Mgr Norbert Turini aux pêcheurs de Sète
Une parole de fraternité, de soutien et d’espérance
Montpellier, le 29 septembre 2026
Chers amis pêcheurs de Sète,
La mer n’est jamais seulement une étendue d’eau. Elle est un lieu de travail, de courage et de mémoire. Elle est aussi profondément inscrite dans la Bible et dans l’histoire de notre foi.
Jésus lui-même a appelé ses premiers disciples parmi les pêcheurs de la Mer de Galilée. Pierre, André, Jacques et Jean connaissaient les longues nuits de travail, les filets à jeter et à réparer, l’attente d’une pêche qui ne vient pas, mais aussi la joie de ramener le fruit de leur labeur. Ils connaissaient les vents contraires et les tempêtes soudaines.
Jésus est monté dans leur barque. Il a partagé leur condition. Il a traversé avec eux la tempête. Et lorsque la peur les gagne, il leur dit : « Pourquoi avez-vous peur ? »
Aujourd’hui, chers amis pêcheurs, vous traversez vous aussi une tempête. Elle est différente de celles que connaissaient les pêcheurs de Galilée. Elle touche votre activité, vos revenus, vos familles, vos équipages et votre avenir professionnel. Hausse des coûts, raréfaction des ressources, restrictions et addition des réglementations rendent l’horizon particulièrement incertain.
Je veux vous le dire simplement : je comprends vos peurs et je vous soutiens.
Et si je me permets de vous le dire avec proximité, sincérité et amitié, c’est aussi parce que je suis venu plusieurs fois à Sète célébrer avec vous la fête de la Saint-Pierre, patron des pêcheurs. J’ai vu combien cette fête est plus qu’une tradition : elle exprime une mémoire, une foi, une fraternité et un attachement profond à la mer et à votre vie de pêcheur.
Derrière chaque bateau, il y a des hommes et des femmes. Derrière chaque sortie en mer, il y a une famille qui attend. Derrière chaque caisse de poissons débarquée à Sète, il y a du travail, du savoir-faire et des heures de veille.
La pêche est une belle activité économique. Elle fait aussi partie de l’âme de notre littoral et de l’identité de Sète comme des autres ports de pêches de la Méditerranée. Elle porte une culture maritime, des gestes, des solidarités et une connaissance de la mer transmises de génération en génération.
Il faut donc que les décisions qui concernent la pêche soient prises avec les pêcheurs, et non sans eux.
Leur expérience et leur connaissance de la mer doivent être entendues.
Il faut leur donner de la visibilité, de la stabilité et une véritable perspective d’avenir.
Dans l’Évangile, Jésus dit à Pierre : « Avance au large. » Avancer au large ne signifie pas ignorer les tempêtes. Cela signifie refuser de croire que la tempête aura le dernier mot. Alors, chers pêcheurs de Sète, tenez bon !
Que vos bateaux continuent de sortir du port.
Que vos filets continuent de porter le fruit de votre travail.
Que vos familles puissent regarder l’avenir avec confiance.
Tels sont mes souhaits pour vous. Et que tous ceux qui ont une responsabilité dans notre pays — élus, responsables professionnels, administrations et décideurs européens — mesurent ce qui est en jeu : il ne s’agit pas seulement de préserver une flotte ; il s’agit de préserver des hommes, des familles, un métier et une part vivante de notre patrimoine maritime.
Que le Christ, qui a marché sur les rivages de Galilée et qui est monté dans la barque des pêcheurs, vous accompagne.
Qu’il garde vos équipages, vos familles et vos bateaux.
Qu’il vous donne courage dans l’épreuve, justice dans les décisions qui vous concernent et espérance pour l’avenir.
Et qu’après la tempête, Sète puisse toujours entendre le bruit des bateaux qui rentrent au port.
+ Norbert TURINI
Archevêque de Montpellier
Léon XIV en France : la dignité de la personne pour fil rouge
Paris, Lourdes, Metz : du 25 au 28 septembre, le pape a parlé aux jeunes, aux malades, aux victimes, aux responsables politiques, aux responsables religieux et à chacun d’entre-nous.
Les lieux changeaient, le propos tenait à une seule attention : celle que l’on doit à chaque personne.
Au Stade de France, le vendredi soir, 80 000 jeunes de 17 à 35 ans ont chanté et guetté la papamobile. Puis les voix se sont éteintes : la Sainte Tunique d’Argenteuil, amenée spécialement pour l’occasion, a été offerte à la vénération de l’assemblée. Le lendemain, sur les Champs-Élysées, une autre foule s’est tue, en particulier lors de l’homélie : environ 550 000 participants étaient inscrits selon le diocèse de Paris, et la presse a rapporté jusqu’à 800 000 personnes.
Cette alternance de la clameur et du recueillement a donné sa respiration au voyage. Aux jeunes, le pape a adressé un mot de reconnaissance, « Vous êtes les saints de France », puis trois injonctions pour avancer à la suite du Christ : « évite, tends et combats »
Si le voyage a un fil rouge, c’est celui-là. À Paris, Léon XIV a visité la Maison Bakhita, centre d’accueil de personnes migrantes du diocèse. À Lourdes, il a prié à la grotte pour la France et pour tous ceux qui y cherchent réconfort, espérance et guérison. Puis il est allé vers les malades, à l’Accueil Notre-Dame. « Vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité », leur a-t-il dit. Il a ajouté, quelques mois après l’adoption de la loi sur l’aide à mourir, que « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral ».
La même attention a dicté le temps le plus intime du séjour : une rencontre à huis clos avec sept victimes d’abus sexuels dans l’Église, prolongée presque deux heures, soit le double du temps prévu. Le cardinal Aveline y voit le signe que, pour cette blessure, le premier remède est une écoute attentive et humble.
À l’Élysée, le pape s’est adressé aux autorités, à la société civile et au corps diplomatique. Il a placé la dignité humaine au cœur de son message. Il a alerté sur les dérives de l’intelligence artificielle et appelé à la paix. Il a développé sa vision d’une « juste laïcité » qui « n’exclut pas la dimension religieuse » mais peut en faire une ressource éducative.
Le même jour, à l’UNESCO, il a prononcé un discours sur l’intelligence artificielle, la jeunesse, la paix et le dialogue interreligieux, lors d’une visite de ce type qui n’avait pas eu lieu depuis celle de Jean-Paul II en 1980.
À Lourdes, devant les évêques, il a notamment plaidé pour la défense du caractère propre de l’enseignement catholique, qu’il juge aujourd’hui remis en question.
La dernière journée a déplacé le regard vers le continent.
Elle a réuni une rencontre interreligieuse, une réflexion intitulée « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité », puis une messe pour la paix et la justice. Dans la cathédrale Saint-Étienne, le pape a lancé un appel au pardon, à la réconciliation et à la préservation des valeurs fondatrices de l’Europe. Il a salué dans les vitraux de Chagall, « ce grand peintre juif », un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux, et souhaité que la communauté de Metz soit un « phare d’espérance » pour le pays, l’Europe et le monde.
Ce qu’il reste à faire
Le pape est reparti en se disant, dans l’avion du retour, béni d’avoir pu encourager des jeunes qui, à l’évidence, sont en recherche de spiritualité.
Pour le cardinal Aveline, qui a accompagné Léon XIV à chaque étape, ces journées ont d’abord été une rencontre entre un homme porteur d’un message et un peuple qui attendait quelque chose. Il parle de graines semées, qu’il revient maintenant à l’Église de France d’arroser, et se compare à un jardinier qui doit aller les retrouver jusque dans les endroits où elles sont tombées sans qu’on l’ait prévu.
Visite du pape Léon XIV : ce que je retiens, par Mgr Turini
Chers amis,
De retour de Lourdes, où j’ai accompagné les pèlerins de l’Hérault, je partage avec vous les moments qui m’ont le plus marqué durant la visite apostolique du pape Léon XIV en France.
Un disciple venu affermir la foi
Dans l’avion qui le conduisait de Rome à Paris, le pape a prononcé une phrase que peu ont relevée : « Je viens en France comme disciple du Christ. » Elle m’a touché. Successeur de Pierre, il l’est assurément, mais il a choisi de se présenter d’abord avec cette humilité qui le caractérise. Sa mission est celle que Jésus a confiée à Pierre : affermir la foi de ses frères. C’est pourquoi il a voulu une visite apostolique plutôt qu’une visite d’État. Il souhaitait simplement que l’esprit de son voyage soit clair dès le départ.
Le soir de son arrivée, il a été impressionné par les 80 000 jeunes au Stade de France, à Saint-Denis. Dans son homélie, il a dit : « Remettez le Christ au centre de votre vie. » Affermir sa foi, c’est en effet revenir sans cesse au Christ pour repartir de lui.
À Lourdes, une parole pour la vie
Le deuxième message que je retiens est celui de la défense de la vie, au cœur de la rencontre avec les malades à Lourdes. Ce fut un moment d’une grande émotion, que le pape partageait lui-même. Il a d’abord écouté les associations qui servent les malades, puis des personnes en souffrance qui ont témoigné. Il a ensuite tenu des propos nets en faveur de la vie. Une phrase m’a frappé : « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. » Il importait qu’elle soit prononcée devant des malades, dont certains portent de très lourdes souffrances. Aucune agressivité dans ses paroles, mais une liberté tranquille. Ce pape a une parole libre, et il la dit avec douceur. On perçoit en lui un homme d’intériorité. Tout au long du voyage, ce que les fidèles ont ressenti, c’est la paix qui émane de sa personne : sa présence apaise.
Écouter les victimes, rencontrer les évêques
Je n’ai pas assisté à la rencontre avec les victimes d’abus sexuels, mais j’ai suivi leurs témoignages. Le pape a accordé quinze minutes d’entretien personnel à chacune, avant de les réunir toutes à la fin. Toutes ont dit la même chose : il les avait écoutées en profondeur. Cette qualité d’écoute dit quelque chose de lui : une douceur intérieure qui rayonne et qui laisse deviner une relation intime avec le Seigneur.
J’ai aussi ressenti sa proximité lors de sa rencontre avec les évêques. Il a tenu à saluer chacun personnellement et ses paroles témoignaient d’une fraternité d’évêque à évêque. Je n’ai pas encore eu le temps de relire l’ensemble des discours du voyage ; ils le méritent, car un fil rouge les traverse.
Pèlerin parmi les pèlerins
C’est lors de la procession mariale que j’ai senti le plus fortement sa simplicité. Il a voulu être pèlerin parmi les pèlerins. Dès le premier soir, il a accompli les gestes de tous ceux qui viennent à Lourdes : déposer un cierge, parcourir la grotte en posant la main sur le rocher et boire l’eau de la source. La procession aux flambeaux du dernier soir a été l’occasion de découvrir un pape de grande proximité avec tous.
Ce voyage nous a permis de mieux le connaître. Il a pu affirmer sa personnalité : celle d’un pasteur de l’Église universelle, d’un homme libre qui dit ce qu’il a à dire sans détour, avec des mots que chacun peut comprendre.
La joie des pèlerins de l’Hérault
À Lourdes, nous étions plus de 150 000 pèlerins, parmi lesquels de nombreux Héraultais. J’ai tenu à voyager en bus avec eux, à l’aller comme au retour : ce contact compte beaucoup pour moi. Au retour, j’ai vu des pèlerins comblés, heureux d’avoir vécu ces journées. Elles ravivent notre foi. Le pape a aussi encouragé les catéchumènes et les néophytes, et il a eu, pour les jeunes, cette parole qu’ils n’oublieront sans doute jamais : « Vous êtes les saints de France. »
+Norbert Turini, Archevêque de Montpellier
Zoom sur l’aumônerie des jeunes de la santé
L’aumônerie des jeunes de la santé est un groupe d’étudiants et de jeunes professionnels qui ont tous en commun leurs études dans le domaine de la santé, la passion du soins et l’accompagnement des patients.
Ces étudiants en médecine, en soins infirmiers, en orthophonie, en psychomotricité, en sage-femme… se rassemblent et mettent en lien le monde de la santé et de la foi qui les unit.
Les thèmes abordés sont multiples : sujets d’actualité préoccupants comme la loi sur l’euthanasie ou l’IVG, mais aussi le soutien des malades. La dimension spirituelle est, elle aussi, au cœur des rencontres. Animées sous différentes formes, les soirées mensuelles, le deuxième mercredi du mois, s’organisent autour de témoignages, de topos et de débats auxquels participent différents intervenants.
Accompagnés de notre aumônier, le père Christophe Privat, les soirées aumônerie débutent par un temps de prière, suivi d’échanges en lien avec thème de la soirée pour se terminer par un repas fraternel partagé.
A noter dans vos agendas !
C’est dans la salle du Choretto, attenante à la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier que se déroulera, jeudi 15 octobre prochain, la messe des macchabées. Cette célébration réunit les professionnels de la santé, les étudiants en médecines, la Pastorale de la santé.
Traditionnellement, le messe des macchabées consistait à porter plus particulièrement dans la prière, les âmes de ceux qui avait choisi d’offrir leur corps à la science pour faire progresser la médecine. Si la salle du Choretto, est à l’origine un ancien cloître, elle fut, après la Révolution française, allouée à la faculté de médecine pour y devenir une salle de dissection pour les étudiants. Elle est, aujourd’hui, redevenue l’une des chapelles de la Cathédrale Saint-Pierre.
Différentes sorties plus officielles sont organisées. Nous nous retrouvons aussi autour de repas, dans le cadre de footing, ou de soirées conviviales permettant de renforcer les liens de manière plus informelle autour d’un verre.
Chaque année, l’aumônerie de santé a également pour tradition de se réunir pour le week-end des soignants à Paray-le-Monial. L’année dernière, ce sont dix-neuf jeunes qui se sont rassemblés autour de conférences, d’échanges confraternels entre professionnels du monde de la santé, de temps de prière et de partage.
C’est dans ce cadre bienveillant et convivial que nous accueillons les étudiants et jeunes professionnels dans le domaine de la santé.
Si tu es étudiant en santé et que tu veux nourrir ta foi dans la joie et la fraternité/amitié viens nous rejoindre !
La bibliothèque diocésaine réouvre ses portes
Depuis le 19 septembre 2025, l’animation de la bibliothèque diocésaine, par décision de Mgr Turini, a été confiée au Service diocésain de la formation pastorale et spirituelle, sous la responsabilité du P. Jean-Sébastien Strumia, vicaire épiscopal à la formation. Après le pause estivale, elle réouvre ses portes.
François NAUDIN, bénévole à la bibliothèque diocésaine de Montpellier, nous en dit quelques mots :
Les 17-18 juin 2026 l’université Versailles Saint-Quentin organisait un colloque intitulé : « Les bibliothèques religieuses face aux défis du monde contemporain, entre déclin et renouveau (XIXe-XXIe siècle) ».
Pendant des siècles, les bibliothèques ont eu pour fonction de préserver les memorabilia, supports « supplétifs » et « palliatifs » de la mémoire humaine, afin d’assurer la préservation des savoirs, de tous les savoirs sans distinction y compris religieux.
Au service des sciences religieuses, les bibliothèques religieuses très tôt sont orientées autour d’un triple projet : pédagogique, académique et historiographique, à ce titre elles tiennent une place à part dans le paysage des bibliothèques et cultivent leurs singularités. Elles n’en demeurent pas moins les héritières patrimoniales des turbulences et vicissitudes de l’Histoire.
A ce titre la Révolution française et la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 posent un nouveau cadre et une nouvelle organisation qui va orienter ces lieux de savoir vers un inexorable déclin. Un important transfert du patrimoine se joue à ces deux occasions. La Révolution française, tout d’abord, marque la confiscation généralisée des ouvrages du clergé et des bibliothèques privées des émigrés. Les événements qui débutent en 1789 mettent ces collections à la disposition de la Nation et les placent dans des dépôts littéraires confiés aux communes.
Toutefois, dès 1801 le Concordat incite à la reconstitution des bibliothèques des évêchés et des séminaires. L’Eglise, à cette occasion, va réclamer les livres disséminés, d’une part, pour réparer les ravages de la Révolution, d’autre part, pour des motifs liés à la pratique du culte et aux activités pastorales et liturgiques, mais aussi pour des raisons patrimoniales puisqu’il s’agit de conserver la littérature sacrée.
Pour sa part, lors de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ces collections sont « placées sous les mains de la Nation » et deviennent propriété de l’Etat par le biais d’une confiscation généralisée des fonds des séminaires, diocèses et congrégations religieuse. Ce transfert de propriété génère de nombreuses pertes et destructions.
Avec le XX ème siècle s’ouvre un nouveau chapitre marqué par la sécularisation et par un nouveau rapport au livre religieux. Les fonds religieux très souvent patrimoniaux attirent lettrés, chercheurs et universitaires. Jaloux de leurs trésors, les responsables bibliothécaires préfèrent la conservation à la communication des ouvrages, que les bibliothèques populaires tentent de développer. Longtemps, lieu de la mise en valeur des fonds, laboratoire du savoir religieux, instrument de travail, d’études et de recherche, dans la société contemporaine, la place qu’occupe la bibliothèque religieuse est à la fois confortée et fragilisée par les évolutions sociales : augmentation générale du niveau de diplôme, accroissement des pratiques culturelles, mais recul du nombre moyen de livres lus, et prise de distance à l’égard du livre en tant que référent culturel.
Et que dire du choc des nouvelles technologies propre au XXI ème siècle qui, depuis un quart de siècle, en a fait des lieux baptisés « médiathèques » où le premier critère est la fréquentation et l’animation d’un espace ? Aujourd’hui, non seulement on n’a plus besoin de se rendre à la bibliothèque pour consulter fichiers et catalogues permettant d’accéder aux documents, mais une quantité croissante de données et de textes sont accessibles à distance. Ces évolutions structurelles permettent d’entrevoir et de dessiner la réinstallation des bibliothèques religieuses, malgré les nombreux obstacles matériels et financiers : le coût, les infrastructures et l’établissement de nouveaux catalogues. A n’en pas douter la Bibliothèque du diocèse de Montpellier – située au sein de Villa Maguelone – dès l’hiver prochain deviendra un lieu d’ouverture sur de nouveaux horizons intellectuels et les savoirs modernes, mais aussi un espace de médiation culturelle, de dialogue et d’accueil de nouveaux publics séduits par la richesse d’une collection de près de 35 000 ouvrages religieux.