très-haut te prendra sous son ombre » fait penser à une nouvelle création : on pense évidemment à cette phrase du livre de la Genèse « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux » (Gn 1, 2). Cette présence privilégiée de Dieu sur le Christ est encore suggérée par l’évocation de « l’ombre du Très-Haut » ; déjà elle était le signe de la Présence de Dieu au-dessus de la Tente de la Rencontre, pendant la marche de l’Exode ; le jour de la Transfiguration, la même nuée, la même ombre désignera le Fils de Dieu : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, Ecoutez-le ! »
      Face à toutes ces annonces de l’Ange, la réponse de la Vierge est d’une simplicité extraordinaire ! On peut dire qu’on a là un bel exemple « d’obéissance de la foi », comme dit Paul, c’est-à-dire de confiance totale. Elle reprend le mot de tous les grands croyants depuis Abraham : « Me voici » ; Marie répond tout simplement : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Le mot « servante » n’évoque pas ici la servilité, mais la libre disponibilité au projet de Dieu. Il suffit de dire « Oui », car « Rien n’est impossible à Dieu ».
      Grâce à ce « oui » de la jeune fille de Nazareth, « Le Verbe se fait chair et il vient habiter parmi nous » ; on entend ici résonner la lumineuse promesse de Sophonie qui annonçait la venue de Dieu au milieu de son peuple : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem !… Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. » (So 3, 14-15).
      Mais tout est encore plus beau que ce que l’on avait pu imaginer. Marie n’aura pas trop de toute sa vie, sûrement, pour « méditer toutes ces choses dans son coeur ».
      ————————-
      Notes
      1 – « Son règne n’aura pas de fin » : cette phrase évoque également les paroles du prophète Daniel sur le « fils d’homme » qui devait recevoir une royauté éternelle.
      2 – En hébreu, « fille de Sion » désigne Sion, c’est-à-dire le peuple de Dieu (et non pas une femme précise). La promesse de Sophonie s’adressait à ses contemporains. Plus tard, les Chrétiens ont considéré que cette parole s’appliquait particulièrement bien à Marie.


    • Homélie du dimanche 24 décembre

      Dimanche 24 décembre 2017
      Quatrième dimanche de l’Avent

      Références bibliques :
      Livre de Samuel : 2 Sam. 7. 1 à 16 : « C’est moi qui t’ai pris au pâturage »
      Psaume 88 : « Sans fin, je lui garderai mon amour. »
      Lettre de saint Paul aux Romains : 16 25 à 27 : « Il était resté dans le silence depuis toujours. Aujourd’hui il est manifesté. »
      Evangile selon saint Luc : 1. 26 à 38 : « L’Esprit-Saint viendra sur toi et la Puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. »
      ***
      En plaçant le mystère de l’Annonciation dans le temps de l’Avent, l’Eglise souligne qu’elle n’est pas une simple fête mariale, mais qu’elle est l’un des moments fondamentaux de l’Incarnation rédemptrice.
      LA DEMEURE DE DIEU PARMI LES HOMMES
      Dieu assume l’humanité en l’une d’entre nous. Marie, une femme de notre humanité, reçoit comme révélation que la puissance du Très-Haut reposera sur elle. Ce qui l’identifie à la « Demeure », la tente dans laquelle les Israélites abritaient l’Arche d’Alliance de la Parole de Dieu, au long des étapes de leur marche dans le désert. (Livre des Nombres 9. 17 – Deutéronome 31. 15 – Exode 40. 36)
      Depuis la prise de Jérusalem en 598 av. J.C., l’arche avait disparu, mais pas ce qu’elle représentait : la proximité de Dieu qui fait vivre son Peuple. En Marie, la proximité se fait Incarnation.
      « Rien n’est impossible à Dieu ». Marie et l’ange s’accordent sur cette évidence de la foi. Ainsi parlait déjà le livre de la Genèse à propos de la naissance d’Isaac (Genèse 18. 14). Ainsi parle Jésus quand ses auditeurs auront compris que le salut est impossible à l’homme seul (Luc 18. 27). La naissance du Fils de Dieu parmi les hommes et la nouvelle naissance des fils que nous sommes sont l’œuvre de l’Esprit-Saint.
      PAR DELA L’ATTENTE
      L’Annonce faite à Marie, située dans le temps, est le mystère qui réalise l’attente séculaire du Peuple de Dieu. C’est tout cela que désormais Marie devra vivre et qui lui demande un acte de foi dont, aujourd’hui, nous avons peine à mesurer la profondeur et l’intensité des exigences quotidienne. Nous connaissons Jésus au travers du déroulement de sa vie. Marie devait faire un « saut « dans un avenir inconnu.
      Il lui est demandé un acte de foi qui exige d’elle un abandon total et dont elle ne découvrira l’immensité qu’au fur et à mesure de son union d’amour au cours de la vie humaine qu’elle partage désormais avec son fils, le Fils de Dieu fait homme.
      Grâce à sa mémoire biblique, Marie vivra la personnalité et la mission du Messie telles que la tradition davidique les a esquissées, telles que la tradition prophétique les a précisées, telles que les lui commentait la synagogue de Nazareth.
      SITUEE DANS SA VIE QUOTIDIENNE
      Car, dans le même temps, sa méditation quotidienne et sa prière les enrichiront au contact même de cette présence humano-divine du Christ. Cette contemplation d’amour, nous la découvrons au travers de son questionnement à l’ange-messager de Dieu, au travers de son « Magnificat », au travers de son silence lorsque son fils lui rappelle qu’il doit être « aux affaires » de son Père. « Elle conservait toutes ces choses en son cœur. »
      Le texte grec est plus fort que nos traductions destinées à la lecture publique : « Elle gardait avec soi … » Ce n’est pas un archivage égoïste. Le verbe grec est un verbe actif qui ajoute une plus grande expression aux mots qui suivent : « en son cœur », non pas dans sa mémoire, mais dans son amour. Car, selon l’expression courante, c’est du cœur que partent toute action et tout comportement de notre existence, toute connaissance réelle de ce que nous vivons.
      Chacun de nous reçoit aussi, chaque jour, l’Annonciation, par la grâce de Dieu. Comment l’accueillons-nous ? Accueillir, c’est se laisser quelqu’un prendre place dans notre propre vie. Et là, c’est laisser Dieu prendre place, dans le silence, la crainte parfois, la joie aussi.
      Marie n’est plus seule avec elle-même quand l’ange la quitte. Dieu est désormais en sa virginité, elle est en-ceinte, ceinte par Dieu lui-même. Celle qui avait offert l’abandon de sa fécondité, reçoit, en toute liberté, le don de la vie qui se féconde en elle au rythme des jours : « Que tout se passe pour moi selon ta parole. »
      LA PLENITUDE DES TEMPS
      « Voilà le mystère qui nous est révélé, ce mystère qui est porté à la connaissance de toutes les nations. » Pour saint Paul (Romains 16. 26) l’Evangile nous place « sur un autre registre » si nous pouvons parler ainsi. Ce n’est pas seulement celui d’Abraham, de David et des prophètes qui avaient annoncé ce mystère dans l’avenir du Peuple de Dieu.
      Dieu ne s’enferme plus dans un peuple. En Marie, il se donne à tous les hommes. Le mystère du salut des Nations, dont parle Isaïe, devient une réalité. Nous rejoignons non pas un simple royaume terrestre, mais la plénitude divine.
      « Dieu seul est sage ». C’est Dieu qui est Sagesse. Cette sagesse qui nous est destinée passe par Jésus-Christ qui est la Parole qui a rompu le silence de toujours, pour nous révéler maintenant et aujourd’hui ce mystère.
      La liturgie, en citant le texte de la lettre de saint Paul aux Romains, le souligne en encadrant ce texte par « Gloire à Dieu », au début et à la fin de la citation. En fait, la gloire de Dieu « qui a le pouvoir de nous rendre forts par l’Evangile que je vous ai prêché…Gloire à Dieu le seul sage, par Jésus-Christ. »
      PLUS QU’UNE PROXIMITE
      Ce mystère de la Nativité que nous allons fêter dans quelques jours, n’est donc pas seulement « Dieu avec nous. » C’est tout autant « nous avec Dieu et Dieu en nous ». Nous retrouvons là l’immensité du message que Marie a entendu « Le Seigneur est avec toi … pleine de grâce… La puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. » Comme dans l’Ancienne Alliance, la nuée de Dieu l’absorbe.
      La nuée de Dieu nous absorbe en l’Esprit-Saint. L’homme a toujours cherché et cherche encore la proximité de Dieu. Depuis l’Incarnation révélée en Marie, c’est plus qu’une proximité. Il est avec nous et nous sommes avec Lui. Il peut être connu au travers de la dimension qui est la nôtre. L’Infiniment Autre a pris notre mesure en Jésus-Christ. A nous de prendre désormais la sienne.
      Comme Marie, il nous faut adorer ce mystère sans trop en parler avec des mots humains, car il ne peut s’exprimer en plénitude au travers de nos paroles humaines. « Marie gardait tout cela, avec soin, en son cœur ».
      L’HOMME DIVINISE
      Quand Dieu prend Marie en son sein trinitaire en la couvrant de son ombre, il vient dans le sein de la Vierge Mère. Chaque chrétien, devenu temple de l’Esprit-Saint par le baptême, est désormais aussi demeure de Dieu.
      Le mystère de l’Incarnation n’est pas un jour anniversaire, celui que nous fêtons à Noël. Au travers des millénaires, c’est la réalité de Dieu fait homme pour toujours. C’est la réalité de l’homme divinisé. Non pas seulement la possibilité d’atteindre un Dieu qui se fait proche, mais lui resterait extérieur. C’est la possibilité pour l’homme de partager la vie même de Dieu.
      Nous avons à accueillir Dieu en nous, l’Emmanuel, au travers des péripéties de notre vie comme au travers de nos évidences humaines qui se transforment en évidences de la Foi.


    • Drame de Millas : « Nos cœurs sont touchés » message de Mgr Norbert Turini

      La collision tragique entre un train et un autocar scolaire, survenue jeudi après-midi à Millas et qui a coûté la vie à quatre adolescents et laisse encore 10 blessés dans un état grave et d’autres encore dans un état préoccupant est une tragédie pour notre diocèse. Car c’est bien plus qu’un village ou qu’une communauté de paroisses qui sont touchés aujourd’hui mais tout un peuple qui souffre pour ses enfants. Ce matin mes pensées, au nom de toute la communauté catholique des Pyrénées Orientales, vont évidemment à toutes les victimes de ce drame, à leurs familles et proches et à tous ceux qui les ont côtoyés et qui sont en deuil et je m’associe à leur peine. J’assure toutes les personnes affectées par cet événement de mon soutien total et de ma prière en ces heures difficiles.
      Dans ce moment de douleur intense, où nos cœurs sont touchés, nous ne voulons pas oublier à quelques jours de Noël que le Christ vient partager notre humanité jusque dans ses plus grandes souffrances. Tous les hommes sont invités à puiser dans sa Lumière et sa Présence, la force et l’espérance nécessaires pour traverser une telle épreuve.
      Depuis les premières heures de ce tragique accident, notre diocèse est mobilisé pour soutenir les victimes, leurs familles et proches. Pour les accueillir, les entourer, les écouter, les réconforter et les accompagner du mieux que nous pouvons pour les aider à traverser cette douloureuse épreuve. L’Abbé Benoît De Roeck, curé de la communauté de paroisses touchée par ce drame est totalement mobilisé depuis jeudi soir et reste depuis à l’écoute de tous ceux qui cherchent du réconfort. Je l’assure, avec son équipe paroissiale de mon soutien total.
      Au-delà, le diocèse se rend disponible pour permettre à tous ceux qui le désirent, de se recueillir, de prier et d’accompagner les victimes et leurs familles dans la douleur.
      J’ai demandé à ce que le glas soit sonné dans toutes les églises du diocèse ce vendredi midi et à 19 h.
      Une messe est célébrée ce vendredi à 18 h en l’église Saint André de Saint Féliu d’Avall.
      Dimanche la messe paroissiale qui prendra une autre dimension aura lieu à 9 h 30 à Saint Féliu d’Avall.
      Dimanche soir à 18 h 30, je présiderai une veillée de prière à l’intention des victimes et de leurs proches dans l’église de Saint Féliu d’Avall.
      Les familles pleurent leurs enfants disparus et notre famille diocésaine pleure avec elles. Leur cœur est brisé et nous voulons leur ouvrir le nôtre pour les y accueillir et leur offrir notre espérance, notre affection sans limite et notre réconfort.
      + Norbert Turini
      Évêque de Perpignan Elne

      Message du pape François adressé à Mgr Turini
      Informé du tragique accident survenu entre un train et un bus scolaire près du village de Millas, causant la mort de plusieurs collégiens et en blessant beaucoup d’autres, Sa Sainteté le Pape François s’associe par la prière à la souffrance des familles éprouvées par ce drame ainsi qu’à la douleur des camarades, collégiens et collégiennes, des proches de toutes les victimes et de la population de la région.Il Invoque Dieu, Père de miséricorde, afin qu’il accueille dans la paix de sa lumière ces jeunes qui ont perdu la vie, et qu’il apporte réconfort et espérance aux blessés et à leurs familles. Le Saint­ Père leur exprime sa profonde sympathie les assurant de sa proximité spirituelle, ainsi qu’aux personnes qui les entourent et aux secouristes. En gage de réconfort, le Pape François adresse une affectueuse Bénédiction Apostolique à toutes les personnes touchées par ce drame.
      Cardinal Pietro Parolin
      Secrétaire d’État de Sa Sainteté


      sujet : a la une, Communiqué de presse, Diocèse de Perpignan, Mgr Norbert Turini

    • Rencontre européenne de Taizé à Bâle

      La quarantième rencontre européenne sera la première organisée par la communauté de Taizé dans trois pays à la fois, la Suisse, l’Allemagne et la France, à Bâle ville marquée par le christianisme dans sa diversité depuis  des siècles.
      Ces rencontres sont l’occasion pour de jeunes chrétiens, de tous pays et de différentes confessions de vivre une nouvelle étape du « pèlerinage de confiance sur la terre » initié par frère Roger.
      Le CÉCEF (Conseil d’Églises chrétiennes en France) qui réunit les responsables des différentes Églises en France, invite les jeunes à se rencontrer dans les villes ou les départements de départ pour entreprendre ensemble ce voyage et entrer pleinement dans ce pèlerinage.


      sujet : a la une, déclaration, déclaration du CECEF, oecuménisme, Taizé

    • Commentaires du dimanche 17 décembre

      Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
      dimanche 17 décembre 2017
      3éme dimanche de l’Avent

      1ère lecture
      Psaume
      2ème lecture
      Evangile

      PREMIERE LECTURE – Livre du prophète Isaïe 61, 1-2a. 10-11
      1 L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi
      parce que le SEIGNEUR m’a consacré par l’onction.
      Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles,
      guérir ceux qui ont le coeur brisé,
      proclamer aux captifs leur délivrance,
      aux prisonniers leur libération,
      2 proclamer une année de bienfaits accordée par le SEIGNEUR.
      10 Je tressaille de joie dans le SEIGNEUR,
      mon âme exulte en mon Dieu.
      Car il m’a vêtue des vêtements du salut,
      il m’a couverte du manteau de la justice,
      comme le jeune marié orné du diadème,
      la jeune mariée que parent ses joyaux.
      11 Comme la terre fait éclore son germe,
      et le jardin, germer ses semences,
      le SEIGNEUR Dieu fera germer la justice et la louange
      devant toutes les nations.

      Il y a deux parties dans ce texte : dans la première, c’est bien Isaïe en personne, en tant que prophète, qui annonce une bonne nouvelle au peuple juif ; tandis que dans la seconde, c’est le peuple lui-même qui se réjouit comme si les promesses de la première partie étaient déjà accomplies : là on est en pleine anticipation ; la première partie, ce sont les versets « L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi… Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle » ; la seconde commence par « Je tressaille de joie dans le SEIGNEUR, mon âme exulte en mon Dieu. »
      Je commence par la première partie :
      LES DIFFICULTES DU RETOUR AU PAYS
      « L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi… Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le coeur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le SEIGNEUR. » C’est le prophète qui parle. Mais de qui parle-t-il ?
      Qui sont ces coeurs brisés, ces captifs, ces prisonniers, ces pauvres (littéralement les « dos courbés ») ? Bien sûr, il s’agit des habitants de Jérusalem et du peuple juif tout entier. Mais pourquoi sont-ils si affligés ?
      Car, à l’heure où Isaïe leur parle, justement, les habitants de Jérusalem ne sont plus ni prisonniers ni captifs : au contraire, ils sont revenus de l’Exil à Babylone, et ils ont même entrepris les travaux de restauration du Temple de Jérusalem. Je vous rappelle le contexte :
      Vous vous souvenez que l’Exil à Babylone a pris fin, tout simplement parce que Babylone, après ses heures de gloire, a été conquise à son tour par Cyrus, roi de Perse ; or, contrairement aux autres empereurs qui ont conquis successivement la région, Cyrus favorise le retour au pays des populations déplacées ; les déportés sont donc revenus. Il est vrai qu’ils ne sont pas un peuple libre pour autant, puisque la terre d’Israël est désormais sous la domination des rois de Perse, Cyrus puis ses successeurs ; mais enfin, on ne peut quand même pas parler de prison ou de captivité au vrai sens du terme.
      Seulement, voilà, finalement, ces exilés rentrés au pays sont affreusement déçus du retour : là-bas, à Babylone, ils attendaient leur libération, leur délivrance comme un grand bonheur… Ils espéraient connaître l’éblouissement de celui qui a été dans un cachot aveugle et qui émerge tout d’un coup à la lumière le jour où on lui ouvre la porte. En fait, ils découvrent qu’il existe dans nos vies d’autres prisons, d’autres chaînes, moins matérielles, mais tout aussi oppressantes.
      Car au pays, on ne les attendait pas vraiment. Et on leur a mis tous les bâtons possibles dans les roues pour les empêcher de reconstruire le Temple. Il faut dire qu’en leur absence, d’autres populations également déplacées par les vainqueurs ont été installées à Jérusalem, et y ont introduit leur propre religion ; désormais, par le biais des mariages mixtes (entre des Juifs et des étrangères), la religion juive est en minorité. Qui respecte encore la Loi ? Elle est loin, la pureté de la pratique religieuse qu’on espérait restaurer !
      D’où l’éternelle question qui renaît à chaque étape difficile : Dieu n’aurait-il pas abandonné son peuple ? Et la réponse toujours renouvelée des prophètes, et ici, en particulier d’Isaïe : Dieu ne peut pas se renier lui-même ; gardez confiance, vous êtes encore et toujours le peuple élu par Dieu pour une mission bien particulière.
      Du coup, nous pouvons relire les premiers versets de notre texte d’aujourd’hui : « L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi, (c’est donc Isaïe qui parle) parce que le SEIGNEUR m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le coeur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le SEIGNEUR. » Le premier sens de ce texte, c’est donc : ne vous laissez pas aller au découragement, Dieu ne vous abandonnera jamais.
      Reste un mot un peu surprenant dans la bouche d’Isaïe : « Le SEIGNEUR m’a consacré par l’onction. » Il s’agit de l’onction d’huile que recevaient les rois le jour de leur sacre ; celui qui avait reçu l’onction s’appelait désormais un « messie » parce que messie en hébreu veut dire « oint, consacré » ; et cette onction signifiait que le consacré (normalement le roi) avait mission d’apporter le bonheur à son peuple ; et voilà que c’est un prophète qui parle de lui-même dans les termes où l’on parlait des rois. Il dit : « Le SEIGNEUR a fait de moi un Messie ».
      C’est la preuve que, à l’époque du troisième Isaïe (auteur de ce texte) alors précisément qu’il n’y a plus de roi sur le trône de David, l’attente juive du Messie évolue ; elle n’est plus seulement l’attente d’un roi, fils de David ; le Messie attendu pourrait bien être un prophète.
      « JE TRESSAILLE DE JOIE DANS LE SEIGNEUR »
      Pour résumer cette annonce d’Isaïe, le bonheur, le vrai, c’est-à-dire la justice, la consolation pour tous va se lever sur Jérusalem ; alors la deuxième partie du texte s’éclaire : c’est Jérusalem (c’est-à-dire le peuple de Dieu) qui parle. Jérusalem qui se réjouit déjà, comme si c’était là : « Je tressaille de joie dans le SEIGNEUR, mon âme exulte en mon Dieu. » Les prophètes usent souvent de ce genre d’anticipations pour montrer à quel point on peut être sûrs des promesses de Dieu.
      La fin du texte est très imagée : le manteau de la justice, des bijoux, un diadème : « Le SEIGNEUR m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. » Non seulement, c’est magnifique, mais le message théologique est très important : le manteau de la justice, c’est Dieu qui nous en enveloppe…
      Cela veut dire que notre rêve le plus profond, la pureté du coeur, est un cadeau de Dieu. C’est un don gratuit de Dieu, la plus magnifique des parures, le plus beau des bijoux, des diadèmes.
      Le texte se termine par ce que j’appellerai la parabole de la semence : « Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le SEIGNEUR Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations. » La germination est une belle image pour soutenir l’espérance : traduisez : confiance, à toute graine, il faut du temps…
      —————————-
      Complément : L’Année sabbatique ou jubilaire
      Lorsque Isaïe parle de l’année de bienfaits accordée par le Seigneur, il fait allusion à une coutume bien particulière qui nous est moins familière sans doute, mais que ses contemporains connaissaient très bien ; c’est presque un terme technique : il s’agit de l’année sabbatique ou même jubilaire ; tous les sept ans (l’année sabbatique), les esclaves hébreux devaient être libérés sans contrepartie ; tous les cinquante ans (l’année jubilaire), ce sont tous les habitants qui devaient être libérés, toutes les dettes remises, toutes les propriétés rendues à leurs premiers propriétaires. En un mot, on redécouvrait l’idéal de justice sociale voulu par Dieu pour la Terre Sainte.

      PSAUME – MAGNIFICAT DE LA VIERGE MARIE Luc 1, 46b-48, 49-50, 53-54
      46 Mon âme exalte le Seigneur,
      exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.
      48 Il s’est penché sur son humble servante ;
      désormais tous les âges me diront bienheureuse.
      49 Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
      Saint est son nom !
      50 Son amour s’étend d’âge en âge
      sur ceux qui le craignent.
      53 Il comble de biens les affamés,
      renvoie les riches les mains vides.
      54 Il relève Israël, son serviteur,
      il se souvient de son amour.

      LE CHANT DE LA VISITATION
      Vous vous rappelez les circonstances dans lesquelles la Vierge Marie a chanté ce que nous appelons le Magnificat. Elle vient de recevoir la visite de l’ange Gabriel qui lui a annoncé la naissance de Jésus et qui lui a révélé la grossesse de sa cousine Elisabeth. Elle est aussitôt partie rendre visite à sa cousine : « En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. » (Luc 1, 39 – 45). En guise de réponse, Marie entonne le Magnificat.
      Une chose assez surprenante à propos du Magnificat : si vous ouvrez votre Bible à cette page de Saint Luc, vous trouverez dans la marge des quantités de références à d’autres textes bibliques ; et si vous connaissez les psaumes, vous en avez reconnu des bribes dans presque toutes les phrases du Magnificat. Ce qui veut dire que Marie n’a pas inventé les mots de sa prière. Pour exprimer son émerveillement devant l’action de Dieu, elle a tout simplement repris des phrases prononcées par ses ancêtres dans la foi.
      Il y a là, déjà, une double leçon : d’humilité d’abord. Spontanément, pourtant mise devant une situation d’exception, Marie reprend tout simplement les expressions de la prière de son peuple.
      De sens communautaire ensuite : on dirait aujourd’hui de sens de l’Eglise. Car aucune des citations bibliques reprises dans le Magnificat n’a un caractère individualiste ; elles concernent toujours le peuple tout entier. C’est l’une des grandes caractéristiques de la prière juive et maintenant de la prière chrétienne : le croyant n’oublie jamais qu’il fait partie d’un peuple et que toute vocation, loin de le mettre à l’écart, le met au service de ce peuple.
      LA PRIERE DES HOMMES DE LA BIBLE
      On retrouve donc dans la prière de Marie les grands thèmes des prières bibliques : j’en retiens au moins quatre :
      Premièrement, la joie de la foi
      Deuxièmement, l’émerveillement devant la fidélité de Dieu à ses promesses et à son Alliance
      Troisièmement, l’action de grâce pour l’oeuvre de Dieu
      Quatrièmement, la découverte de la prédilection de Dieu pour les pauvres et les petits
      Premier thème des prières bibliques, la joie de la foi : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur » ; dans la première lecture de ce troisième dimanche de l’Avent, nous lisons presque la réplique de cette phrase : « Je tressaille de joie dans le SEIGNEUR, mon âme exulte en mon Dieu » (Is 61, 10) ; c’est un texte du troisième Isaïe, donc vers 500 av.J.C. Et cent ans plus tôt, vers 600 av.J.C., Habacuq avait dit : « Je bondis de joie dans le SEIGNEUR, j’exulte en Dieu, mon Sauveur ! » (Ha 3,18).
      Deuxième thème des prières bibliques : l’émerveillement devant la fidélité de Dieu à ses promesses et à son Alliance : chez Michée par exemple : « Tu accordes à Jacob ta fidélité, à Abraham ta faveur, comme tu l’as juré à nos pères depuis les jours d’autrefois. » (Mi 7,20). Et les psaumes y reviennent souvent : « Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël. » (Ps 97/98,3). « Oui, le SEIGNEUR est bon, éternel est son amour, sa fidélité demeure d’âge en âge » (Ps 99/100,5).
      Troisième thème des prières bibliques : l’action de grâce pour l’oeuvre de Dieu : Cela, c’est l’un des thèmes majeurs de la Bible, vous le savez bien ; et quand on dit l’oeuvre de Dieu, il s’agit toujours de l’unique sujet de toute la Bible, c’est-à-dire son grand projet, son oeuvre de libération de l’humanité. Par exemple : « Il est ta louange, il est ton Dieu, lui qui a fait pour toi ces choses grandes et terribles que tu as vues de tes yeux » (Dt 10, 21). Ou encore, dans le psaume 110/111 : « Il apporte la délivrance à son peuple, son alliance est promulguée pour toujours. »
      Enfin, Quatrième thème des prières bibliques : la découverte de la sollicitude particulière de Dieu pour les pauvres et les petits : et toujours il intervient pour les rétablir dans leur dignité. « Il s’est penché sur son humble servante, désormais tous les âges me diront bienheureuse », chante Marie. On trouve quelque chose de tout à fait semblable dans le cantique d’Anne, la maman de Samuel : « Mon cœur exulte à cause du SEIGNEUR ; mon front s’est relevé grâce à mon Dieu ! De la poussière, il relève le faible, il retire le malheureux de la cendre pour qu’il siège parmi les princes, et reçoive un trône de gloire. » (1 S 2,1.8). Ce thème du renversement de situation est très cher à la Bible, dès l’Ancien Testament ; par exemple dans le psaume 112/113,7 : « De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre, pour qu’il siège parmi les princes, parmi les princes de son peuple ». Ou encore cette phrase superbe du livre de Ben Sirac : « Le Seigneur a renversé les princes de leurs trônes des orgueilleux, et installé les doux à leur place. » (Si 10,14).
      J’ai parlé de « sollicitude particulière » de Dieu pour les pauvres et les petits. Je n’ai pas parlé de « préférence » de Dieu pour les pauvres. Parce qu’il me semble que l’Amour infini n’a pas de préférences, il est infini pour chacun de nous, grands ou petits. J’ai parlé de « sollicitude particulière pour les pauvres » parce que ce sont ceux qui ont de plus urgents besoins. Mais tous, grands ou petits, nous pouvons compter sur l’Amour infini.

      DEUXIEME LECTURE – 1 Thessaloniciens 5, 16-24
      Frères,
      16 soyez toujours dans la joie,
      17 priez sans relâche,
      18 rendez grâce en toute circonstance :
      c’est la volonté de Dieu à votre égard
      dans le Christ Jésus.
      19 N’éteignez pas l’Esprit,
      20 ne méprisez pas les prophéties,
      21 mais discernez la valeur de toute chose :
      ce qui est bien, gardez-le ;
      22 éloignez-vous de toute espèce de mal.
      23 Que le Dieu de la paix lui-même
      vous sanctifie tout entiers ;
      que votre esprit, votre âme et votre corps,
      soient tout entiers gardés sans reproche
      pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ.
      24 Il est fidèle, Celui qui vous appelle :
      tout cela, il le fera.

      LES YEUX FIXES SUR L’HORIZON
      Je prends une comparaison, lorsque nous partons en voyage, c’est le but (la destination finale) du voyage qui nous dicte la route à prendre ; pour Paul, le but du voyage chrétien, c’est l’établissement du Royaume de Dieu à la fin des temps. Et, dans toutes ses lettres, on découvre à quel point le retour du Christ est l’horizon de toutes ses pensées.
      C’est ce qui justifie toutes les recommandations qu’il donne ici aux Thessaloniciens. Vivre les yeux fixés sur l’horizon (c’est-à-dire l’établissement du Royaume de Dieu), c’est prier, c’est agir et tout cela dans la joie.
      Il ne s’agit pas de n’importe quelle joie bien sûr : il ne s’agit pas d’un optimisme béat, et d’ailleurs, si Saint Paul doit préciser « soyez toujours dans la joie », c’est que les Thessaloniciens avaient parfois du mal à rester joyeux ; ce que l’on comprend bien puisque l’on sait qu’ils connaissaient déjà la persécution ; et que Paul a dû quitter précipitamment Thessalonique, après seulement quelques semaines de présence et de prédication parce que la colonie juive le dénonçait au pouvoir romain comme fauteur de troubles.
      Aujourd’hui encore, on a parfois du mal à se réjouir quand on pense à toutes les guerres meurtrières qui endeuillent trop de pays tous les jours, au terrorisme et à la persécution religieuse qui fleurit ici ou là, ou aux problèmes économiques et à la vie misérable de tant d’hommes et de femmes sur la planète.
      Et pourtant, aux yeux de Paul, la joie est possible et même recommandée : il s’agit de la joie profonde de l’assemblée croyante ; joie d’accueillir la Bonne Nouvelle de la Parole de Dieu ; joie de lire dans nos vies les signes de l’Esprit ; joie d’une vie fraternelle…
      IL EST FIDELE, LE DIEU QUI VOUS APPELLE
      Joie de voir naître, lentement peut-être, mais sûrement, le Règne de Dieu. Joie de nous appuyer, non pas sur nos propres forces, mais sur le rocher de la fidélité de Dieu. Vous avez remarqué dans notre texte les derniers mots de Paul : « Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle : tout cela il l’accomplira » ; dans cette phrase, je lis au moins trois choses :
      Premièrement, Il le fera ; c’est-à-dire que le premier artisan du Royaume de Dieu, c’est Dieu lui-même.
      Deuxièmement, Il est fidèle : pour des interlocuteurs juifs, c’était leur foi, leur certitude depuis bien longtemps ; parce que leur histoire était justement pleine de l’expérience de cette fidélité de Dieu, quelles que soient les infidélités de son peuple ; mais pour des interlocuteurs non-juifs, c’était une nouvelle extraordinaire que de découvrir que l’histoire tout entière de l’humanité est accompagnée par la fidélité de Dieu ; d’un Dieu qui n’a pas d’autre but que le bonheur du genre humain tout entier. Rappelez-vous ce que Paul écrit dans la lettre à Timothée : « Je recommande avant tout que l’on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâce, pour tous les hommes… Voilà ce qui est beau et agréable aux yeux de Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tm 2, 1-4).
      Si seulement tous nos contemporains étaient conscients que Dieu n’a pas d’autre but que le salut et le bonheur de tous les hommes… Il me semble que la face du monde serait changée !
      Troisièmement, Dieu vous appelle : cette expression vient contrebalancer ce que j’ai dit plus haut ; d’une part, il est vrai que Dieu est le premier artisan de la venue du Royaume… Mais il nous appelle à y contribuer.
      Par la prière, d’abord : vous l’avez entendu dans la lettre à Timothée, mais aussi dans le début du texte d’aujourd’hui : « Priez sans relâche, rendez grâce en toutes circonstances : c’est la volonté de Dieu à votre égard ».
      Par toute notre action, ensuite… parce que prier, ce n’est pas nous débarrasser sur Dieu des tâches qui nous reviennent, c’est puiser dans son Esprit les ressources nécessaires, en force et en imagination, pour accomplir la participation qu’il attend de nous.
      N’ETEIGNEZ PAS L’ESPRIT
      Et c’est bien pour cela que Paul ajoute « N’éteignez pas l’Esprit » : comme on dirait il ne faut pas éteindre un feu, une flamme qui éclaire la nuit ; ce qui signifie que l’Esprit est une flamme qui brûle déjà en nous et dans le monde. Rappelez-vous cette phrase superbe de la quatrième prière eucharistique : « L’Esprit poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification ».
      Paul fait encore deux recommandations : « Ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose » ; quand on sait à quel point les Grecs étaient friands de manifestations charismatiques (don des langues, prophéties…) on peut comprendre ce double conseil : d’une part, respectez les dons qui se manifestent parmi vous : si quelqu’un prophétise, c’est-à-dire est le porte-parole de Dieu, acceptez de vous laisser interpeller : ne courez pas le risque de refuser d’écouter Dieu lui-même ; mais sachez discerner ; ne suivez pas n’importe qui aveuglément.
      Comment reconnaître ce qui vient de l’Esprit Saint ? C’est bien simple : comme il le dira plus tard, dans la lettre aux Corinthiens, ce qui vient de l’Esprit Saint, c’est ce qui édifie la communauté.
      Il me semble qu’ici le critère que nous donne Paul, c’est « choisissez ce qui fait avancer le Royaume ».
      Comme le disait Mgr Coffy : « Réintroduire dans nos pensées, nos jugements, nos comportements une référence au Royaume de Dieu qui vient est aujourd’hui une tâche essentielle de l’Eglise, non pas parce que la culture met l’accent sur le futur – raison non négligeable – mais parce que la fidélité à la Révélation l’exige ». (« Eglise, signe de salut au milieu des hommes » ; Conférence des Evêques à Lourdes, 1971).
      —————————
      Complément
      Traditionnellement, ce dimanche s’appelait le dimanche de « Gaudete », ce qui veut dire en latin « réjouissez-vous », et les ornements étaient roses. Ce mot « gaudete » est le premier de cette deuxième lecture, tirée de la première lettre de Saint Paul aux Thessaloniciens.

      EVANGILE – selon saint Jean 1, 6-8. 19-28
      6 Il y eut un homme envoyé par Dieu ;
      son nom était Jean.
      7 Il est venu comme témoin,
      pour rendre témoignage à la Lumière,
      afin que tous croient par lui.
      8 Cet homme n’était pas la Lumière,
      mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
      19 Voici le témoignage de Jean,
      quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem
      des prêtres et des lévites pour lui demander :
      « Qui es-tu ? »
      20 Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement :
      « Je ne suis pas le Christ. »
      21 Ils lui demandèrent :
      « Alors qu’en est-il ?
      Es-tu le prophète Élie ? »
      Il répondit : « Je ne le suis pas.
      – Es-tu le Prophète annoncé ? »
      Il répondit : « Non. »
      22 Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ?
      Il faut que nous donnions une réponse
      à ceux qui nous ont envoyés.
      Que dis-tu sur toi-même ? »
      23 Il répondit :
      « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert :
      Redressez le chemin du Seigneur,
      comme a dit le prophète Isaïe. »
      24 Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens.
      25 Ils lui posèrent encore cette question :
      « Pourquoi donc baptises-tu,
      si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? »
      26 Jean leur répondit :
      « Moi, je baptise dans l’eau.
      Mais au milieu de vous
      se tient celui que vous ne connaissez pas ;
      c’est lui qui vient derrière moi,
      et je ne suis pas digne
      de délier la courroie de sa sandale. »
      27 Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain,
      à l’endroit où Jean baptisait.

      DANS L’ATTENTE GENERALE
      Les questions posées à Jean-Baptiste reflètent bien l’état d’esprit qui régnait en Israël au moment de la venue du Christ : visiblement, on attendait le Messie de façon très prochaine ; et dans certains milieux, au moins, cette attente était devenue une impatience, si bien que dans les dernières décennies avant la venue du Christ, on a cru plusieurs fois le reconnaître enfin ; et de toute évidence, Jean-Baptiste jouissait d’une réputation telle qu’on s’est posé la question à son sujet.
      Tout le monde attendait, oui, mais tout le monde n’attendait pas la même chose, ou le même personnage : c’est pour cela que les questions se bousculent : « Es-tu le Messie lui-même ? Ou bien Elie ? Ou bien encore le Prophète annoncé ? » Car les promesses de l’Ancien Testament alimentaient l’espérance et l’impatience, mais elles n’étaient pas très claires : certains s’appuyaient en particulier sur les derniers versets du prophète Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Elie, le prophète, avant que ne vienne le Jour du SEIGNEUR, jour grand et redoutable. Il ramènera le coeur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères (Ml 3, 23-24). Il y avait aussi dans le livre du Deutéronome cette promesse : « Dieu dit à Moïse : Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. » (Dt 18,18). Très certainement, cette promesse était considérée comme l’une des annonces du Messie. Mais s’appliquait-elle à Jean-Baptiste ?
      JE SUIS LA VOIX QUI CRIE
      A toutes ces questions, « Es-tu le Messie ? Es-tu Elie ? Es-tu le Prophète annoncé ? » Jean-Baptiste répond par la négative : il n’est ni le Messie, ni Elie, ni le Prophète annoncé, au sens de nouveau Moïse, il n’est qu’une simple voix. Quand il parle de sa mission, il ne se réfère ni à Malachie, ni au Deutéronome, mais à Isaïe : « Je suis la voix qui crie dans le désert : Redressez le chemin du SEIGNEUR, comme a dit le prophète Isaïe. » (Is 40, nous l’avons lu pour le deuxième dimanche de l’Avent).
      Chez Isaïe, c’était une annonce de la libération prochaine du peuple exilé à Babylone : le Seigneur allait venir lui-même prendre la tête de son peuple et le ramener sur sa terre ; par la suite, ce texte avait été relu comme une annonce de la venue du Messie ; c’est bien dans ce sens que Jean-Baptiste le cite : le Messie est proche, lui-même (Jean) est seulement la voix qui l’annonce.
      Derrière les dénégations de Jean-Baptiste se profile donc l’affirmation essentielle : le Messie est proche, même si vous ne l’avez pas encore reconnu ; « Au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas. » Lui-même semble ne pas le connaître encore ; il le dit explicitement quelques versets plus loin : c’est seulement lorsque Jésus s’est présenté à lui pour lui demander le Baptême que Jean-Baptiste a eu la certitude qu’il était le Messie ; je vous rappelle ce passage (dans le même évangile de Jean) : « Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit-Saint ». (Jn 1,33).
      Ce qui veut dire que Jean-Baptiste a connu ce que nous appelons quelquefois la nuit de la foi : il a commencé à annoncer la présence de Jésus au milieu des hommes avant même de l’avoir reconnu. A cela on reconnaît le vrai prophète : premièrement, il poursuit sa mission, même dans la nuit… car ce qui compte avant tout, c’est que les hommes croient : « Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. » (On retrouve là une très grande insistance de Saint Jean tout au long de son évangile : « afin que tous croient »).
      Deuxièmement, il ne nous attire pas vers lui, il nous tourne vers celui qu’il annonce ; Jean-Baptiste remet bien les choses en place : c’est vers lui que les foules viennent ; mais aussitôt, il les dirige vers le Christ. Il ne se présente pas en porteur de la vérité, mais il tourne les coeurs vers la vérité.
      Saint Jean insiste beaucoup sur l’humilité de Jean-Baptiste devant Jésus : « Je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Il semble qu’il n’était pas inutile peut-être de mettre les choses au point pour les lecteurs de l’évangile ; car on sait par ailleurs (et on le devine ici) que les disciples de Jean-Baptiste ont parfois pris ombrage du succès croissant de Jésus et que, plus tard, parmi les premiers Chrétiens, certains auraient eu tendance à inverser les rôles. C’est pour cela que Jean insiste : « Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la lumière… (et Jean continue) Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme ».
      Un peu plus loin, dans ce même évangile de Saint Jean, c’est Jésus lui-même qui dira : « Jean-Baptiste était la lampe qui brûle et qui brille » (Jn 5, 35). Jean-Baptiste est la lampe, il n’est pas la lumière elle-même. Zacharie, son père, ne s’était pas trompé quand il chantait : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins » (Lc 1, 76).


    • Homélie du dimanche 17 décembre

      Dimanche 17 décembre 2017
      Troisième dimanche de l’Avent

      Références bibliques :
      Lecture du Livre d’Isaïe. 61. 1 à 11 : « Mon âme exulte en mon Dieu. »
      Cantique de Marie : Luc 1. 46 à 54 : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles. »
      Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens. 1 Thes. 5. 16 à 24 : « Rendez grâces en toutes circonstances. »
      Evangile selon saint Jean. 1. 6 à 28 : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas. »
      ***
      La liturgie de ce dimanche est un hymne à la joie de la présence de Dieu en nos vies. Les lectures forment un tout qui ne peut être dissocié. C’est leur unité qui les éclaire les unes par les autres et nous conduit à une compréhension plus profonde du message évangélique que nous avons à vivre.
      La prière d’ouverture de la messe en trace d’ailleurs les grandes lignes :
      « Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils. Dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère, pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau. »
      DIRIGE NOTRE JOIE VERS LA JOIE.
      La joie n’est ni exubérance, ni satisfaction émotionnelle ou égocentrique. Elle est libératrice parce qu’elle exprime une réalité intérieure faite de paix et de sérénité parce qu’elle jaillit de la réciprocité d’une rencontre de vérité et d’amour.
      Vérité de la connaissance que nous venons de vivre avec un être cher, amour partagé au niveau même du cœur de chacun.
      C’est alors un mystère de plénitude qui passe par delà toute souffrance. L’être que nous sommes se sent comme « accompli » dans sa propre nature, par cet échange avec la nature dans sa beauté comme avec ses frères dans l’amour, un échange qui devient une communion.
      Ce temps nous conduit à entrer dans le mystère de Dieu. Notre joie ne peut avoir d’autre source que la joie même de Dieu en sa Trinité d’échange et de communion, Père, Fils et Esprit.
      Créé en vue de sa divinisation, l’homme n’est cependant pas divin par nature. La dignité de l’être humain vient de ce qu’il est apte à être divinisé. L’âme n’est ni de la nature de la divinité ni de la nature des ténèbres. L’homme est une créature magnifique, merveilleuse, image et ressemblance de Dieu (Gen. 1. 26) et quand « nous adhérons étroitement au Seigneur, nous sommes un seul Esprit avec Lui. » » (1 Cor. 6. 17)
      L’ESPRIT DU SEIGNEUR EST SUR MOI
      L’Incarnation ne provoque pas de rupture au sein de la Trinité. L’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans le Christ. Jésus redira ce texte d’Isaïe (Isaïe 61. 1) dans la synagogue de Nazareth (Luc 4. 21) « Aujourd’hui s’est accomplie cette parole de l’Ecriture. » Nous ne pouvons ni dissocier cette parole de celle du baptême dans le Jourdain « Il vit les cieux se déchirant et l’Esprit descendant comme une colombe vers lui » (Marc 1. 10) ni la dissocier de celle qui est dite au moment du départ au désert : « Et aussitôt l’Esprit le jette au désert. » (Marc 10. 12)
      L’Esprit du Seigneur est sur Marie, la vierge de Nazareth. « Il s’est penché sur son humble servante. » (Luc 1. 48) La découverte de cette merveille sera la cause de ce jaillissement de joie qu’est le « Magnificat ». Par l’Esprit, le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu s’est incarnée afin que tout homme puisse recevoir le souffle vivant qui fait entendre cette Parole en même temps que le silence divin d’où elle sort.
      L’Esprit de Dieu est à l’œuvre en chacun d’entre nous. A nous de le découvrir et de vivre cette réalité. « Il est au milieu de nous quelqu’un que nous ne connaissons pas, » du moins dans l’infini de son amour et de la grâce. Dans la libre communion de l’Esprit-Saint, nous sommes « accomplis » dans la vie du Dieu Trinité. « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers », dit saint Paul aux Thessaloniciens.
      DISCERNEZ LA VALEUR DE TOUTE CHOSE.
      La valeur essentielle.
      Il est à noter que saint Paul n’oppose pas l’âme et le corps, comme certains pourraient le dire. Le Christ a assumé toute la réalité humaine, à commencer par cette réalité physique, psychique et spirituelle qui est aussi la nôtre et que nous devons, nous aussi assumer, en partant à la suite de Jésus.
      L’incarnation du Christ ne sera complète que lorsque chaque réalité humaine, chaque parcelle, chaque code génétique de cette réalité auront été purifiés et pénétrés de la présence de Jésus. C’est dans ce sens que saint Paul dit aux Colossiens : « Je complète dans ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps. » (Col. 1.24)
      « Qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps. » (1 Thes. 5. 24)
      La Bonne Nouvelle du Christ contredit l’échelle des valeurs humaines. Ce n’est ni la réussite ni le pouvoir. Ces valeurs s’appellent les pauvres, les prisonniers, les affamés de pain et de justice. Le Christ explicitera Isaïe 61. 1-2 dans les Béatitudes et ce sont elles que nous devons discerner.
      Nous ne connaissons Dieu et les voies de Dieu qu’en suivant humblement celui qui est le chemin, la vérité, la vie. C’est en Lui qu’ont été vécues les richesses qui nous font « réaliser la merveille de notre salut. » (oraison sur les offrandes.)
      AVEC UN CŒUR VRAIMENT NOUVEAU
      C’est tout le message de Jean la Baptiste. Il ne multiplie pas exhortations moralisantes. Il nous exhorte à éliminer de nos vies tout ce qui pourrait être un obstacle à la venue de Dieu dans nos vies. Et c’est alors qu’il nous sera donné de voir Jésus marchant sur nos chemins aplanis et d’entendre « Voici l’Agneau de Dieu. » (Jean 1. 36)
      Le chemin que nous avons aplani, c’est notre humanité assumée. C’est de nous dépouiller, de nous vider de tout ce qui nous retient au delà et en deçà de notre condition, c’est de nous mettre en marche, non pour redire nos pensées, mais ouvrir nos yeux et nos cœurs à la nouveauté sans cesse renouvelée de la personne du Christ quand il nous donne de le contempler.
      Pour que nous ayons « un cœur nouveau », selon la prière d’ouverture de cette eucharistie, « un cœur de chair vive » selon un théologien contemporain, il nous faut cesser d’être tortueux, renoncer à utiliser la raison raisonnante qui est experte en l’art d’étouffer en soi, d’occulter et de camoufler l’évidence de la Lumière véritable. (P. Borrely)
      Jean était venu « rendre témoignage à la Lumière, il n’était pas la Lumière. » (Jean 1. 7)
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      Le cantique de Marie, au milieu de ces textes liturgique est bien une prière d’action de grâces, joyeuse et spontanée et non une méditation. Elle n’a pas besoin de chercher ce qu’elle va dire, les paroles de l’Ecriture, si souvent méditées par elle et surtout depuis l’Annonciation, lui viennent tout naturellement au moment de la Sainte Rencontre avec sa cousine Elisabeth.
      Elle s’était préparée à la venue de ce Fils dont elle ne mesure pas encore tout le mystère qu’elle porte en elle. Mais elle éclate de joie…


    • « Jérusalem a une vocation spéciale à la paix » déclaration de Mgr Georges Pontier

      Après la décision américaine de reconnaitre Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël, je tiens à répercuter les propos du pape François lors de l’Angélus d’hier, mercredi 6 décembre : « Je ne peux taire ma profonde préoccupation pour la situation qui s’est créée ces derniers jours, et en même temps j’adresse un appel vibrant afin que l’engagement de tous soit de respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les Résolutions pertinentes des Nations Unies. Jérusalem est une ville unique, sacrée pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, qui vénèrent en elle les Lieux Saints de leurs religions respectives, et elle a une vocation spéciale à la paix. »
      Alors que nous attendons la venue en notre monde du Prince-de-la Paix, j’invite les catholiques à intensifier leur prière à cette intention en communion avec les communautés chrétiennes présentes en Terre Sainte.
      + Georges PONTIER
      Archevêque de Marseille
      Président de la Conférence des évêques de France


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