Paroisse Saint Martin du Vignogoul

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Eglise catholique en France




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  • Site portail de l’Eglise catholique en France
    http://www.eglise.catholique.fr/

    Ce site officiel renvoie vers les diocèses, les services et les mouvements de l’Eglise catholique en France. Il diffuse des informations institutionnelles.


    • Intention de prière du pape François pour novembre 2017

      Intention de prière : Chrétiens d’Asie, acteurs de dialogue et de paix

      Prions  pour les chrétiens d’Asie afin qu’en témoignant de l’Évangile par le parole et l’action, ils favorisent le dialogue, la  paix et la compréhension réciproque, particulièrement avec les membres d’autres religions.

      Prier au coeur du monde consacre son numéro à cette intention

       


      sujet : Asie, Dialogue interreligieux, pape, prière

    • Homélie du dimanche 5 novembre

      Dimanche 5 novembre 2017
      31éme dimanche du Temps Ordinaire

      Références bibliques :
      Livre de Malachie : 1.14 à 2.10 : « N’avons-nous pas tous un seul Père ?… Pourquoi nous trahir les uns les autres. »
      Psaume 130 : « Je ne poursuis ni grands desseins ni merveilles qui me dépassent. »
      Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes.2. 7 à 13 : »Non pas une parole d’homme, mais la parole de Dieu qui est à l’oeuvre en vous. »
      Evangile selon saint Matthieu : « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. »
      ***
      SOYEZ LOGIQUES
      Ne faisons pas dire aux paroles de Jésus autre chose que ce qu’elles expriment au moment où il les prononce et à l’égard de qui il prend position.
      Il ne récuse pas l’autorité des scribes et des pharisiens. Quand elle s’appuie sur l’autorité de Moïse et qu’ils l’enseignent d’une manière authentique, on ne peut mettre en doute la valeur de cet enseignement. « Pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. »
      Ce qui est en cause, c’est la manière dont ils vivent cette Loi qu’ils enseignent. « Ils disent et ne font pas. » ou, plus exactement ils pervertissent l’Alliance dont ils sont les témoins et les messagers. Malachie ne dit pas autre chose aux prêtres de son temps : »Vous avez perverti mon alliance avec vous. Vous n’avez pas suivi mes chemins. Vous avez agi avec partialité en accommodant la Loi. »
      RESTEZ DONC A VOTRE PLACE.
      Par leur manière d’agir, en effet, les Pharisiens du temps de Jésus trahissent le Peuple de Dieu dont ils sont les membres, sans n’être rien de plus que les autres, sinon le fait d’être des serviteurs de la Loi. Or ils agissent comme séparés de ce Peuple, dispensés des exigences qui les concernent tout autant. C’est trahir leur appartenance au même Peuple de Dieu, pour reprendre l’expression de Malachie : « Nous trahir les uns les autres ». (Malachie 2.10) Grande est leur responsabilité puisqu’ils doivent en être les serviteurs : »Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. »
      « Nous n’avons qu’un seul Père, qui est dans les cieux », ne prenez pas sa place. Pour cette raison, le reproche du Christ est grave. Non seulement ils ne sont plus les serviteurs de la Loi, mais ils l’utilisent à leur service en se parant de titres qui ne sont dûs qu’à Dieu. Plus encore ils agissent en son lieu et place par des commandements qu’ils ajoutent aux commandements de la Loi donnée par Dieu.
      Dieu seul est saint, Dieu seul est grand, Dieu seul est Seigneur, Dieu seul doit avoir la place d’honneur, Dieu seul est celui qui nous donne la connaissance, non par une « parole d’homme, mais par sa parole qui est à l’oeuvre en nous ». (1. Thes. 2.13)
      LA MANIERE D’AGIR DU CHRIST
      Le vrai message de l’évangile de ce dimanche ne se réduit pas à une question de vocabulaire. Il n’est pas de cesser de saluer un prêtre du nom de « Père » ou un religieux du nom de « maître des novices ». C’est pour chacun de vivre au quotidien le reflet de l’amour de Dieu tel que le Christ nous l’a reflété en sa vie.
      Pour le Christ, l’autorité n’est pas ni un pouvoir, ni un privilège. Elle doit être humblement assumée pour servir les autres. Ce fut ainsi qu’il agit lui-même au soir du Jeudi-Saint, alors qu’il commençait l’ultime phase rédemptrice de sa Passion. Le geste du lavement des pieds de ses apôtres est «signifiant». «Je vous ai donné un exemple.» (Jean 13.15)
      Si nous mettons en synoptique saint Paul aux Philippiens, les attitudes de Jésus durant les heures de sa Passion et les remarques du Christ aux Pharisiens, nous recevons tout un enseignement à transposer pour le vivre à notre tour.
      « Avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. Que personne ne recherche son propre intérêt, mais que chacun veille à celui des autres. Comportez-vous entre vous, comme on le fait quand on connaît le Christ Jésus. Lui qui est de condition divine, il n’a pas considéré cela comme une proie pour être en égalité avec Dieu. Il s’est vidé de lui-même (ékénosein, en grec) prenant la condition d’esclave, devenant semblable aux hommes et reconnu comme tel parmi les hommes. Il s’est abaissé lui-même devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Philippiens 2. 5 à 11)
      CONTRAINTE ET LIBERTE
      Le contraste entre les Pharisiens et Jésus est «signifiant» jusque dans ses conséquences.
      Les Pharisiens utilisent leur pouvoir pour enfermer leurs frères dans des contraintes qui les rendent incapables d’accomplir la Loi authentique. Elle devient une entrave à leur liberté, enfermés qu’ils sont dans le savoir de ces spécialistes. Il n’y a pas d’autres «maître à penser» que Dieu. C’est abuser de sa fonction d’enseignant que de s’ériger en maître parce qu’on est chargé de transmettre la Parole, la pensée et la volonté de Dieu.
      L’autorité de Jésus est tout autre. Elle est exclusivement au service de la libération des hommes : »La vérité vous rendra libres. » (Jean 8. 32) Il pardonne, il guérit, il remet debout, il redonne un avenir, une chance, une capacité d’être responsable. Et s’il propose l’exigence de la Loi, c’est pour donner un guide qui permette de se conduire sur le chemin de la vraie vie. « Je vous dis cela pour que votre joie soit complète ». (Jean 15. 11)Il suffit de regarder s’épanouir la Samaritaine, Zachée, Marie-Madeleine, les aveugles, les mendiants.
      UN MESSAGE POUR NOTRE TEMPS
      Fils d’un même Père, frères au service les uns des autres, cette attitude se doit d’être vécue aujourd’hui. La question de l’autorité n’a rien perdu de son autorité. Les déviances sont dans notre société avec le pouvoir, les « influences » et l’argent. C’est vrai aussi dans le domaine religieux quand les motivations utilisées deviennent dominatrices dans les déviances des sectes.
      L’inquiétude, la précarité, la solitude de nos frères sont les signes que nous avons un peu oublié l’Evangile. Notre mission est d’être frères, serviteurs de nos frères. C’est d’être humblement à l’écoute des tâtonnements de chacun, sans lui asséner nos fallacieuses certitudes de « maîtres ». C’est d’apporter convivialité, chaleur humaine et paix intérieure à ceux qui cherchent un peu de paix auprès de nous.
      ***
      « Comportez-vous entre vous comme on le fait quand on connaît Jésus-Christ. » nous dit saint Paul (Philippiens 2. 5).
      A quoi peut aboutir le fait d’être au premier rang, de recevoir des grandes salutations, d’être chargé de titres pompeux ?
      « De plus en plus, Seigneur exerce en nous ta puissance, afin que, fortifiés par tes sacrements, nous devenions capables, avec ta grâce, d’entrer en possession des biens qu’ils promettent » c’est-à-dire l’essentiel qui est de partager la vie divine, avec notre Père du ciel et nos frères de la terre. (Prière après la communion)


    • La Toussaint : signe de l’espérance en la vie éternelle

      Comme son nom l’indique, la Toussaint est la fête de tous les saints. Chaque 1er novembre, l’Église honore ainsi la foule innombrable de ceux qui ont été de vivants et lumineux témoins du Christ. La fête de la Toussaint est inséparable du jour de prière pour les défunts, que l’Église commémore le 2 novembre.

      Des ressources sur la Toussaint sous forme de questions sont disponibles sur le site eglise.catholique.fr


      sujet : a la une, Toussaint

    • « Nos églises sont une chance pour l’évangélisation » Mgr Jacques Habert

      Mgr Jacques HABERT, évêque de Séez Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC
      Mgr Jacques Habert est l’évêque de Séez (Orne). Il est responsable du groupe de travail « Les églises, un nouvel enjeu pastoral » qui a mené durant deux ans une réflexion sur l’utilisation de nos 42 000 clochers.
      Pourquoi la Conférence des évêques de France (CEF) a-t-elle mené cette réflexion sur l’utilisation des églises ?
      Un groupe de travail s’était penché en 2009 sur les désaffectations d’églises. Le rapport Minnerath qui l’avait suivi abordait cette question sous un angle essentiellement juridique, nous avons voulu continuer à étudier cette problématique sur un plan plus pastoral. La question était de savoir comment utiliser nos églises, comment favoriser le dialogue entre ceux qui sont concernés par cette question : les curés, les communautés chrétiennes, les associations de sauvegarde du patrimoine, les élus et le monde culturel. Les conclusions de notre travail ont été présentées au collège des Bernardins à Paris en mars dernier.
      Comment vont nos églises ?
      Il faut tordre le cou à l’idée fausse selon laquelle beaucoup d’églises sont désaffectées, volées, ou vendues. Il y en a finalement très peu, mais nous sommes conscients que les choses peuvent évoluer dans les années à venir et qu’il faut rester vigilant. La question des églises est très liée à celle du monde rural qui s’est désertifié. Aujourd’hui, beaucoup d’églises n’ont presque plus d’utilité. Certains villages n’ont plus de curé ni de communauté chrétienne. Mais nous sentons un grand attachement des villageois à leur clocher, y compris chez ceux qui ne pratiquent pas. Nous souhaitons mobiliser les diocésains afin qu’ils procèdent à un inventaire, qu’ils nous disent sur quelles églises porter plus particulièrement notre attention, et quelles sont celles qui doivent simplement être ouvertes.
      Comment un prêtre situé en zone rurale peut-il s’occuper à la fois de plusieurs clochers ?
      Savoir comment s’occuper de nos églises est un enjeu pastoral. Dans mon diocèse par exemple, deux jeunes prêtres sont à la tête de quarante ou cinquante clochers. L’un d’eux veut tous les faire vivre. Cet été, il a mobilisé ses paroissiens pour nettoyer les églises, il y a célébré la messe. Cela lui a pris un temps considérable, il s’est épuisé, mais cela a porté des fruits et il était très heureux. L’autre a préféré en choisir une dizaine pour en faire des lieux vivants, accueillants, et il ne se rend dans ses autres clochers que pour y célébrer des enterrements ou des mariages. Ce sont deux écoles intéressantes. Chacun agit à sa manière. Je ne peux pas dire qui a raison et qui a tort.
      Quel risque encourt une église qui n’est plus fréquentée ?
      La loi de 1905 autorise le maire à demander la désaffectation d’une église dans laquelle il n’y a eu aucune célébration pendant six mois. C’est en réalité très rarement appliqué. Je n’ai, pour ma part, reçu aucune demande de ce type dans mon diocèse, bien que deux ou trois cents églises soient dans ce cas.
      Pensez-vous qu’il est préférable de raser une église plutôt que de la voir transformée en salle de sport ou en restaurant ?
      Dès lors qu’une église est désaffectée, l’Église n’a plus rien à dire sur son utilisation. Nous n’avons plus le bâtiment en main. Le maire qui en est propriétaire peut choisir de la démolir ou d’en faire autre chose. Certaines affectations nous peinent, mais, du fait du décret d’exécration, ce ne sont plus des églises.
      Comment expliquer la construction de nouvelles églises tandis que certaines sont laissées à l’abandon ?
      Tout simplement parce que certains lieux connaissent un tel afflux d’habitants qu’il faut construire des églises. Dans les diocèses de Meaux, de Pontoise et d’Évry, fleurissent des villes nouvelles. Les chrétiens ont besoin d’un bâtiment pour se réunir et prier.
      Que préconisez-vous pour faire vivre nos églises ?
      Nos églises sont entre les mains des communautés. Il faut les ouvrir tous les jours, les entretenir, les nettoyer. Quelques jours par semaine, on peut venir y réciter le chapelet, faire un temps d’adoration, lire la parole de Dieu, prier avec les enfants du catéchisme. Elles doivent être des lieux accueillants. Les gens doivent pouvoir y venir pour se recueillir. Les touristes attirés par son architecture peuvent aussi y rencontrer Dieu si elle est mise en valeur, s’il y a une croix magnifique, une belle statue de la Vierge, et qu’une visite organisée leur explique la signification des vitraux. Certes, ces églises dont nous héritons sont une lourde charge pour les curés, mais elles sont aussi des chances pour l’évangélisation.
      Êtes-vous optimiste pour l’avenir de nos églises ?
      Je suis confiant. Depuis que je suis arrivé dans mon diocèse en 2010, j’ai béni des dizaines d’églises rénovées qui menaçaient ruine. Certes, je vois les curés qui ont quarante clochers à gérer et qui croulent sous un nombre de tâches impressionnant. Mais ce groupe de travail a permis de mobiliser les communautés chrétiennes autour de ce sujet. Par ailleurs, la Conférence des évêques de France a mis en place une cellule de veille destinée à venir en aide aux diocèses confrontés à des questions compliquées sur telle désaffectation ou telle utilisation culturelle.
      Cet article a été reproduit avec l’aimable autorisation de Famille Chrétienne

      MISE EN PLACE D’UNE CELLULE VEILLE « ÉGLISES »
      Structure opérationnelle de soutien institutionnel proposant une expertise et une aide à la réflexion sur les problématiques liées aux églises dans la société française aujourd’hui.
      Dans la suite du groupe de travail initié et animé par Mgr Jacques Habert, évêque de Séez, ainsi que dans le prolongement du colloque sur «Les églises, un enjeu pour tous !», une cellule de veille est mise en place au sein de la Conférence des évêque de France.
      Ses missions et son fonctionnement :
      Cette cellule de veille aura pour mission première d’être un lieu d’écoute, de rencontres, afin de relayer informations et difficultés après les avoir mutualisées. Des réponses pourront ainsi être apportées en fonction des expertises et du temps disponible de chacun des membres, et des personnes ressources pourront être sollicitées ponctuellement dans ce cadre. Un cahier des charges concernant l’étendue plus précise du champ d’action de cette cellule, rythme de rencontres etc., est à l’étude.
      Sa composition :
      MGR JACQUES HABERT, évêque de Séez,
      ANNE-VIOLAINE HARDEL, directrice du service juridique de la CEF,
      MAUD DE BEAUCHESNE, responsable du service Art sacré,
      BENOÎT DE SAGAZAN, rédacteur en chef du Monde de la Bible.
      D’ores et déjà, une adresse courriel lui est dédiée : celluleveille.eglises@cef.fr


      sujet : a la une, Mgr Jacques Habert, patrimoine religieux

    • Commentaires du dimanche 5 novembre

      Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
      dimanche 5 novembre 2017
      31éme dimanche du Temps Ordinaire

      1ère lecture
      Psaume
      2ème lecture
      Evangile

      PREMIERE LECTURE – Livre de Malachie 1,14b- 2,2b. 8-10
      1, 14 Je suis un Grand Roi,
      dit le SEIGNEUR de l’univers,
      et mon Nom inspire la crainte parmi les nations.
      2, 1 Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement :
      2 Si vous n’écoutez pas,
      si vous ne prenez pas à coeur de glorifier mon Nom,
      – dit le SEIGNEUR de l’univers, –
      j’enverrai sur vous la malédiction,
      je maudirai les bénédictions que vous prononcerez.
      8 Vous vous êtes écartés de la route,
      vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude,
      vous avez détruit mon Alliance avec mon serviteur Lévi,
      dit le SEIGNEUR de l’univers.
      9 A mon tour je vous ai méprisés,
      abaissés devant tout le peuple,
      puisque vous n’avez pas gardé mes chemins,
      mais agi avec partialité dans l’application de la Loi.
      10 Et nous, n’avons-nous pas tous un seul Père ?
      N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ?
      Pourquoi nous trahir les uns les autres,
      profanant ainsi l’Alliance de nos pères ?

      Malachie accumule les reproches : les prêtres et le peuple, tout le monde se fait rappeler à l’ordre. Les prêtres sont accusés de « détruire l’alliance », les laïcs de la « profaner ». Chose intéressante, ce n’est pas le même mot : cela veut dire au moins que les responsabilités se situent à des niveaux différents.
      Déjà, à entendre le ton violent de ce texte, on peut deviner un peu le contexte : nous sommes au cinquième siècle avant J.C. probablement vers 470 ; depuis le retour de l’Exil à Babylone, on assiste à un relâchement moral et religieux, c’est-à-dire tout le contraire de ce qu’on aurait imaginé ; de loin, en Exil, on avait imaginé ce retour : retour au pays, mais surtout retour à la vie de foi, de prière, et de fraternité qui était l’idéal de l’Alliance proposée par Dieu.
      Dieu, lui, n’a pas changé, dit Malachie qui commence son livre par ces mots : « Je vous aime », dit le SEIGNEUR (Ml 1, 2) et par « Je suis Père » (Ml 1, 6). Sur cette base, le prophète rappelle au peuple d’Israël, prêtres et laïcs, les exigences de la fidélité à un tel amour. Les prêtres sont les serviteurs de la Parole : donc ils doivent l’annoncer sans la dénaturer ; leur fidélité à l’Alliance de Dieu se vérifie dans leur fidélité à annoncer cette parole… Et, si on en croit ce texte, les prêtres contemporains de Malachie méritaient un sévère rappel à l’ordre. Quant au peuple tout entier, c’est dans la qualité des relations mutuelles qu’il vit sa fidélité à l’amour paternel de Dieu. Il est très intéressant de voir comme dans un livre extrêmement court, Malachie dit les trois points les plus importants de la foi juive : 1) Dieu est Père, 2) il propose son Alliance, 3) cette Alliance se vit indissociablement dans le service de Dieu ET dans le service des frères. Tout cela, nous le trouvons ramassé dans le texte d’aujourd’hui.
      Quelques mots, d’abord, sur cette formule un peu étonnante : « Je suis un Grand Roi et mon Nom inspire la crainte parmi les nations ». « Le grand roi », c’est le titre que se faisaient donner les rois d’Assyrie, dans leurs heures de gloire (on en a des traces dans le livre des Rois) ; ne nous étonnons donc pas que le prophète l’applique à Dieu, pour bien affirmer qu’il n’y a qu’un grand roi véritable, le Dieu d’Israël. Mais, en fait, cette phrase est pleine d’ironie ; car c’est exactement ce que les prêtres faisaient chanter aux pèlerins à Jérusalem : des phrases comme « Le SEIGNEUR est roi à tout jamais » (Ps 9/10, 16), « Le SEIGNEUR, le tout-puissant, c’est lui le roi de gloire » (Ps 23/24, 10), « Le SEIGNEUR est le grand Dieu, le grand roi au-dessus de tous les dieux » (Ps 94/95, 3) étaient habituelles dans les psaumes. On trouve même des formules qui semblent être le modèle de Malachie : « Le SEIGNEUR, le Très-Haut, est terrible ; il est le grand roi sur toute la terre… Car le roi de toute la terre, c’est Dieu… Dieu règne sur les nations » (Ps 46/47, 3s) ou mieux encore : « Le SEIGNEUR est roi : Que les peuples tremblent !… Le SEIGNEUR est grand dans Sion et il domine tous les peuples : qu’ils célèbrent ton nom grand et terrible ! (Ps 98/99, 1s). En parodiant ces belles prières, Malachie insinue : c’est bien beau de faire chanter tous ces cantiques ; mais vous êtes les premiers, vous les prêtres, à trahir votre prétendu roi.
      Or, de la part des prêtres, c’était particulièrement grave ; comme disait le livre du Deutéronome, la première fonction de la tribu de Lévi (c’est-à-dire les prêtres), c’était d’assurer la prédication et le culte. Voici comment la définissait le livre du Deutéronome : « Ils ont gardé ta parole et maintenu ton Alliance, ils enseignent tes ordonnances à Jacob et ta Loi à Israël ; ils présentent l’encens à tes narines et l’holocauste sur ton autel » (Dt 33, 9-10). Tout cela, c’était le programme, si l’on peut dire… mais qui d’entre nous peut se vanter d’être fidèle en tout point à sa mission ? Et, si on en croit ce texte, les prêtres contemporains de Malachie, particulièrement, méritaient un sévère rappel à l’ordre.
      Plus leur mission était noble et haute, plus ils étaient coupables ; dans d’autres versets qui ne font pas partie de la lecture liturgique de ce dimanche, Malachie rappelle la grandeur des débuts du sacerdoce avec Moïse et Aaron ; la confiance de Dieu reposait sur eux : « Mon alliance avec la tribu de Lévi était vie et paix, je les lui accordais, ainsi que la crainte, et il me craignait. Devant mon nom, il restait saisi. La loi de vérité était dans sa bouche, et rien de mal ne se trouvait sur ses lèvres. Dans la paix et la droiture, il marchait avec moi ; nombreux furent ceux qu’il ramena de la faute. En effet, les lèvres du prêtre gardent la connaissance de la Loi, et l’on recherche l’instruction de sa bouche, car il est le messager du SEIGNEUR de l’univers. » (Ml 2, 5-7).
      Mais qui dit mission dit responsabilité ; c’est à ceux à qui on a fait le plus confiance qu’on fera les plus durs reproches ! C’est pourquoi Malachie continue : « Vous, au contraire, vous vous êtes écartés de la route… » Alors il ne faut pas s’étonner des conséquences : Malachie constate que le clergé a perdu toute influence et toute considération ; à ceux qui s’en étonnent, il donne l’explication : votre attitude défigure l’image de Dieu, ne vous étonnez pas que le peuple se détourne de cette caricature. D’où cette phrase terrible : « Je vous ai méprisés, abaissés devant tout le peuple ».
      On retrouve dans ce livre de Malachie des échos du livre du Deutéronome (dont on sait bien que certaines parties sont très tardives) ; c’est bien en tout cas le même courant théologique qui s’exprime : « Si tu ne veilles pas à mettre en pratique toutes les paroles de cette Loi, paroles écrites dans ce livre, pour que tu craignes ce Nom glorieux et redoutable, « Le SEIGNEUR ton Dieu », alors le SEIGNEUR te frappera de manière stupéfiante, toi et ta descendance, il te frappera de plaies graves et tenaces… » (Dt 28, 58-59).
      Et Malachie n’est pas le seul à le dire ! Par exemple Osée : « Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai et tu ne seras plus mon prêtre » (Os 4, 5) ; et plus tard Jérémie : « Les dépositaires de la Loi ne m’ont pas connu » (Jr 2, 8).
      Voilà pour les prêtres, au tour des laïcs maintenant ! Malachie est moins violent mais tout aussi clair : quand nous nous maltraitons mutuellement, nous profanons l’Alliance ; son argument est tout simple (d’une « simplicité biblique », dirait-on) : « N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? » L’unique fondement de la morale est là, dans le projet du Dieu Créateur : il est notre Père, donc nous sommes tous frères ; il y a là toute la Loi et les prophètes.

      PSAUME – 130 (131), Psaume des montées
      1 SEIGNEUR, je n’ai pas le coeur fier
      ni le regard ambitieux ;
      je ne poursuis ni grands desseins,
      ni merveilles qui me dépassent.
      2 Non, mais je tiens mon âme
      égale et silencieuse ;
      mon âme est en moi comme un enfant,
      comme un petit enfant contre sa mère.
      3 Attends le SEIGNEUR, Israël,
      maintenant et à jamais.

      Chose curieuse : d’habitude, le psaume est complètement en harmonie avec la première lecture, et souvent on peut se dire « Il en est l’écho le plus fidèle ». Aujourd’hui, c’est le contraire : la parole du prophète Malachie était violente, sévère… Il fustigeait les prêtres aussi bien que le peuple qui trahissaient l’idéal de l’Alliance ; en réponse, le psaume est plein de douceur ; ce contraste est certainement voulu et l’on peut parier qu’il comporte la plus grande leçon à retenir de la liturgie de ce trente-et-unième dimanche !
      Nous pouvons entrer dans ce psaume par la dernière phrase : comme souvent, elle donne la clé de ce qui précède : « Attends le SEIGNEUR, Israël, maintenant et à jamais ». Attends, c’est-à-dire, en langage biblique, espère (Chouraqui traduit « souhaite »). Ce qui signifie non pas une attente passive, comme on attend patiemment le train qui viendra à son heure… mais l’attente du croyant, l’attente active, impatiente, ardente de la réalisation des promesses de Dieu. Pour Israël, ce mot « attendre » vise toujours la venue du Messie au Jour qu’on appelle le « Jour » de Dieu. C’est cette attente, cette espérance qui colore le présent : tout au long de l’histoire biblique, le peuple d’Israël vit debout, tourné vers l’avenir ; « Mon âme attend le Seigneur, plus qu’un veilleur n’attend l’aurore », dit le psaume 129/130. C’est cette foi indéracinable dans les promesses de Dieu qui nourrit son espérance et lui permet d’affronter le présent, quel qu’il soit. Il ne s’agit pas de s’endormir aujourd’hui, en attendant demain : il s’agit de vivre de toutes ses forces l’aujourd’hui de Dieu qui inlassablement fait surgir son projet, étape par étape.
      Mais ce n’est quand même pas toujours évident de garder confiance. Le peuple d’Israël en sait quelque chose. Alors le poète prend une comparaison, pour le moins audacieuse ; il avait sûrement sous les yeux une maman et son bébé : le petit enfant, dans les bras de sa maman, joue contre joue, tout tranquille. Nous avons tous vu ce spectacle merveilleux d’un bébé qui pleure, et tout d’un coup, c’est magique : sa maman le prend dans les bras et le voilà apaisé ! C’est exactement cette image-là que le psaume 130/131 nous propose ; ici, le petit enfant dont il s’agit, c’est le peuple d’Israël et la maman, c’est Dieu lui-même… il faut oser quand même ! Et si cet enfant-là s’apaise, c’est parce qu’il sait que le projet de Dieu, son Royaume de bonheur arrive. Il faut seulement savoir attendre.
      Soyons clairs : le texte biblique ne dit pas une seule fois que Dieu est féminin : quand on lui donne un titre pris dans le vocabulaire de la famille, c’est toujours celui de Père, jamais celui de mère. Donc, ne faisons pas dire au texte ce qu’il ne dit pas ! Son message, c’est « l’attitude d’Israël doit être empreinte de confiance paisible » et l’image que vous en connaissez et qui s’en rapproche le plus, c’est celle du nourrisson dans les bras maternels. Par exemple, on connaît cette phrase d’Isaïe : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15).
      La différence, c’est que le nourrisson n’a pas d’effort à faire pour trouver la paix dans les bras de sa maman ; pour Israël, au contraire, il y faut un effort constant, répété ; en hébreu, l’expression « je tiens mon âme égale et silencieuse » traduit un effort résolu pour apaiser les mouvements d’angoisse. Evidemment, si le psalmiste a eu besoin d’inventer cette comparaison rassurante, c’est justement parce que cela n’allait pas de soi.
      Pour en arriver à cet abandon humblement accepté, (le mot « abandon » le dit bien), il a fallu renoncer à tout rêve de grandeur : « SEIGNEUR, je n’ai pas le coeur fier, ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent ». Ce psaume assez récent (il date probablement d’après l’Exil) traduit une nouvelle étape spirituelle en Israël : tout rêve de grandeur évanoui, on s’émerveille seulement d’être le peuple aimé de Dieu.
      Pourtant, les rêves de grandeur, les « merveilles » de Dieu faisaient très normalement partie de la foi d’Israël : le mot « merveilles » évoque inévitablement les prodiges de l’Exode ; les « grands desseins », les heures de gloire, faisaient habituellement partie des promesses des prophètes. On se rappelle toutes les promesses concernant Jérusalem ; par exemple « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi… Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi… » (Is 60, 1-4). Comment entendre ces paroles sans rêver de jours glorieux plus beaux encore que le règne de Salomon dont la grandeur restait un modèle ?
      En renonçant à tout rêve de grandeur et de domination politique, Israël découvre son nouveau rôle de témoin de Dieu au milieu des nations : non plus un Dieu de puissance et de gloire, mais un Dieu de tendresse. Dieu a lentement, patiemment mené son peuple jusqu’à cette ultime étape spirituelle : il a fallu des siècles pour découvrir son vrai visage. Tant qu’on imaginait un Dieu marchant à la tête des armées, on ne pouvait envisager son salut qu’en termes de victoires politiques et de domination universelle ; désormais, arrivés au bout de ce chemin spirituel, on attend bien le salut universel, mais, cette fois, c’est en termes de tendresse et de fraternité.
      Et là on comprend mieux ce contraste que nous avons relevé plus haut entre la lecture de Malachie et ce psaume : le prophète se montre sévère et même violent envers des prédicateurs indignes de leur mission ; le psaume apporte une conclusion, un peu comme si l’on disait à ces prédicateurs : voilà les sentiments qui devraient vous habiter, quittez vos idées de grandeur et de domination, puisque nous sommes tous les enfants d’un même Père.
      A son tour, Jésus s’inscrit dans cette même ligne : « Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux ».

      DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 2, 7b…13
      Frères,
      7 nous avons été pleins de douceur avec vous,
      comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons.
      8 Ayant pour vous une telle affection,
      nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu,
      mais jusqu’à nos propres vies,
      car vous nous étiez devenus très chers.
      9 Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues :
      c’est en travaillant nuit et jour,
      pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous,
      que nous vous avons annoncé l’Évangile de Dieu.
      13 Et voici pourquoi nous ne cessons de rendre grâce à Dieu :
      quand vous avez reçu la parole de Dieu
      que nous vous faisions entendre,
      vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement,
      non pas une parole d’hommes,
      mais la parole de Dieu
      qui est à l’œuvre en vous, les croyants.

      « Frères, nous avons été pleins de douceur avec vous » : le mot grec qui a été traduit ici par « douceur » n’est employé que deux fois par Paul, la seconde dans la deuxième lettre à Timothée : « Le serviteur du Seigneur doit être doux envers tous » (2 Tim 2, 24). C’est une recommandation à ceux qui exercent l’autorité ; douceur ne signifie donc pas mièvrerie, on dit bien qu’elle est la vertu des forts. D’ailleurs l’image d’une mère qui entoure de soins ses nourrissons n’exclut pas la fermeté : une vraie mère sait faire preuve d’autorité au beau sens de ce mot qui veut dire « faire grandir ». Cette image de la mère, Paul, le Pharisien, connaisseur des Ecritures, l’a héritée de l’Ancien Testament : nous l’avons entendue par exemple dans le psaume 130/131, qui nous est également proposé ce dimanche ; mais elle se trouve aussi dans des paroles d’Isaïe : « Car le SEIGNEUR le déclare : Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. » (Is 66,12-13).
      Et comme une mère pleine d’affection, les apôtres ne délivrent pas seulement un message, ils se livrent eux-mêmes totalement : « Ayant pour vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l’Evangile de Dieu, mais jusqu’à nos propres vies… ». Pour que les Thessaloniciens ne soient pas privés de l’Evangile, Paul et ses compagnons étaient prêts à donner leur vie. Et ce n’est pas une image : on se souvient que la prédication de Paul, Silas et Timothée, dans toutes les villes où ils sont passés, et particulièrement à Thessalonique, a rencontré l’hostilité, la persécution et le risque de mort. C’est bien pour cela qu’ils ont dû quitter précipitamment cette jeune communauté et qu’ils sont allés porter l’Evangile ailleurs.
      On ne peut qu’être frappé, dans un passage aussi court, de l’insistance de Paul sur les expressions « l’Evangile de Dieu » et « la Parole de Dieu » : « Nous voudrions vous donner l’Evangile de Dieu » (au verset 8), « Nous vous avons annoncé l’Evangile de Dieu » (verset 9), « Vous avez reçu de notre bouche la Parole de Dieu… non pas une parole d’hommes, mais la Parole de Dieu » (verset 13). De cette insistance de Paul, il semble qu’on peut retenir au moins trois choses :
      Premièrement, l’urgence d’annoncer la Parole ; la Parole nous est confiée ; si nous ne la disons pas, qui la dira ? Dans la lettre aux Corinthiens, Paul parle d’une charge qui s’impose à lui : « Annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! Certes, si je le fais de moi-même, je mérite une récompense. Mais je ne le fais pas de moi-même, c’est une mission qui m’est confiée. » (1 Co 9,16-17). Paul dit ici exactement la même chose aux Thessaloniciens : « Vous vous rappelez nos peines et nos fatigues : c’est en travaillant nuit et jour pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous, que nous vous avons annoncé l’Evangile de Dieu ».
      Deuxièmement, cette parole annoncée par les apôtres n’est pas seulement parole d’hommes : « Quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en vous, les croyants. » L’apôtre du Nouveau Testament est ce qu’était le prophète dans l’Ancien Testament, c’est-à-dire la « bouche de Dieu » ; l’homme parle, mais c’est l’Esprit de Dieu qui se fait entendre à travers lui ; c’est dire à la fois la grandeur et les limites du rôle des prédicateurs : ils disent les paroles de la foi, mais la foi, c’est Dieu qui la donne.
      « Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, écrira encore Saint Paul aux Corinthiens, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. » (1 Co 2,4-5). Rappelez-vous la phrase de Bernadette Soubirous, lorsqu’elle rapportait au curé de Lourdes plutôt sceptique les paroles de la « Dame » : « Elle ne m’a pas demandé de vous le faire croire, elle m’a demandé de vous le dire ». Il y a là un détachement et une humilité de l’apôtre ; cette parole lui appartient si peu, qu’il ne prétend pas en maîtriser les effets.
      Troisièmement, parce qu’elle est accueillie et reconnue comme Parole de Dieu, cette parole est efficace et transforme le coeur et la vie des croyants. Mais cela implique la liberté du cœur qui reçoit la Parole : « Par Jésus-Christ, nous avons reçu grâce et mission d’apôtre afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes » (Rm 1,5). On sait bien ce que veut dire le mot « obéissance » pour Paul : obéir (ob-audire en latin) c’est mettre son oreille devant la parole, c’est écouter avec confiance parce qu’on a reconnu une parole d’amour. L’apôtre ne peut conduire ses auditeurs que jusqu’à l’écoute de la Parole ; et c’est là que leur liberté entre en jeu ; dans une deuxième étape, dans leur coeur, l’écoute de la parole peut se faire « obéissance de la foi » c’est-à-dire écoute confiante et libre soumission. Alors tout s’éclaire et la vie prend sens ; d’expérience, on le sait bien : chaque fois qu’on essaie de découvrir un peu mieux la Parole de Dieu, c’est notre acte de foi préalable qui nous permet de déchiffrer un peu le mystère du dessein bienveillant de Dieu. C’est peut-être cela la bonne terre dont parle la Parabole du semeur.
      Finalement, la convergence des textes de ce dimanche est très grande : après les reproches que le prophète Malachie adressait aux prêtres du peuple d’Israël, Paul, dans sa lettre à l’Eglise de Thessalonique, apparaît comme le modèle du pasteur : porteur d’une parole qui n’est pas la sienne, mais celle de Dieu, il ne vit que pour la donner en nourriture à la communauté des disciples. Une tendresse maternelle l’unit à cette communauté, peines et fatigues ne comptent plus pour lui : il s’est complètement oublié lui-même. Sa plus grande joie est de constater que les Thessaloniciens ont découvert à travers son message la Parole qui les fait vivre.
      ——————————-
      Complément
      Ce passage mérite d’être lu dans son contexte. Voici les versets précédents : Paul y dresse la liste des tentations auxquelles lui et ses compagnons n’ont pas succombé : « Jamais, nous n’avons eu un mot de flatterie, vous le savez, jamais de motifs intéressés, Dieu en est témoin ; jamais nous n’avons recherché la gloire qui vient des hommes, ni auprès de vous ni auprès d’autres personnes. Alors que nous aurions pu nous imposer en qualité d’apôtres du Christ, au contraire, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. » (1 Thess 2, 5-7).

      EVANGILE – selon saint Matthieu 23,1-12
      En ce temps-là,
      1 Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples,
      2 et il déclara :
      « Les scribes et les pharisiens enseignent
      dans la chaire de Moïse.
      3 Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire,
      faites-le et observez-le.
      Mais n’agissez pas d’après leurs actes,
      car ils disent et ne font pas.
      4 Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter,
      et ils en chargent les épaules des gens ;
      mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
      5 Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens :
      ils élargissent leurs phylactères
      et rallongent leurs franges ;
      6 ils aiment les places d’honneur dans les dîners,
      les sièges d’honneur dans les synagogues
      7 et les salutations sur les places publiques ;
      ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
      8 Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi,
      car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner,
      et vous êtes tous frères.
      9 Ne donnez à personne sur terre le nom de père,
      car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
      10 Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres,
      car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
      11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
      12 Qui s’élèvera sera abaissé,
      qui s’abaissera sera élevé. »

      On pourrait appeler ce texte « les pièges de l’autorité » ou « conseils aux autorités », si vous préférez ; qu’il s’agisse des parents, des autorités religieuses (dans n’importe quelle religion, d’ailleurs) ou des autorités politiques, ou autres, les pièges ou les travers sont les mêmes. Ici, Jésus les a tous rassemblés en un seul portrait qui devient, du coup, caricatural. Bien évidemment, aucun Pharisien ne répondait à ce portrait-robot ; au contraire, les Pharisiens, dans leur ensemble, étaient des gens très respectables, soucieux d’être fidèles à l’Alliance de Dieu ; et l’exemple de Paul, le Pharisien qui pouvait se vanter d’observer scrupuleusement la Loi (Phi 3,6b) est là pour le prouver ; mais l’important était la leçon que Jésus voulait dégager pour ses interlocuteurs, qui étaient, d’après ce texte, « la foule et les disciples ». Car, après ce portrait, Jésus va dire « Pour vous » : pour vous, ne tombez pas dans ces pièges, dans ces travers que je viens de décrire.
      Premier piège : « ils disent et ne font pas » ; deuxième piège : pratiquer l’autorité comme une domination et non comme un service ; troisième piège : vouloir paraître ; quatrième piège : se croire important ! Avoir le goût des honneurs. On voit bien tout de suite que ce sont des travers communs à beaucoup de gens investis d’une charge quelle qu’elle soit !
      Premier piège, « ils disent et ne font pas » : ce travers est tellement humain que de nombreux commentaires juifs de la Bible insistaient sur l’importance de pratiquer ce qu’on enseigne : « Apprendre, garder et faire, il n’y a rien au-dessus » (« sifré », commentaire rabbinique sur le Deutéronome) ; « Celui qui apprend pour ne pas pratiquer, il vaudrait mieux pour lui qu’il ne fût pas créé » (idem sur le Lévitique) ; « C’est pour cela qu’a été donnée la Tora : pour apprendre, pour enseigner, pour garder et pour accomplir » (idem sur les Nombres) ; un autre commentaire rabbinique (Yebamot) disait : « Belles sont les paroles dans la bouche de qui les pratique, beau celui qui les enseigne et beau celui qui les pratique ». Jésus en dira autant : « Celui qui observera les commandements et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le Royaume des cieux » (Mt 5,19). « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7, 21).
      Deuxième piège, pratiquer l’autorité comme une domination et non comme un service : « Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. » L’avoir, le savoir, le pouvoir, peuvent être prétexte à domination ou à supériorité ; alors que cela peut aussi bien être vécu comme un merveilleux moyen de servir les autres : encore ne faudrait-il jamais oublier que tout ce que nous possédons nous est seulement confié comme une responsabilité à exercer au bénéfice de tous. Il y a pire encore, c’est d’asseoir son autorité sur un soi-disant « droit divin » : les religions n’y échappent pas toujours, les pouvoirs politiques non plus ; et c’est la source de combien de conflits sanglants.
      Troisième piège, vouloir paraître : « Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères1 et rallongent leurs franges. » Qui n’est jamais tombé dans ce travers d’aimer paraître, d’attirer sur soi la considération et l’intérêt ? Et pourtant, peu importe le nom du prédicateur (ou du théologien, ou du bibliste) : pourvu que, à travers ses paroles, l’auditoire ait entendu la Parole de Dieu.
      Quatrième piège, se croire important, avoir le goût des honneurs : « Ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi ». Pourtant, les titres, les décorations gardent un sens : mais ce n’est pas la personne titrée ou décorée qui est en jeu, ce sont plus profondément les valeurs qu’elle représente. Il faut être très humble pour porter sans ridicule les honneurs dûs à son rang.
      Après cette énumération, le texte se retourne : « Pour vous » dit Jésus ; c’est la clé de ce texte qui nous invite à un nouveau mode de vie et de relation. Matthieu le rapporte un peu plus haut : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 25-28).
      « Ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, ne donnez à personne sur terre le nom de Père… ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres ». « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » dit Paul : tout maître est d’abord un écolier. Tout enseignant est d’abord un serviteur, et même doublement serviteur : serviteur de la vérité, serviteur de ses élèves, de leur cheminement, de leur maturation. Voici, encore une fois, dans les paroles de Jésus, un appel à la liberté : que ceux qui portent un titre ne prennent pas les honneurs pour eux et se comportent en serviteurs ; que ceux qui n’en portent pas ne tombent pas dans la servilité ou la courtisanerie !
      « Ne donnez à personne sur terre le nom de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux ». On peut, bien sûr, continuer à employer les titres de père et de maître, mais en leur donnant leur vrai sens et pas davantage ! « Abbé » venait de « Abba » ; « Père », « Pope », « Pape » sonnent comme « Papa » : au fond, c’est la même chose ! Ceux à qui nous donnons ces noms-là sont parmi nous le rappel vivant que nous n’avons qu’un seul et unique « Père » qui est dans les cieux.
      Jésus termine en disant : « Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé ». Nous ne sommes pas dans le registre de la récompense ou de la punition. Il ne s’agit pas non plus de prendre plaisir à s’humilier. Beaucoup plus profondément, il y a là une des grandes lois de la vie : la force de l’humilité. Dans le mot « humilité », il y a « humus » (terre). Le secret c’est d’être assez lucide pour se reconnaître petit, à ras de terre ; et alors on est tout étonné de se nourrir des richesses de nos frères et de la grâce de Dieu.
      ——————————
      Note
      1 – Les phylactères (tefilines en hébreu) sont ces deux petits cubes de cuir noir que les Juifs portent l’un sur le front, l’autre sur le bras gauche à hauteur du cœur. Ils contiennent quatre passages de la Torah : Ex 13, 1-10 ; Ex 13, 11-16 ; Dt 6, 4-9 ; Dt 11, 13-21.


    • Homélie du mercredi 1er novembre

      1er novembre 2017
      Fête de tous les saints

      Une foule immense, qui, sans les connaître ni les avoir entendues ont vécu les béatitudes et la « chance » qu’elles donnent à ceux qui les mettent en pratique.
      Quelle chance vous avez d’avoir fait cela … Chanceux, comme l’ont dit en Québecois ou dans les villages de France.
      Mais qui sont-ils ceux qui viennent de tous ces horizons ?
      Combien de Marie Madeleine, à qui le Christ peut dire : « Il leur sera beaucoup pardonné parce qu’elles ont beaucoup aimé »…luc 7.47 » « Les prostituées vous précéderont dans le Royaume… » Mt 21.31

      Combien de Zachée, de profiteurs et d’escrocs, qui lui ont ouvert leur cœur ?: « Descend vite, je vais chez toi… Chez un pécheur il est allé loger »Luc 19 .7

      Combien de condamnés dans les mines romaines, les camps de concentration ou les goulags, oubliés des hommes ? « Souviens-toi de moi dans ton Royaume… Aujourd’hui même… »Luc 23.43

      Combien de Pharisiens qui un jour ont recueilli le Christ victime de l’amour au pied de sa croix. ? Jean 19.39

      Combien d’incroyants qui, sans être saint Pierre à Césarée de Philippe et sans que nous le sachions, lui ont dit : « Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu. »Marc 15.39
      Le ciel est peuplé de non conformistes.
      Et les autres quand ont-ils découvert cela ? le chaman de Sibérie ou le nomade du Sahara, le shinto du Japon ou l’hindou des bords du Gange, l’Inca de la Cordillère des Andes et l’aborigène de l’Australie, Spartacus et les esclaves crucifiés et tant de milliards d’autres qui n’ont jamais entendu la parole de l’Evangile, mais qui l’ont vécu car la grâce de Dieu ne peut négliger les enfants qu’il a éveillés à la vie.
      « Toi qui es la source de toute sainteté .. » (PE II) « Toute la création proclame ta louange, car c’est toi qui donnes la vie, c’est Toi qui sanctifies toutes choses. » (PE III)
      « Souviens-toi de tous les hommes qui ont quitté ce monde et dont tu connais la droiture, reçois-les dans ton Royaume où nous espérons être comblés de ta gloire ensemble et pour l’éternité » (PE III)
      Bienheureux les pauvres de cœur, car ils peuvent accueillir le don de sa vie, car tout vient de Dieu. Ils ont remis leur vie entre les mains du Père, dans l’attitude du pauvre qui a tout à recevoir.
      Et les fruits de ce don qu’ils ont accueilli, c’est la paix intérieure et une plus grande liberté.
      Ils avaient reçu son souffle de vie et son souffle d’amour . Ils ont accueilli ce grand mystère, sans savoir qu’il était le mystère même de la vie trinitaire.

      Heureux ceux qui ont soif et faim de la justice, ils seront rassasiés.
      Le secret des saints, de tous les saints, c’est de devenir collectionneurs de positif, de vivre avec enthousiasme, intensément, avec la passion de Dieu.
      Ils n’ont pas attendu les conditions idéales. Ils sont partis sur le chemin que Dieu leur a ouvert. Pas à pas, comme si chaque jour était le premier du reste de leur vie. Et puis un jour, ce premier jour fut le premier de la vision totale de ce Dieu vers qui ils marchaient, parfois à tâtons, parfois en tombant. Le Christ est bien tombé sur son chemin de croix.
      Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde.
      Ils ont pris le risque d’aimer et de porter en eux et autour d’eux la joie d’être enfants de Dieu. Les saints ne sont pas des statues de plâtre, ils sont des vivants. Et puis un jour, ils ont découvert que leurs manquements à la morale ont moins d’importance que les manquements à l’amour. « Il lui est beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimée. (Luc 7.47)
      Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu
      Par de simples gestes d’amour, ils ont fait jaillir la vie dans les cœurs.
      Ils ont ainsi participé au don de la vie que Dieu fait à tout homme. Et pour cela ils l’ont accueillie en eux, en assumant cette merveille que d’être fils et filles de Dieu, avec les richesses qu’Il leur a données, avec les faiblesses que la force de la grâce et de l’Esprit-Saint leur a fait surmonter.

      Ils sont devenus semblables à Lui, imparfaitement sans doute. Mais le salut leur est donné par notre Dieu et par l’Agneau. Ils seront éternellement semblables à Lui parce qu’ils le verront tel qu’il est.

      Si Dieu ne pardonnait pas, son Paradis resterait vide ….


    • 1ère université de la solidarité et de la diaconie

      Nous y sommes ! Nous allons vivre un grand moment d’Église. Nous allons poursuivre l’expérience de Diaconia 2013 ici même à Lourdes, où nous avons découvert la force de la Parole des plus pauvres d’entre nous, une Église pauvre pour les pauvres où ceux qui ont des vies difficiles auront toute leur place, comme le souhaite le pape François.
      Université de la solidarité, pour être « solides ensemble ».
      Université de la diaconie : « la diaconie c’est Dieu qui élargit ses mains. » Quelle chance de vivre cette Université au moment de la fête de la Toussaint, qui va nous relier à tous les pauvres de cœur, à tous ces croyants anonymes qui ont vécu l’évangile des Béatitudes, qui ont suivi le Christ Serviteur et ont témoigné de l’amour du Père pour toute l’humanité de tous les temps. »
      Mgr Jacques Blaquart
      Évêque d’Orléans,
      Président du Conseil de la solidarité
      L’Université de la Solidarité et de la Diaconie se tiendra à Lourdes du lundi 30 octobre au jeudi 2 novembre 2017 dans le Sanctuaire et la Cité Saint-Pierre. Elle est proposée, à l’initiative de groupes chrétiens composés majoritairement de personnes vivant des situations de grandes pauvretés et d’exclusion sociale, par le Conseil de la Solidarité de l’Église en France. Celui-ci l’organise avec le Réseau Saint Laurent, réunissant ces groupes et leurs accompagnateurs et avec l’aide logistique du Secours Catholique à la Cité Saint-Pierre de Lourdes. Ce temps de formation réunira 500 personnes parmi les plus pauvres et ceux qui les accompagnent, ainsi que les délégués diocésains à la solidarité et à la diaconie, afin de partager les expériences de savoir-faire, savoir-être, de savoirs et de sens, dans la dynamique de la démarche Diaconia.
      Toute information sur le site http://servonslafraternite.net

      Contacts presse sur place :
      Mathias Terrier, Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes : 06 21 61 09 77
      mterrier@lourdes-france.com
      Claire Ozoux, Cité Saint-Pierre : 06 78 39 91 21
      claire.ozoux@secours-catholique.org


      sujet : a la une, Communiqué de presse, diaconia 2013, diaconie, Lourdes, Mgr Jacques Blaquart, périphérie, Secours catholique, solidarité

    • Commentaires du dimanche 29 octobre

      Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
      dimanche 29 octobre 2017
      30éme dimanche du Temps Ordinaire

      1ère lecture
      Psaume
      2ème lecture
      Evangile

      PREMIERE LECTURE – Livre de l’Exode 22, 20-26
      Ainsi parle le SEIGNEUR :
      20 « Tu n’exploiteras pas l’immigré,
      tu ne l’opprimeras pas,
      car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Egypte.
      21 Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin.
      22 Si tu les accables et qu’ils crient vers moi,
      j’écouterai leur cri.
      23 Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée :
      vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
      24 Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple,
      à un pauvre parmi tes frères,
      tu n’agiras pas envers lui comme un usurier :
      tu ne lui imposeras pas d’intérêts.
      25 Si tu prends en gage le manteau de ton prochain,
      tu le lui rendras avant le coucher du soleil.
      26 C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ;
      c’est le manteau dont il s’enveloppe,
      la seule couverture qu’il ait pour dormir.
      S’il crie vers moi, je l’écouterai,
      car moi, je suis compatissant ! »

      LES LOIS DITES DE MOÏSE
      Le livre de l’Exode contient plusieurs textes de lois qui sont tous attribués à Moïse : en réalité, Moïse en personne n’a promulgué qu’un premier ensemble de lois ; puis au long de la vie du peuple d’Israël, de nouvelles lois adaptées aux nouvelles conditions sociales ont vu le jour et ont été insérées dans le livre de l’Exode, à la suite des premières. Tout comme notre Code civil ou pénal est régulièrement modifié, complété et pourtant c’est le même livre et il continue à porter le même nom. Mais les lois nouvelles reflètent le contexte nouveau dans lequel elles ont été votées ; elles répondent à de nouvelles questions, de nouvelles formes de délits : toute loi est toujours de circonstance !
      En fait, toutes les lois données par Moïse et par ses successeurs, à des époques différentes, dans des conditions de vie différentes, ont été rassemblées là à la suite du Décalogue (ou des Dix Paroles du Sinaï), parce qu’elles en étaient la suite logique, au long des siècles et de l’évolution historique d’Israël.
      QUOI DE NEUF EN ISRAËL ?
      Israël n’est ni le premier ni le seul peuple à avoir promulgué des lois ; on a retrouvé au Proche-Orient des codes de lois beaucoup plus anciens : à Ur par exemple, (la patrie d’Abraham), on connaît un code qui date de 2050 av.J.C. ; et le fameux code d’Hammourabi (qui se trouve au Musée du Louvre) remonte à environ 1750, toujours av.J.C. Ces codes ont des quantités de points communs1 : dans toutes les civilisations, la loi est faite pour protéger les faibles : rien d’étonnant donc à ce que la Loi d’Israël, comme les autres, défende les intérêts de la veuve, de l’orphelin, de l’immigré, de l’emprunteur. Mais ce qui est nouveau ici c’est le fondement de la Loi.
      AU NOM DU DIEU LIBÉRATEUR
      Le fondement de la Loi d’Israël, c’est la libération d’Egypte : ou, plus exactement, c’est la double expérience de l’esclavage en Egypte et de la libération par Dieu. Et parce que Dieu s’est révélé comme celui qui entend la plainte des humiliés, qui leur rend leur liberté et leur dignité, très logiquement, il continue à travers la Loi à prendre la défense des humiliés. Si bien que toutes les lois bibliques sont émaillées de rappels : rappel de la souffrance endurée quand on était esclaves, humiliés… rappels de l’oeuvre de Dieu libérant son peuple. Par exemple, les premiers mots du Décalogue ne sont pas encore un commandement mais un rappel : « Je suis le SEIGNEUR ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage » (Ex 20, 2) ; ou encore « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Egypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi » (Ex 19, 4).
      Et si Dieu a libéré son peuple c’est parce qu’il a entendu le cri des malheureux : « Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob… » (Ex 2, 23-24). De même dans l’épisode du buisson ardent : « Le SEIGNEUR dit : J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer » (Exode 3,7).
      Voilà le fondement de toute Loi en Israël : le Dieu qui entend le cri des malheureux, qui connaît leurs souffrances et donc prend leur défense. « Car moi, je suis compatissant » dit la dernière phrase de notre texte.2
      Pour ce peuple qui a fait l’expérience de l’humiliation, il n’est pas difficile de se mettre à la place des humiliés : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Egypte. »3 Traduisez : parce que vous savez ce que c’est qu’être humilié, vous n’humilierez personne. Ce n’est pas affaire de raisonnement, de beaux sentiments, c’est affaire d’expérience, quelque chose comme « vous savez ce que c’est, alors mettez-vous à leur place ».
      Petite précision au passage : l’immigré dont il s’agit ici, c’est l’étranger qui réside durablement dans le pays, qui s’y installe ; il ne s’agit pas de l’étranger de passage, du touriste, qui bénéficiait de l’hospitalité proverbiale en Orient.
      LA RÈGLE D’OR : SE METTRE À LA PLACE
      Les quelques commandements du texte d’aujourd’hui relèvent tous de la même logique : mettez-vous à la place du pauvre, de l’emprunteur, de la veuve, de l’orphelin ; ne les maltraitez pas, car Dieu entend leur cri ; nous sommes encore au tout début de la Révélation biblique (même si ces textes sont postérieurs à Moïse) mais déjà on sait que Dieu est concerné par la souffrance humaine, et qu’il vient au secours des pauvres et des humiliés.
      Malheureusement, pour l’instant, il faut encore menacer pour que la loi soit respectée : « Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée ». Un jour viendra, nous le savons, où l’homme éduqué peu à peu par Dieu et par la Loi n’aura plus besoin de menaces, car il aura appris à voir en tout homme un frère.
      ——————————
      Notes
      1 – Parmi les points communs les plus frappants, on remarque la formulation de type qu’on appelle « casuistique » : par exemple « Si tu prêtes de l’argent … » ou « Si tu prends en gage le manteau de quelqu’un… ». Mais ce qui est intéressant pour nous, ce sont les nouveautés que la Loi d’Israël apporte par rapport aux peuples voisins.
      2 – Verset 26 : le mot « compatissant » n’est pas à entendre ici au sens latin (« compatir », en latin, signifie « souffrir avec »). En hébreu, le mot employé dans ce texte signifie « bienveillant », « ayant pitié ».
      3 – Un peu plus loin, le même thème est repris : « Tu n’opprimeras pas l’émigré : vous connaissez vous-mêmes la vie de l’émigré, car vous avez été émigrés au pays d’Egypte » (Ex 23, 9).
      Compléments
      – Les lois nouvelles reflètent le contexte nouveau dans lequel elles ont été votées.
      Prenons un exemple : supposons que vous soyez dans une galerie de tableaux et que vos yeux s’arrêtent sur une Annonciation ; si la Vierge est représentée en costume Renaissance, vous saurez que le peintre ne vivait certainement pas au temps de Jésus, au premier siècle en Israël… de la même manière, des textes juridiques rédigés après l’installation en Canaan reflètent la société de leur temps et non plus le contexte sociologique de l’Exode. Par exemple, dans ce même chapitre 22, il y a un l’article qui prévoit le cas d’un « voleur surpris à percer le mur d’une maison » (Ex 22, 1) ; il ne date certainement pas des campements sous tente dans le désert du Sinaï ! C’est également le cas dans le texte de ce dimanche : si on s’intéresse au sort des émigrés, c’est que le peuple est installé en Israël, qu’il peut désormais considérer ce pays comme sa terre et que des étrangers viennent à leur tour s’y installer. Toutes conditions, évidemment, non réunies dans le Sinaï pendant l’Exode. Autre chose est un peuple de pasteurs nomades, autre chose un peuple installé, sédentarisé.

      PSAUME – 17 (18) 2-3, 4. 20, 47. 51ab
      2 Je t’aime, SEIGNEUR, ma force :
      3 SEIGNEUR, mon roc, ma forteresse,
      Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
      mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !
      4 Louange à Dieu ! Quand je fais appel au SEIGNEUR,
      je suis sauvé de tous mes ennemis.
      20 Lui m’a dégagé, mis au large,
      il m’a libéré, car il m’aime.
      47 Vive le SEIGNEUR ! Béni soit mon Rocher !
      Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire.
      51 Il donne à son roi de grandes victoires,
      il se montre fidèle à son messie pour toujours.

      QUAND JE FAIS APPEL AU SEIGNEUR, JE SUIS SAUVÉ
      Pour comprendre ce psaume, il faut connaître l’histoire de David : on sait qu’à plusieurs reprises, celui-ci a été poursuivi par le roi Saül. Et le Seigneur l’a secouru. Je vous rappelle son histoire. Cela se passe un peu avant l’an mille avant J.C. A l’époque le roi légitime d’Israël, choisi par Dieu et consacré par l’onction d’huile du prophète Samuel, ce n’était pas David (pas encore), mais Saül, le premier roi d’Israël.
      Mais celui-ci ne remplissait plus sa mission ; son règne, bien commencé, se terminait mal. Au lieu d’écouter le prophète, il avait sciemment transgressé ses ordres, et le prophète Samuel l’avait désavoué. C’est alors qu’il avait choisi David encore très jeune pour qu’il soit formé à la cour et qu’il succède plus tard à Saül. Saül est donc resté le roi en titre jusqu’à sa mort, mais il a dû supporter de voir grandir à la cour David, son rival de plus en plus populaire et à qui tout réussissait. Si bien qu’une haine farouche remplit peu à peu le coeur de Saül et qu’il essaya, à plusieurs reprises, mais vainement, de se débarrasser de David. Une fois entre autres, Saül poursuivait David et c’est dans une caverne que David a trouvé refuge. D’où l’expression : « Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite… » Choisi, à sa grande surprise, pour être le futur roi, David savait qu’il pouvait compter sur la protection de Dieu : « Quand je fais appel au SEIGNEUR, je suis sauvé de tous mes ennemis. » Ou encore : « Dieu, mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire ! »
      Le deuxième livre de Samuel dit que David a chanté ce psaume pour remercier Dieu de l’avoir délivré de tous ses ennemis, à commencer par Saül ; et si vous avez la curiosité de consulter ce deuxième livre de Samuel au chapitre 22, vous y retrouverez le texte de ce psaume 17/18 presque à l’identique. Cela ne prouve pas que, historiquement, David a dit textuellement ces paroles-là, mais que le rédacteur final du livre de Samuel a pensé que ce psaume s’appliquait particulièrement bien à David.
      Mais, bien sûr, le vrai sujet du psaume, comme toujours, n’est pas un personnage particulier, pas même le roi David : c’est le peuple tout entier. Et quand il veut rendre grâce à Dieu pour son soutien et sa sollicitude au long des siècles, il se compare au roi David poursuivi par Saül.
      LE ROCHER D’ISRAËL
      Le peuple d’Israël tout entier, lui aussi, peut dire ces versets en toute vérité : « SEIGNEUR, mon roc… Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite… Lui m’a dégagé, mis au large, il m’a libéré car il m’aime. Vive le SEIGNEUR ! Béni soit mon Rocher ! … » Tout d’abord, bien avant David, on avait expérimenté qu’une caverne dans un rocher peut être un lieu d’asile ; le livre des Juges en donne des exemples ; dire que Dieu est notre Rocher, c’est donc d’abord dire qu’il est notre secours, notre appui le plus sûr. Par exemple, on trouve dans le Deutéronome le fameux cantique de Moïse au Rocher d’Israël : « C’est le nom du SEIGNEUR que j’invoque ; à notre Dieu, reportez la grandeur. Il est le Rocher : son œuvre est parfaite ; tous ses chemins ne sont que justice. Dieu de vérité, non pas de perfidie, il est juste, il est droit. » (Dt 32, 3-4). A une époque où on pense que chaque peuple a son dieu protecteur, on admet bien que les autres peuples puissent avoir leur rocher, mais il ne vaut quand même pas celui d’Israël ; on trouve dans le même cantique cette phrase superbe : « Le Rocher de nos ennemis n’est pas comme notre Rocher » (Dt 32, 31).
      LE ROCHER DE MASSA ET MERIBA
      Moïse, quand il parle de rocher, lui donne certainement encore un autre sens ; on a là évidemment un écho de la libération d’Egypte (« Le SEIGNEUR m’a libéré car il m’aime ») et aussi de l’Exode, la longue marche au Sinaï ; tout au long de ce périple éprouvant, dans la chaleur, la faim, la soif, parmi les scorpions et les serpents brûlants, la présence de Dieu, sa sollicitude ont été le secours du peuple ; une sollicitude qui est allée jusqu’à faire couler l’eau du Rocher : c’est le célèbre passage de Massa et Meriba ; là où on a eu tellement soif qu’on a eu peur d’en mourir et qu’on a accusé Moïse de vouloir la mort du peuple… L’histoire de cette révolte hante la mémoire d’Israël car elle est typique des doutes qui assaillent le croyant ; mais ici, ce n’est pas la révolte qui est évoquée, c’est la bonté de Dieu qui répond à la révolte par un don plus grand encore :
      « Là, le peuple souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le SEIGNEUR : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Et Dieu répondit « Tu frapperas le Rocher, il en sortira de l’eau et le peuple boira » (Ex 17, 3-6).
      Quand le peuple d’Israël chante ce psaume, il rappelle donc cette présence fidèle depuis toujours à ses côtés de Celui dont le Nom même est « Je suis avec vous » ; mais ce rappel est aussi la source de son espérance ; car tout comme David, ce peuple attend la réalisation des promesses du Dieu fidèle, la venue du Messie qui libèrera définitivement l’humanité. « Vive le SEIGNEUR ! Béni soit mon Rocher ! Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire. Il donne à son roi de grandes victoires, il se montre fidèle à son Messie pour toujours ».
      —————————-
      Complément
      David et Goliath
      Vous vous rappelez également la lutte entre David et Goliath : David armé d’une simple fronde affrontait le géant équipé de pied en cap et armé jusqu’aux dents ; vexé de l’accoutrement excessivement simple de son rival, Goliath lui avait dit : « Suis-je un chien pour que tu viennes à moi armé de bâtons ?…Viens ici que je donne ta chair aux oiseaux et aux bêtes des champs ». Et David lui avait répondu : « Toi, tu viens à moi armé d’une épée, d’une lance et d’un javelot ; moi, je viens à toi, armé du nom du SEIGNEUR le Tout-Puissant, le Dieu des armées d’Israël que tu as défié. Aujourd’hui même le SEIGNEUR te remettra entre mes mains… et toute la terre saura qu’il y a un Dieu pour Israël. Et toute cette assemblée le saura : ce n’est ni par l’épée, ni par la lance que le SEIGNEUR donne la victoire, mais le SEIGNEUR est le maître de la guerre et il vous livrera entre nos mains » (1S 17, 43-47).

      DEUXIEME LECTURE – première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 1, 5c-10
      Frères,
      5 vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous
      pour votre bien.
      6 Et vous-mêmes, en fait, vous nous avez imités, nous et le Seigneur,
      en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves,
      avec la joie de l’Esprit Saint.
      7 Ainsi vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants
      de Macédoine et de Grèce.
      8 Et ce n’est pas seulement en Macédoine et en Grèce
      qu’à partir de chez vous la parole du Seigneur a retenti,
      mais la nouvelle de votre foi en Dieu s’est si bien répandue partout
      que nous n’avons pas besoin d’en parler.
      9 En effet, les gens racontent, à notre sujet,
      l’accueil que nous avons reçu chez vous ;
      ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu
      en vous détournant des idoles,
      afin de servir le Dieu vivant et véritable,
      10 et afin d’attendre des cieux son Fils
      qu’il a ressuscité d’entre les morts,
      Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.

      DANS UN MONDE HOSTILE
      Partout où il passe, Paul entend parler du rayonnement de la jeune communauté de Thessalonique ; il en déduit que sa prédication a porté son fruit. La Parole accueillie par les Thessaloniciens dans la joie les a transformés en profondeur et, du coup, ils sont devenus un modèle pour les autres… comme une traînée de poudre.
      Pourtant les conditions de leur conversion n’étaient pas faciles : puisque Paul précise qu’ils ont accueilli la Parole « au milieu de bien des épreuves ». Paul fait allusion ici à l’hostilité de certains Juifs à la prédication chrétienne ; Paul, lui-même, Silvain et Timothée ont essuyé les premiers ce refus de l’Evangile par ceux à qui il était destiné en priorité ; maintenant, c’est la nouvelle communauté chrétienne de Thessalonique qui relève le flambeau et qui rencontre à son tour la persécution ; mais elle tient bon comme l’ont fait avant elle le Christ lui-même puis ses apôtres ; c’est le sens de la phrase « Vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves avec la joie de l’Esprit Saint ». Apparemment, la joie est un élément important de l’accueil de la Parole !… cette joie intérieure qui est la signature de l’Esprit Saint.
      « Vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles » ; évidemment, on se demande de quelles « idoles » il s’agit… cela peut vouloir dire soit divinité païenne, soit (pour des Juifs) une fausse image de Dieu. Or la communauté chrétienne naissante de Thessalonique était très mélangée : d’après les Actes des Apôtres « certains des Juifs se laissèrent convaincre et furent gagnés par Paul et Silas, ainsi qu’une multitude de Grecs adorateurs de Dieu et bon nombre de femmes de la haute société. » (Ac 17, 4).
      TOURNÉS VERS DIEU COMME LE CHRIST
      Avant leur adhésion au Christianisme, ces divers groupes ne pratiquaient pas la même religion ; on n’a aucune précision sur la pratique religieuse des femmes dont Paul parle ici, et il y avait peut-être parmi elles et parmi les Grecs, des gens qui pratiquaient le culte des divinités païennes ; (on sait qu’au moins vingt divinités païennes différentes étaient vénérées à Thessalonique : on en a retrouvé des traces sur des colonnes) ; mais les Juifs et les Grecs réputés « adorateurs de Dieu » ne vénéraient certainement pas des idoles au sens strict : au contraire ils vénéraient le même Dieu que Paul, le Dieu vivant d’Israël. Seulement, on pouvait adorer le Dieu d’Israël et avoir quand même besoin de se convertir : Paul en savait quelque chose ! Lui aussi était adorateur du vrai Dieu, Juif convaincu et c’est au nom même de ses convictions et de l’idée qu’il se faisait de Dieu qu’il avait commencé par persécuter les Chrétiens ; maintenant, il était passé de l’autre côté de la barrière, si on peut dire, et donc il comprenait très bien ce qui se passait. Face à la prédication chrétienne, certains adoptaient l’attitude de Paul, avant sa conversion, d’autres suivaient le Paul du chemin de Damas. La distance entre les deux, c’est l’abandon de ses idées toutes faites sur Dieu, ses idoles, et la découverte du vrai Dieu tel qu’il s’est manifesté en Jésus-Christ.
      Ici, Paul emploie une expression superbe : « Vous vous êtes convertis à Dieu », littéralement « vous vous êtes tournés vers Dieu » ; en grec ce sont les mots mêmes que Saint Jean emploie pour parler de la relation de dialogue sans ombre, de communion, qui unit le Père et le Fils : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1). Parce qu’ils ont accepté d’ouvrir leur coeur à la Parole de l’apôtre, les Thessaloniciens ont reçu la grâce de la conversion, du retournement. Désormais, eux aussi, comme le Christ, ils sont tournés vers Dieu et cela leur a donné tous les courages pour tenir bon malgré la persécution. Comme dit Saint Jean, encore, dans le Prologue, « A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).
      Désormais, ils sont à l’abri de « la colère qui vient », dit saint Paul. La « colère de Dieu », c’est une expression classique pour évoquer la fin des temps. Pour les croyants, ce n’est plus une inquiétude, au contraire. Ce sera le jour de la délivrance, où Dieu supprimera tout ce qui fait du mal à l’homme.
      L’IMPATIENCE DES CROYANTS
      Désormais, en Jésus-Christ, on ne craint plus le jugement de Dieu, au contraire on est impatient de voir s’accomplir pleinement le projet de Dieu ; il y a là, c’est très net dans tout le Nouveau Testament, et en particulier chez Saint Paul, un élément très important de la foi chrétienne, l’attente, une attente fervente, ardente, passionnée ; celle qui nous fait dire chaque jour avec impatience « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »… et cette volonté, nous le savons bien, c’est que la Bonne Nouvelle de l’amour soit proclamée et vécue partout et par tous.
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      Compléments
      – Dès l’Ancien Testament, on avait compris que la colère de Dieu ne vise pas l’homme lui-même ; elle vise le mal qui abîme l’homme. Mais Jésus-Christ est celui qui instaure définitivement le règne de l’amour sur la terre ; celui qui croit en Jésus-Christ vit dans l’amour et triomphe du mal et de la mort à son tour. Encore une phrase de l’évangile de Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (Jn 5, 24).

      EVANGILE – selon saint Matthieu 22, 34-40
      En ce temps-là,
      34 les pharisiens,
      apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens,
      se réunirent,
      35 et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus
      pour le mettre à l’épreuve :
      36 « Maître, dans la Loi,
      quel est le grand commandement ? »
      37 Jésus lui répondit :
      « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
      de tout ton cœur,
      de toute ton âme et de tout ton esprit.
      38 Voilà le grand, le premier commandement.
      39 Et le second lui est semblable :
      Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
      40 De ces deux commandements
      dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

      « MAÎTRE, DANS LA LOI, QUEL EST LE GRAND COMMANDEMENT ? »
      « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Les Pharisiens posent à Jésus une question qui pour eux était classique. On sait que la loi comporte six cent treize commandements ; et ils avaient l’habitude de discuter à longueur de temps pour savoir quel commandement était le plus important ; quand un conflit de devoirs se présentait, il fallait bien hiérarchiser les divers commandements.
      La réponse de Jésus va les surprendre en les emmenant bien au-delà du terrain juridique.
      Le contexte, ici, est important : nous sommes, chez Saint Matthieu, dans la dernière étape de la vie terrestre de Jésus, entre son entrée triomphale à Jérusalem et sa Passion. Les discussions se succèdent entre celui que la foule a reconnu comme le Messie et les autorités religieuses, qui, croient-elles, ont, seules, autorité pour reconnaître le véritable Messie. Jésus a raconté trois paraboles (celle des deux fils, celle des vignerons homicides et enfin celle du banquet nuptial et de la robe de noces). C’est le tour des autorités religieuses, maintenant, de lui poser trois questions, dans l’intention de le prendre au piège : celle sur l’impôt à payer à César, celle sur la résurrection des morts et enfin, celle d’aujourd’hui : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
      NON PAS UN COMMANDEMENT MAIS DEUX !
      On interroge Jésus sur la Loi, il puise sa réponse dans la Loi ; mais il refuse d’établir une hiérarchie entre les six cent-treize commandements de la Loi : il cite deux commandements tous deux inscrits dans la Loi d’Israël et il les place au même niveau : Tu aimeras le Seigneur, tu aimeras ton prochain.
      « Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit » : c’est dans le Livre du Deutéronome au chapitre 6, cela fait partie de la profession de foi juive, le Shema Israël ;
      « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », c’est dans le livre du Lévitique (Lv 19, 18).
      Et il dit « ces deux-là donnent sens à tous les autres » : « De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
      Il est vrai que la Loi, mais aussi les Prophètes liaient déjà très fort ces deux commandements ; pour la Loi, il suffit de relire le Décalogue, ce que nous appelons les dix commandements : les commandements concernant la conduite envers Dieu sont immédiatement suivis des commandements concernant la conduite envers les autres. Et l’ensemble de la Loi, nous l’avons revu avec le texte du livre de l’Exode qui nous est proposé en première lecture, quand elle dictait la conduite envers les autres, spécialement envers les pauvres, les veuves, les orphelins, les immigrés, le faisait au nom du Dieu de l’Alliance, ce Dieu que l’on devait aimer de tout son coeur et de toute son âme…
      Quant aux Prophètes, ils n’avaient fait que rappeler ce lien entre les deux commandements : Isaïe, par exemple : « Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? (Is 58, 6). Ou encore Michée : « Homme, répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6, 8).
      En résumé, dans la Loi comme chez les Prophètes, la grande leçon c’était « si vous voulez être les fils du Dieu qui vous a libérés, soyez des libérateurs à votre tour ». Ce qui veut dire que l’expression « tu aimeras » engage une conduite concrète, beaucoup plus qu’un sentiment.
      SORTIR DU LÉGALISME
      Ce faisant, Jésus invite ses interlocuteurs à sortir de l’esprit légaliste : il les appelle à une conversion radicale : avec Dieu on n’est pas dans le domaine du calcul, de ce qu’il faut faire pour être en règle ; on est sous la seule loi de l’amour. Saint Paul, l’ancien Pharisien scrupuleux, qui a fait l’expérience de cette conversion, dira dans la lettre aux Romains « Vous n’êtes plus sous la loi mais sous la grâce » (Rm 6, 14). Et si l’on entre dans la logique de l’amour, ces deux commandements sont semblables, dit Jésus, ils sont de même nature ; bien sûr, car il n’y a pas deux sortes d’amour ! Celui dont on aimerait Dieu et celui dont on aimerait nos frères ; le second est la vérification du premier ; comme dit Saint Jean : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1 Jn 4, 20).
      Jésus met en garde les Pharisiens : il y a des manières d’appliquer la loi qui la trahissent ; elle a été donnée par Dieu pour être un chemin de liberté et de vie, mais on peut très bien en faire un esclavage et même parfois un chemin de mort : par exemple quand le commandement du repos sabbatique vous conduit à laisser à l’abandon un malade ou un mourant, la loi qui dicte le service du frère est trahie.
      Donc, ce que Jésus cherche à faire comprendre aux Pharisiens, c’est qu’ils risquent, au nom même de la Loi, d’oublier le commandement de l’amour.
      Il est certain que c’est un thème cher à Saint Matthieu : lui, le seul des évangélistes à citer deux fois la phrase du prophète Osée « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices » (Osée 6, 6)1 ; lui aussi, le seul à rapporter la parabole du jugement dernier « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).
      ————————-
      Note
      1 – Matthieu cite cette phrase du prophète Osée une première fois dans le récit de sa vocation (Mt 9, 13) ; la deuxième fois, c’est précisément à l’occasion d’une controverse de Jésus avec les Pharisiens sur une question similaire à celle de ce dimanche. Il s’agit de l’épisode des épis arrachés dans un champ de blé par les disciples un jour de sabbat. Les Pharisiens reprochent à Jésus ce manquement : « Vois tes disciples qui font ce qu’il n’est pas permis de faire le jour du sabbat. » Jésus leur répond : « Si vous aviez compris ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné ces hommes. » (Mt 12, 1-8).


    • Homélie du dimanche 29 octobre

      Dimanche 29 octobre 2017
      30éme dimanche du Temps Ordinaire

      Références bibliques :
      Du livre de l’Exode : 22.20 à 26 : »Je suis compatissant. »
      Psaume 17 : « Il m’a libéré car il m’aime. »
      Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Th. 5 à 10 : »Afin de servir le Dieu vivant et véritable. »
      Evangile selon saint Matthieu : 22. 34 à 40 : »Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture, la Loi et les Prophètes, dépend de ces deux commandements. »
      ***
      DIEU AVANT TOUT
      Ce docteur de la Loi, qui pose une nouvelle question à Jésus, ne l’entraîne pas dans des domaines du comportement politico-religieux de dimanche dernier, entre César ou Dieu. Il semble vouloir vérifier l’orthodoxie fondamentale de ce Jésus qui s’en va et s’en vient avec les femmes de mauvaises vies, qui va déjeuner avec n’importe qui, qui outrepasse la Loi en se disant « Maître du sabbat » (Matthieu 12.8)
      Ce questionneur semble représenter la tendance stricte du pharisaïsme. Il n’y a qu’un seul Dieu. Il n’y a qu’un seul grand commandement qui se trouve dans le « Shema Israël » que tout juif pieux doit réciter plusieurs fois par jour. (Deutéronome 6. 4) Dieu est le seul et nul ne peut contester cette priorité absolue. L’interprétation rigoriste de ce texte suppose que l’amour que l’on porte à Dieu se résume à la prière et au culte. Tout le reste est, sinon secondaire, du moins « inessentiel ».
      Parmi les centaines de prescriptions de la Loi, il n’est pas d’autre loi plus fondamentale sinon celle-là. Demander à Jésus d’envisager une autre « grande » prescription, c’est le contraindre à un choix qui sépare, à une préférence qui exclut.
      L’AMOUR NE PEUT EXCLURE
      Jésus ne s’esquive pas par une réponse à double sens. Il ne s’enferme pas dans la seule affirmation du Deutéronome, comme veut l’obliger le pharisien. Il prend la Torah dans son ensemble et il appuie sa réponse sur le Livre du Lévitique (Lév. 19) où se répète comme un refrain cette affirmation  » Je suis Yahvé, votre Dieu ! … tu aimeras ton prochain comme toi-même, je suis Yahvé ! »
      Le pharisien qui a tronqué la Parole de Dieu, en la réduisant à une seule n’est pas dupe en entendant l’affirmation de Jésus s’ouvrir à toute la Torah. L’Ecriture forme un tout : »Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture dépend de ces deux commandements. » L’amour de Dieu et le culte qui doit lui être rendu, sont inséparables de tous ces préceptes révélés dans le Lévitique. Il ne donne pas priorité de l’un sur l’autre. « Voici le second qui lui est semblable ».
      Il n’y a qu’un seul et même amour qui signifié dans l’un comme dans l’autre texte. Jésus ne restreint pas, il ouvre la Loi et les Prophètes, ces prophètes qui ont toujours lié l’authenticité du culte au « droit et à la justice », comme l’a dit le livre du Lévitique. Dès le début de sa prédication, Jésus l’avait affirmé ainsi : rien ne peut être supprimé de la Loi. Elle doit être reçue dans sa plénitude (Matthieu . 18)
      VOUS SEREZ SAINTS COMME JE SUIS SAINT
      La réponse de Jésus manifeste ainsi l’écart entre l’univers clos des pharisiens et l’ouverture extraordinaire qu’offre la Bonne Nouvelle du Christ. La jonction du premier et du deuxième commandement « qui lui est semblable » donne la clé non seulement de toute la Loi et des prophètes, mais dans le même temps de sa propre vie de Messie et Sauveur puisque, dans sa mort, il va donner à son message la preuve ultime de cette unité de Dieu avec les hommes. « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » (Jean 3. 16)… Il nous a donné son Fils unique qui offre sa vie à son Père pour le salut de tous les hommes.
      L’amour en Dieu est inséparable de l’amour qu’il porte à ses enfants, à tous ses enfants qui sont nos frères. Comment pourrions-nous manifester à Dieu notre reconnaissance pour l’amour que nous recevons de lui dans ce don gratuit, sinon en le partageant avec nos frères ? Comment prétendre aimer Dieu si nous n’aimons pas comme il aime, ce qu’il aime, et ceux qu’il aime, c’est-à-dire nos frères « image de Dieu » ? « Celui-là est un menteur », nous rappelle saint Jean (1 Jean 4. 20)
      COMME SOI MEME
      Ce « comme soi-même » n’est pas une invitation à l’égocentrisme. Saint Luc, évoquant cette même question du pharisien, va nous entraîner jusqu’à la parabole du Bon Samaritain dans la réponse à : »Qui est mon prochain ? » (Luc 10. 26) Il nous donne ainsi une lecture et une interprétation.
      Le « comme soi-même » est en effet une excellente référence pour juger de l’amour que l’on porte à Dieu et à nos frères. Dans la Bible, il n’y a nulle part de commandement qui demande de s’aimer soi-même. Mais il y a la règle d’or de saint Matthieu 7. 12 : « Tout ce que vous voudriez que les hommes fassent pour vous, pareillement vous aussi, faites-le pour eux. C’est cela la Loi et les Prophètes ». La même affirmation que dans la discussion sur les deux commandements.
      L’expérience porte conseil. Quand on a été soi-même éprouvé, on sait bien qu’il ne suffit pas d’entendre : »Ah oui, je connais çà moi aussi … » pour se sentir compris et aimé. Il nous faut partager un amour qui engage tout l’homme et tous les hommes, à commencer par soi-même. Car, déjà, s’aimer soi-même, s’assumer dans la joie, n’est pas si simple.
      Le « comme soi-même » n’est ni un repli ni une suffisance auto-satisfaite qui conduiraient, l’une comme l’autre, à la solitude désabusée et douloureuse. C’est le don qui est source de la joie. L’amour donné au prochain nous apprend le sens profond de notre propre bonheur, comme l’amour que Dieu nous porte, nous apprend le sens profond de propre bonheur. Le Christ en parle à ses apôtres au soir du Jeudi-Saint : »Demeurez en mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et demeure en son amour. Je vous dis cela pour que la joie, la mienne, soit en vous et que votre joie trouve sa plénitude. » (Jean 15. 10 et 11)
      ***
      L’art des fausses questions pratiqué par les pharisiens n’a pas disparu de nos jours, même s’il prend des formes plus subtiles en justifiant n’importe quel comportement sous prétexte qu’il n’y a pas de solution satisfaisante. Les situations de notre temps sont sans doute complexes. On vote même des lois générales pour que les comportements particuliers soient ainsi justifiés. L’amour ne sera jamais remplacé par un simple et précaire pacte de solidarité. L’amour est un don total.
      En liant les deux commandements, le message du Christ demeure la clé de la compréhension de ce que nous sommes. « Regarde, Seigneur, le visage de ton Christ et souviens-toi qu’il s’est livré pour le salut de tous. En Lui qui t’a glorifié jusqu’à t’offrir sa vie, fais-toi reconnaître comme le Dieu d’amour, d’une extrémité du monde à l’autre. Que tous les peuples de la terre fassent monter vers toi l’action de grâce de Jésus ton Fils, notre Sauveur. » (Oraison de ce dimanche sur les offrandes)


    • « Nous avons vu Jésus »

      Présent lors de la première du spectacle « Jésus, de Nazareth à Jérusalem », le mardi 17 octobre, le père Gaultier de Chaillé livre ses impressions après cette soirée.
      Nous avons applaudi avec joie lors de la première de la comédie musicale Jésus, de Nazareth à Jérusalem, ce 17 octobre, au Palais des sports de la porte de Versailles. Voici quelques réactions « à chaud », après ce spectacle pas comme les autres…
      On a tous une sorte d’imaginaire sur Jésus : chacun le voit à sa manière, selon une projection façonnée par la lecture des Évangiles, les enseignements, la prière et les œuvres qu’il a vues. Nous avons tous « notre » Jésus qui n’est jamais celui d’un autre et il est toujours tentant de voir les œuvres qui le représentent sous l’angle du manque par rapport à notre idée.
      Une œuvre courageuse
      La fresque musicale Jésus, de Nazareth à Jérusalem est une œuvre d’artiste. Elle n’est ni un traité de théologie, ni un cours de catéchisme. Ça n’est surtout pas une œuvre objective puisque c’est une œuvre d’art. Certains diront sans doute que ça n’est pas de l’art du niveau du retable d’Issenheim, d’une Passion de Bach ou d’un film de Pasolini. Non, ce spectacle n’est pas du registre de ces grands classiques de l’histoire de l’art ! Il est la modeste et courageuse contribution de quelques fous qui, en pleine époque de mépris de la religion et spécialement du christianisme, proposent leur propre lecture des Évangiles.
      Comme les auteurs l’ont toujours clamé, ce spectacle ne se positionne pas sur le plan de la foi. Il présente avec beaucoup d’honnêteté et de générosité le Jésus raconté par les Évangiles. Les personnages qui l’entourent sont façonnés dans une pâte humaine, épaisse et riche, tout en nuances pour rendre compte des drames qui les habitent. Le spectateur trouve ainsi sa place avec son propre questionnement : qui aurais-je été parmi ceux-là ? Chacun se sent inclus dans les rangs de ceux qui vivent le drame de l’histoire du Christ au milieu des hommes. Aurais-je été du côté des forts, avec Caïphe le politicien ou Pilate le philosophe assuré ? Aurais-je eu le cœur torturé comme saint Pierre, Marie Madeleine ou même Judas ? Aurais-je fait partie des anonymes qui peuplent la scène, acclamant puis huant, au gré de ce que les autres m’auraient conduit à faire ?
      La seule qui échappe à cette identification est Marie, mère aux sept douleurs. Dans la conscience du glaive qui sera planté dans sa chair, elle est là, depuis le début, à accompagner Jésus, à part, « entre toutes les femmes ».
      Venez applaudir Jésus !
      Oui, nous aurions peut-être aimé que la Cène soit traitée d’une manière plus eucharistique, nous aurions sans doute écrit différemment le chant de Marie Madeleine, nous aurions certainement voulu voir Jésus doté d’une plus grande force de caractère mais c’est ainsi que les auteurs le voient, eux. Et ils l’ont fait ! Ils ont osé lancer ce spectacle malgré tous les regards en coin, les moqueries et les risques qu’ils ont pris. Leur audace mérite les honneurs ; rien que pour cela, ils ont notre estime et nos prières.
      Nous leur souhaitons le succès qu’ils méritent et ne pouvons que vous inviter à aller voir ce spectacle en famille, en aumônerie, en classe ou avec vos groupe d’amis ! Pourquoi pas non plus y inviter des non-croyants ? Que le plus grand nombre puisse entendre parler de Jésus : comme le dit l’un des passages les plus entraînants du spectacle, « la Bonne Nouvelle, c’est Lui ! ».
      Jésus, de Nazareth à Jérusalem, du 17 octobre au 3 décembre 2017 au Palais des sports de Paris, puis dans toute la France.
      Source de l’article : Padreblog


      sujet : a la une, culture, Jésus