Paroisse Saint Martin du Vignogoul

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Eglise catholique en France




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  • Site portail de l’Eglise catholique en France
    http://www.eglise.catholique.fr/

    Ce site officiel renvoie vers les diocèses, les services et les mouvements de l’Eglise catholique en France. Il diffuse des informations institutionnelles.


    • [Avis du CCNE] Face aux inquiétudes : un dialogue nécessaire

      La Conférence des évêques de France (CEF) a pris connaissance de l’avis rendu le 27 juin par le CCNE. L’absence même de consensus au sein du CCNE montre qu’un large dialogue est encore nécessaire avant toute mesure législative. En lisant ce texte la CEF s’interroge sur différents points, et notamment :
      –          l’organisation d’une filiation sans père,
      –          l’instrumentalisation de l’enfant pour soulager une souffrance,
      –          la non prise en compte du bien de l’enfant,
      –          la reconnaissance d’un droit à l’enfant,
      –          le rôle de la médecine qui en viendrait à répondre à toute demande sociétale,
      –          les « conditions d’accès et de faisabilité » de la PMA ainsi élargie.
      La Conférence des évêques de France prend acte de la position du CCNE contre la GPA et la conservation des ovocytes mais, avec d’autres, s’inquiète de ce que l’ouverture de la PMA, pour des raisons autres que pathologiques, conduise un jour à considérer comme éthique le fait que deux hommes aient accès à la procréation au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes.
      La révision des lois de bioéthique prévue en 2018 doit être l’occasion d’un vaste débat pour parvenir à un consensus sur la société que nous voulons. Les catholiques sont prêts à y prendre toute leur part.


      sujet : bioéthique, Communiqué de presse, ethique

    • Mgr Antoine de Romanet de Beaune, nommé évêque du diocèse aux Armées

      Le Pape François a nommé ce mercredi 28 juin, Mgr Antoine de Romanet évêque du diocèse aux Armées, il était jusqu’à présent doyen d’Auteuil et curé de la paroisse Notre-Dame d’Auteuil (Paris).
      Diplômé (Service Public) et Docteur (ès Sciences Economiques) de Sciences Po Paris, Mgr Antoine de Romanet a effectué son service national au Caire (1986-1987), puis après la Maison Saint Augustin (1988-1989) il a étudié la philosophie et la théologie à Bruxelles (1989-1992) puis à Rome (1992-1996). Pendant un temps, il a été enseignant d’économie, de culture générale et de méthodologie écrite et orale à IPESUP – institut privé de préparation aux examens et concours aux grandes écoles situé à Paris (1989-1994). Mgr de Romanet a été vicaire de la paroisse Notre-Dame de l’Assomption et aumônier du lycée Molière à Paris (XVIème) entre 1996 et 2000, et délégué du diocèse de Paris pour les Journées Mondiales de la Jeunesse de 1998 à 2001. De 2000 à 2002, il a été aumônier général du Collège Stanislas à Paris (VIème). Parallèlement à ces activités, de 1997 à 2002, il a été membre du Comité consultatif pour la protection des  Personnes dans la Recherche Biomédicale (CCPPRB) de Paris Saint-Antoine. En 2002, il a été nommé curé de la paroisse Saint-Louis de France de Washington DC (U.S.A) et aumônier du lycée français Rochambeau jusqu’en 2010. Depuis 2010, il est curé de la paroisse Notre-Dame d’Auteuil (XVIème), administrateur de « COROT Entraide », centre d’aide sociale pour les 18-25 ans et administrateur d’Apprentis d’Auteuil ; depuis 2011, il est co-directeur du département « Politique et Religions » du pôle de recherche du Collège des Bernardins ; depuis 2013, enseignant en morale sociale au Séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux et depuis 2014, doyen du doyenné d’Auteuil.
      La date de l’ordination épiscopale de Mgr Antoine de Romanet est prévue pour le dimanche 10 septembre à 15h en la cathédrale Notre-Dame de Paris.
      Contacts presse
      Diocèse aux armées : Mme Florence de Saint-Quentin – 06 87 58 10 93
      diocese-aux-armees@orange.fr
      Diocèse de Paris : Mme Karine Dalle – 06 65 87 31 09
      kdalle@diocese-paris.net


      sujet : Communiqué de presse, Diocèse aux armées, Diocèse de Paris, Mgr Antoine de Romanet, Nomination

    • L’option Benoît

      Il existe une version américaine du débat en France entre Erwan Le Morhedec (Identitaires : Le mauvais génie du christianisme, au Cerf) et Laurent Dandrieu (Église et immigration : le grand malaise, aux Presses de la Renaissance). Parce que le christianisme américain ne se sent pas menacé par l’immigration, la problématique n’est pas exactement la même, mais elle est proche : quelles conséquences les chrétiens doivent-ils tirer du constat que leur foi est marginalisée dans la culture occidentale ?
      À cette question, Rod Dreher apporte une réponse radicale qui ne manque pas de susciter pas mal de commentaires. C’est ce qu’il appelle « L’option Benoît » (The Benedict Option, titre de son livre sorti en mars chez Sentinel à New York, avec un sous-titre dont la traduction est : Stratégie pour les chrétiens dans un pays post-chrétien).
      Cette « stratégie » est de se retirer d’un monde décadent et de préparer au sein de petites communautés une civilisation régénérée. L’idée est de reproduire ce qu’a fait Saint Benoît de Nursie vers l’an 500, au moment où l’Empire romain déliquescent passait sous le contrôle des barbares. Le monachisme n’est-il pas ce qui a permis l’avènement progressif de la chrétienté occidentale ?
      Rod Dreher (né en 1967) est un journaliste originaire de Louisiane où il est retourné vivre. Il a travaillé dans des médias dits néo-conservateurs. Il s’est fait connaître aussi par un livre émouvant sur la mort de sa sœur, victime d’un cancer du poumon bien qu’elle ne fumât pas (The Little Way of Ruthie Leming, 2013), et par un témoignage sur l’actualité salutaire de la Divine Comédie de Dante (How Dante Can Save Your Life, 2015).
      Né méthodiste, il est devenu catholique en 1993, puis orthodoxe en 2006 (suite aux affaires de pédophilie dans l’Église). L’étiquette bénédictine accolée à sa préconisation d’un séparatisme chrétien se réclame d’Alasdair McIntyre. Ce philosophe écossais (né en 1929) est connu et respecté pour son travail sur les fondements de la morale et de la justice. Il s’y efforce de remédier aux approximations que permet « l’impératif » kantien en valorisant la vision plus large du monde et de l’homme héritée des pensées grecque et médiévale. Tout
      à la fin de son ouvrage paru en 1981 et traduit en français (aux PUF) en 1997, Après la vertu, il affirme le besoin désormais d’« un nouveau saint Benoît, certainement très différent du premier ». C’est une thèse qui rejoint celle de l’historien anglais Arnold Toynbee (1889-1975), reprise par Benoît XVI, sur le rôle décisif des « minorités créatives » dans les grands renouveaux.
      La réplique à cette « option Benoît » a précédé, puisque c’est dès février qu’a été publié, chez Henry Holt & Co à New York, Strangers in a Strange Land : Living the Catholic Faith in a Post-Christian World, de Mgr Charles J. Chaput, o.f.m. cap., archevêque de Philadelphie (né en 1944, auparavant évêque de Rapid City dans le Dakota du Sud puis archevêque de Denver, d’ascendance à la fois amérindienne et française via le Canada, avec même du sang royal). Titre et sous-titre sont clairs : les croyants sont des étrangers dans ce monde post-chrétien. Mais si l’analyse du contexte rejoint celle de Rod Dreher, la conclusion n’est pas du tout qu’il ne reste plus qu’à s’isoler dans un repli identitaire. Mgr Chaput s’était d’ailleurs fait remarquer en 2008 avec Render Unto Caesar (Crown Publishing Group) qui a vite été réédité en poche et où il incitait les
      catholiques à s’engager en politique.
      L’archevêque ne nie pas que le christianisme soit parfois dans la situation d’une « contre-culture ». Mais il souligne que la déchristianisation est loin d’être totale (du moins aux États-Unis, où le laïcisme est bien moins répandu qu’en Europe) et que la sécularisation repose, selon le mot de Chesterton, sur « des vertus chrétiennes devenues folles ». De plus, rappelle l’archevêque, le Christ n’invite pas du tout les siens à attendre des jours meilleurs pour devenir « le sel de la terre » et agir comme tel. La charité interdit de se désintéresser du prochain, et elle comprend aussi bien la promotion de principes dans les débats publics que la solidarité concrète et la proclamation de la Bonne Nouvelle.
      La position de Mgr Chaput est moins catastrophiste et donc moins sensationnelle que celle du polémiste qu’est Rod Dreher. Elle est aussi étayée par une gamme plus large de références aussi bien théologiques, philosophiques et historiques que littéraires et artistiques. Mais elle n’est pas moins radicale dans sa présentation du paradoxe chrétien. Citant Vaclav Havel, qui n’était pas croyant, il appelle à « défendre la vérité de l’être humain » et il ajoute aussitôt la glose de la romancière américaine (et catholique) Flannery O’Connor (1925-1964) sur Jean 8, 32 : « La vérité vous rendra libre… et elle vous fera rejeter. »
      Autrement dit, la question est celle du prix de la liberté : le chrétien doit-il prendre acte de ce qu’un monde aliéné par des illusions et sourd à l’annonce de la vérité lui inflige l’épreuve de l’exclusion ? Ou bien la liberté se vérifie-t-elle dans le risque du témoignage qui affronte, sinon la persécution, l’indifférence voire le mépris ?
      Jean Duchesne


      sujet : chretiens, livre

    • Le Pape crée cinq nouveaux cardinaux lors d’un consistoire

      Le Pape crée ce mercredi cinq nouveaux cardinaux à l’occasion d’un consistoire : son Excellence Monseigneur Jean Zerbo, archevêque de Bamako (Mali), son Excellence Monseigneur Juan José Omella, archevêque de Barcelone (Espagne), son Excellence Monseigneur Anders Arborelius, évêque de Stockholm (Suède), son Excellence Monseigneur Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, évêque titulaire d’Acque Nuove di Proconsolare, vicaire apostolique de Pakse (Laos), son excellence Monseigneur Gregorio Rosa Chavez, évêque titulaire de Mulli, auxiliaire de l’archidiocèse de San Salvador (San Salvador). Jeudi 29 juin, le Pape François célébrera la messe sainte avec les nouveaux cardinaux, le collège des cardinaux, les nouveaux évêques, et quelques prêtres.

      Son Excellence Monseigneur Jean Zerbo, archevêque de Bamako (Mali)

      Son Excellence Monseigneur Juan José Omella, archevêque de Barcelone (Espagne)

      Son Excellence Monseigneur Gregorio Rosa Chavez, évêque titulaire de Mulli, auxiliaire de l’archidiocèse de San Salvador (San Salvador)

      Son Excellence Monseigneur Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, évêque titulaire d’Acque Nuove di Proconsolare, vicaire apostolique de Pakse (Laos)

      Son Excellence Monseigneur Anders Arborelius, évêque de Stockholm (Suède)


      sujet : cardinaux, consistoire, Saint Siège

    • Nouveau numéro de la revue Unité des chrétiens : « Invitation aux voyages »

      Ce numéro d’Unité des Chrétiens se propose d’envisager les vacances, le repos, le tourisme comme des lieux œcuméniques. Autre fois, le pèlerinage était bien souvent la seule occasion pour les chrétiens de découvrir une autre tradition spirituelle. Sans être délaissé, cet itinéraire spirituel n’est plus le seul moyen. Aujourd’hui, de nombreuses propositions de retraites, de détentes, d’hospitalité, de stages culturels sont au service du dialogue œcuménique. Plus encore, la mondialisation de nos conditions de vies a raccourci nos distances. Les voyages, les séjours à l’étranger, les « co » working, voiturage, location sont devenues des modes de vie et pas seulement des plus jeunes générations. Là aussi, les occasions de contacts œcuméniques se multiplient. Nous sommes heureux de vous les présenter et de leur donner la parole.

      Il faut le reconnaître : la Bible ne nous raconte pas de départs en vacances ! Pourtant, nous connaissons bien le commandement du repos du sabbat. Il est initié par Dieu lui-même au commencement (Gn 2, 2-3). Le repos sabbatique est inscrit dans la Loi reçue par Moïse (Ex 35,2). Au temps du travail, succède celui de la « vacance », temps de ce qui est libre et disponible. L’anthropologie biblique évoque ainsi la finalité de l’être humain. Seul Dieu est source de vie et épanouissement de nos existences. Si essentiel soit-il, le travail ne saurait constituer le sens ultime et définitif de la vie. L’homme de la Bible est invité à se reposer, plus encore à entrer dans le repos donné par Dieu. Ce repos est polysémique. Il prend différentes formes. Il ne s’agit plus d’avoir ni de faire mais d’être avec Dieu, ses proches, soi-même, le monde. Nous pouvons alors facilement faire l’expérience que le plus court chemin pour aller de soi à soi passe par l’autre, selon la belle formule du philosophe Paul Ricœur[i].
      Le récit biblique de la vie des croyants nous raconte des rencontres. Certaines sont inédites, imprévues tandis que d’autres sont organisées et institutionnelles. Elles peuvent être désirées et souhaitées ou, à l’inverse, craintes et repoussées. Certaines portent immédiatement du fruit alors que d’autres paraissent stériles. En même temps que des rencontres, la Bible nous parle de voyages. De l’ordre de Dieu à Abraham : « Va vers le pays que je te montrerai » (Gn 12,1) jusqu’à l’appel final de l’Apocalypse : « Amen, viens, Seigneur Jésus » (Ap 21,20), le déplacement est au cœur de la révélation divine. Dieu Lui-même se fait voyageur au milieu de l’humanité. Nous pouvons même regarder la vie de Jésus sous l’angle du voyage. Jésus part de la Galilée pour monter à Jérusalem. Plus tard, les Apôtres quittent Jérusalem pour aller au bout du monde, symbolisé par Rome. Les chrétiens se savent pèlerins sur cette terre. Ils sont des voyageurs en transit vers le Royaume. Cette situation pérégrinante est assurément plus inconfortable que la position statique. Il est tentant de rester à ce que l’on connaît. Ainsi, le choix de quitter sa zone de confort est toujours à renouveler. De plus, la rencontre de l’autre, différent, étrange, incompréhensible ne peut que nous transformer intérieurement. Nous sommes toujours altérés par l’altérité. Cela ne doit pas nous faire peur. Si la rencontre peut occasionner une part de mort à nous-mêmes, elle génère également à profusion de nouvelles potentialités, des opportunités, des renouveaux.
      En ce sens, le mouvement pour l’unité des chrétiens s’inscrit profondément dans cette perspective biblique de rencontres et de déplacements. L’œcuménisme est ainsi invitation au voyage ! Il invite à bouger aux marges et aux frontières de son Église, de sa communauté, de sa tradition chrétienne. Il offre de rejoindre des chrétiens différents pour les découvrir et s’enrichir de leurs traditions spirituelles. Ce numéro d’Unité des Chrétiens se propose d’envisager les vacances, le repos, le tourisme comme des lieux œcuméniques. Autre fois, le pèlerinage était bien souvent la seule occasion pour les chrétiens de découvrir une autre tradition spirituelle. Sans être délaissé, cet itinéraire spirituel n’est plus le seul moyen. Aujourd’hui, de nombreuses propositions de retraites, de détentes, d’hospitalité, de stages culturels sont au service du dialogue œcuménique. Plus encore, la mondialisation de nos conditions de vies a raccourci nos distances. Les voyages, les séjours à l’étranger, les « co » working, voiturage, location sont devenues des modes de vie et pas seulement des plus jeunes générations. Là aussi, les occasions de contacts œcuméniques se multiplient. Nous sommes heureux de vous les présenter et de leur donner la parole.
      Dans la langue française, le mot « hôte » possède une double acception. Il signifie à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu. Cette homophonie est hautement significative, particulièrement au niveau spirituel. Les disciples d’Emmaüs en font une brûlante expérience. Le Christ est l’Hôte intérieur par excellence. Que ce temps de l’été soit pour nous tous une occasion de L’accueillir !
      Père Emmanuel Gougaud
      [i]  Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, 19972, p. 134.


      sujet : oecuménisme, unité des chrétiens

    • Homélie du cardinal Poupard pour le VIIe centenaire de l’Enclave des papes

      Le cardinal Paul Poupard, président émérite du Conseil pontifical pour la Culture, nommé par le Pape François envoyé spécial pour les célébrations du VIIe centenaire de l’enclave des Papes à Avignon, était présent du 23 au 25 juin prochain. Retrouvez ci-dessous l’homélie prononcée par le cardinal Poupard pour le VIIe centenaire de l’Enclave des papes :
      Cher Monseigneur,

      Chers Frères et Sœurs en Jésus-Christ,
      C’est une joie pour moi de célébrer la fête de saint Jean-Baptiste en cette paroisse de l’Enclave des papes, comme envoyé spécial du pape François pour la célébration solennelle de ce VIIe centenaire. C’est vers lui que vont nos pensées au début de cette célébration eucharistique, avec vive gratitude pour cette délicate attention qui nous honore. Nous l’assurons de nos prières ferventes pour son ministère pétrinien, comme il me l’a expressément demandé en me donnant la mission de le représenter près de vous, en me recevant avant mon départ de Rome : de prier pour lui de tout cœur, pour le service de son grave ministère, avec un amour filial pour l’Église catholique, et pour le successeur du bienheureux Pierre, auquel le Seigneur lui-même a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ».
      Joie pour l’Angevin que je suis, de retrouver en Avignon l’allégresse des nuits de la saint Jean, où filles et garçons de mon village, nous dansions allègrement autour des feux de sarments de vigne qui nous lançaient leurs flammèches pétillantes. Saint populaire entre tous, le culte de saint Jean-Baptiste traverse les frontières entre les États et les barrières entre les cultures, d’Orient en Occident. Fils d’Élisabeth et de Zacharie, le prophète Jean, dit Le Baptiste, est l’envoyé de Dieu, le précurseur du Christ, la voix de celui qui crie dans le désert Rendez droit le chemin du Seigneur ! Martyr du cruel tétrarque Hérode aveuglé par sa passion coupable pour Hérodiade – la femme de son frère – et sa sensualité débridée, exaspérée par la danse lascive de sa fille. De son précurseur, Jésus déclare : « De plus grand que Jean parmi les enfants des femmes, il n’y en a pas ». Ni de patron plus recherché par les enfants des hommes. Nous trouvons sous son patronage les tailleurs, les pelletiers, les corroyeurs, les peaussiers (à cause de sa peau de chameau), les cardeurs de laine (à cause de son agneau), les oiseleurs, les prisonniers, les condamnés à mort, les couteliers et fourbisseurs (à cause de sa tête tranchée) et plus allègrement, enfin, les chantres et les musiciens à cause de l’hymne de sa fête.
      De tout cœur nous t’invoquons : saint Jean-Baptiste, aide-nous, quoi qu’il en coûte, à avoir toujours comme toi le courage et la force de témoigner de notre foi au Christ, par toute notre vie de baptisés.
      Joie, chers amis, de célébrer avec vous, au nom du pape François, l’émergence de l’Enclave des papes en Avignon, voici sept cents ans. À vrai dire, cette lointaine entrée dans l’histoire avait été précédée d’une longue préhistoire qui voit se succéder les Tricastins (peuple celto-ligure), les Grecs, et les fugaces Carthaginois, en prélude à la paix romaine dont vos ancêtres ont bénéficié pendant presque un millénaire. C’est de Rome également que vous vient la foi au Christ, et que surviennent ensuite les turbulences séculaires. Sous les coups de boutoirs répétés des invasions barbares, l’empire romain se disloque, les royaumes de Bourgogne et de Provence se constituent, et des seigneurs locaux émergent en cette zone de confins et de marges âprement disputés, ce qui favorise l’apparition durable d’enclaves, dont les limites évoluent au gré des fluctuations politiques. À Rome même, les ambitions antagonistes des grandes familles cardinalices s’entrechoquent au cours de conclaves interminables, dans un climat exécrable – que nous avons peine à imaginer aujourd’hui où, grâce à Dieu, la papauté n’exerce plus de pouvoir temporel et est dépourvue de moyens de pression financiers.
      C’est ainsi qu’en 1305, les cardinaux se réunissent à Pérouse et, après 15 mois de vaines tractations – on croit rêver – finissent par s’entendre sur la personne d’un prélat en dehors de toute coterie, l’archevêque de Bordeaux, Bertrand de Got. Le nouveau pape prend le nom de Clément V et inaugure une papauté itinérante, avant de s’installer sur des terres dont il était le souverain, c’est le Comtat Venaissin. Et son successeur, le cardinal Jacques Duèse, devenu pape sous le nom de Jean XXII, va réunir au Comtat l’ancienne commanderie des Templiers de Richerenches, constituant ainsi, le 21 juin 1317, l’embryon de notre Enclave, voici donc exactement sept siècles. Et le même Jean XXII va agrandir singulièrement notre Enclave, en rachetant au Dauphin et autres co-seigneurs, leurs droits sur Valréas, par trois actes datés du 30 août et du 13 et 27 septembre 1317.
      Les avatars des siècles suivants vous sont bien connus, dans un nouveau contexte géopolitique, marqué successivement par les guerres de religion, la tourmente révolutionnaire, la création du département de Vaucluse, et, de nos temps, la recréation de l’Enclave des papes, dont nous célébrons aujourd’hui avec joie l’extraordinaire pérennité.
      Chers amis, en cette belle célébration liturgique où nous faisons mémoire du pape Jean XXII, je voudrais évoquer avec vous le saint pape Jean XXIII, le premier pape dont, tout jeune prêtre, j’ai eu le privilège d’être le collaborateur à la Secrétairerie d’État. Le savez-vous ? Ancien nonce apostolique du pape Pie XII en France, il avait voulu venir, dès le début de son pontificat, en notre église nationale de Saint-Louis-des-Français à Rome, pour la clôture de l’Année du centenaire des apparitions de la Vierge Marie, à Lourdes. Et, après avoir évoqué ces apparitions et en avoir dégagé le sens et la portée universelle, le saint pape Jean XXIII ajouta, sur le ton de la confidence qui lui était familier :
      « Chers fils, nous aimons conclure cet entretien simple et bref en une circonstance si solennelle, destinée à marquer une date dans l’histoire de Saint-Louis-des-Français, par le rappel d’un souvenir qui, nous le pensons, ne vous déplaira pas.
      Lors de la récente élection de notre personne aux graves responsabilités du souverain pontificat, le cardinal doyen du Sacré Collège, notre très cher frère Eugène Tisserant, illustre représentant et gloire insigne de la France chrétienne, nous demanda quel nom nous voulions prendre dans la succession des pontifes romains. Nous répondîmes : “Jean”, ajoutant quelques paroles pour donner le sens de ce choix.
      Le nom de Jean, éminemment sacré et apostolique, nous unissait à la personne de Jésus, le divin fondateur et le chef de la Sainte Église. Mais il n’était pas étranger à notre pensée, il lui était même agréable de nous sentir unis à travers six siècles d’histoire, au dernier des nombreux pontifes de ce nom, Jean XXII, Jacques Duèse, de Cahors, évêque d’Avignon, qui gouverna dix-huit ans l’Église et mourut plus que nonagénaire en 1334.
      Ce fut un grand pontife. Sa vie fut pleine de tribulations, mais riche d’œuvres et de mérites à tous égards, un vrai serviteur des serviteurs du Seigneur. Il eut entre autres l’honneur de canoniser saint Thomas d’Aquin. Surtout il était très dévot à Marie, c’est à lui que l’histoire attribue l’heureuse idée de faire réciter un Pater et un Ave au tintement de la cloche du soir ; à lui aussi la paternité du « privilège du samedi », si précieux et si cher à ceux qui portent le scapulaire du Mont Carmel… Nous voulons ajouter encore ceci : le pape Jean XXII accompagnait son nom de sa devise personnelle : Dominus mihi adjutor… Le Seigneur est mon secours… Rien n’est plus souhaitable pour nos humbles efforts, Ô Jésus, Tu mihi adjutor, comme vous invoquait notre lointain prédécesseur Jean, Ô Marie Immaculée, Tu fortitudo mea, amen, amen ».
      Chers frères et sœurs, ainsi va de siècle en siècle l’histoire de l’Église, de Jean XXII en Avignon, à Jean XXIII à Rome, et à son actuel successeur François – qui m’a donné l’honneur et le bonheur d’être aujourd’hui au milieu de vous son envoyé spécial pour présider en son nom la célébration du VIIe centenaire de l’Enclave des papes en Avignon, et de vous convier à l’amour filial de l’Église et du Saint-Père, en assistant son ministère de la prière.
      Les textes liturgiques de cette messe de la Nativité de saint Jean-Baptiste, à commencer par le Deutéronome, nous enseignent que l’amour auquel le Seigneur nous invite est avant tout réponse à son amour premier et gratuit, lui qui choisit les petits et les faibles pour réaliser son dessein d’amour. Le psaume est un hymne à la bonté du Seigneur et à sa miséricorde. Le Tout-Puissant est un Dieu qui aime et qui pardonne, bon, miséricordieux et plein d’amour : « Mon âme, bénis le Seigneur ! ». Et saint Jean l’évangéliste nous cesse de nous répéter, dans l’épître dont nous venons d’entendre la lecture : « Dieu est amour, il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. Et si Dieu nous a aimés à ce point, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour est parfait en nous. Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui ».
      Jésus, dans l’Évangile de Matthieu, nous livre le secret de cet amour : il est dans l’amour partagé entre le Père et le Fils, au sein de la Trinité d’amour dans l’Esprit, c’est l’amour qu’il est venu nous révéler à nous, les tout-petits qui peinons sous le fardeau, au quotidien de nos vies : “Je vous soulagerai, prenez mon joug sur vous, et recevez ma doctrine puisque je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes, mon joug est doux et mon fardeau léger”.
      Nous recevons avec foi, espérance et amour ces confidences de Jésus. « Seigneur, nous te prions, et tout particulièrement, comme il me l’a demandé, pour le pape François, et pour son ministère primordial et fondamental, de successeur de Pierre. Nous te rendons grâces, Seigneur, en ce VIIe centenaire de l’Enclave des papes, Toi qui ne cesses de guider ton Église à travers les vicissitudes des temps, les incertitudes du présent et les lancinantes préoccupations d’un avenir incertain. Donne-nous, Seigneur, la grâce, donne au pape François la grâce que son ministère exigeant de service aimant de l’Église nous stimule et nous aide à t’aimer toujours davantage, à témoigner avec foi et avec courage, quoi qu’il nous en coûte, de ton amour de père pour tous les hommes, tes fils, qui sont nos frères, et en particulier pour les plus pauvres, les délaissés, les plus petits, ceux qui manquent d’amour et ont perdu l’espérance. Nous te le demandons, par l’intercession confiante de saint Jean le Baptiste : Donne-nous, Seigneur, la grâce de nous aimer les uns les autres comme tu nous as aimés. Amen.


      sujet : Diocèse d'Avignon, homélie

    • Commentaires du dimanche 2 juillet

      Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
      dimanche 2 juillet 2017
      13éme dimanche du Temps Ordinaire

      1ère lecture
      Psaume
      2ème lecture
      Evangile

      PREMIERE LECTURE – Livre du deuxième livre des rois 4, 8 – 11. 14 – 16a
      8 Un jour, le prophète Elisée passait à Sunam ;
      une femme riche de ce pays
      insista pour qu’il vienne manger chez elle.
      Depuis, chaque fois qu’il passait par là,
      il allait manger chez elle.
      9 Elle dit à son mari :
      « Ecoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous
      est un saint homme de Dieu.
      10 Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ;
      nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe,
      et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer. »
      11 Le jour où il revint,
      il se retira dans cette chambre pour y coucher.
      14 Puis il dit à son serviteur :
      « Que peut-on faire pour cette femme ? »
      Le serviteur répondit :
      « Hélas, elle n’a pas de fils,
      et son mari est âgé. »
      15 Elisée lui dit :
      « Appelle-la. »
      Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte.
      16 Elisée lui dit :
      « A cette même époque,
      au temps fixé pour la naissance,
      tu tiendras un fils dans tes bras. »

      Cela se passe donc à Sunam, qui est un petit village du royaume du Nord ; Elisée est au début de sa carrière, vers 850 av. J.C. Et il va s’instaurer entre l’homme de Dieu, Elisée, et cette famille, une relation forte et durable d’amitié. Evidemment, on peut se demander pourquoi les auteurs bibliques s’intéressent de si près à l’histoire d’une famille de Sunam ; ce n’est certainement pas uniquement pour l’anecdote. Aucun livre de la Bible n’est écrit dans le seul but de nous donner des connaissances historiques ! Les auteurs ont toujours un but théologique qui est de nous faire connaître et vivre la proposition d’Alliance de Dieu.
      Et ce qui intéresse l’auteur du livre des Rois, ici, c’est qu’il voit dans la longue Alliance entre le prophète Elisée et la famille de Sunam une image de l’Alliance entre Dieu et le peuple d’Israël ; mais commençons par lire l’histoire de cette famille de Sunam et de son amitié avec le prophète Elisée.
      Elle se déroule en quatre actes ; ce dimanche, nous lisons seulement le premier épisode.
      Le premier acte, c’est donc la promesse d’un enfant pour une femme stérile ; à vues humaines, il n’y avait certainement plus d’espoir de grossesse pour cette femme puisqu’elle ne prend pas la promesse au sérieux ; elle semble même reprocher au prophète de remuer le couteau dans la plaie en la berçant d’illusions ; nous avons entendu la promesse d’Elisée « L’an prochain, à cette même époque, tu tiendras un enfant dans tes bras »… mais nous n’avons pas entendu la réponse de la Sunamite, la voici : « Non, mon seigneur, homme de Dieu, ne dis pas de mensonge à ta servante ». Ce qui prouve que, même si elle considère Elisée comme un homme de Dieu, elle n’est pas crédule pour autant.
      Sa réaction fait irrésistiblement penser, bien sûr, à celle de Sara, la femme d’Abraham, au chêne de Mambré. Elle aussi stérile, recevant, elle aussi, une promesse de naissance, elle avait trouvé cette affirmation si saugrenue, vu son âge, qu’elle s’était mise à rire… Et son fils, Isaac, s’appelle justement « l’enfant du rire ». Notre Sunamite ne rit pas, mais elle ne prend pas plus au sérieux la promesse d’Elisée ; et elle lui rappelle gentiment que lui, homme de Dieu, ne peut pas se permettre de mentir… Mais l’année suivante, le bébé était là.
      Deuxième acte, quelques années passent, l’enfant grandit, mais un jour qu’il a accompagné son père aux champs pour la moisson, il est pris d’un violent mal de tête, peut-être une insolation, et quelques heures après, il meurt sur les genoux de sa maman. Elle ne perd pas la tête, elle dépose l’enfant sur le lit du prophète, et elle court le chercher. Elle ne prévient même pas son mari : inutile de l’affoler puisque, de toute manière, d’ici peu, l’enfant sera debout ! On a envie de dire « C’est beau la foi »… Elle se précipite donc chez Elisée ; et la première chose qu’elle lui dit, c’est : « Quand tu m’as promis cet enfant, je ne t’avais rien demandé, à tel point, rappelle-toi, que je ne pouvais pas y croire ; et je t’avais dit « Non, mon seigneur, homme de Dieu, ne dis pas de mensonge à ta servante ». Sous-entendu, « Tu ne m’as pas donné cet enfant, que je ne te demandais pas, pour me le reprendre ! »… Et vous connaissez la suite, Elisée ressuscite l’enfant (2 R 4, 18-37).
      Troisième acte, quelques années passent encore, et fidèle à cette amitié, Elisée va sauver, une fois de plus, la famille de la Sunamite ; il la prévient de la famine imminente : « Elisée parla à la femme dont il avait fait revivre le fils et dit : ‘Lève-toi, pars, toi et ta famille, émigre où tu pourras, car le Seigneur a appelé la famine et même elle vient sur le pays pour sept ans ». Et la suite nous apprend qu’elle écoute le conseil et s’exile pour sept ans au pays des Philistins.
      Seulement voilà « qui va à la chasse perd sa place » ; quand la petite famille revient, ses biens, qui n’étaient pas minces, puisqu’on disait qu’elle était riche, sa maison et son champ ont été réquisitionnés par les officiers du roi (c’était la règle, d’ailleurs). C’est encore l’intervention d’Elisée qui la fait rentrer en possession de sa terre, et c’est le quatrième acte (2 R 8).
      Voici donc l’histoire d’Elisée et de la famille sunamite. Mais quelle leçon l’auteur biblique en tire-t-il à notre profit ? Je vous l’ai dit, il considère cette histoire comme symbolique de l’Alliance entre Dieu et son peuple, Israël ; le prophète étant l’image de Dieu. On peut relever au moins cinq traits : d’abord, la durée de cette histoire dit la fidélité de Dieu que même l’incrédulité ne rebute pas. Ensuite, la sollicitude sans faille de l’homme de Dieu pour son hôtesse dit la sollicitude constante de Dieu pour son peuple. Et cette sollicitude va jusqu’à vouloir habiter au milieu de son peuple, comme Elisée accepte de s’installer dans la chambre sur la terrasse ; (rappelez-vous toute l’histoire de la construction du Temple de Salomon : Dieu habite au milieu de son peuple). Plus tard, ce souci d’Elisée de redonner à la femme ses biens évoquent la promesse de Dieu de redonner à Israël sa terre ; or, vous savez qu’on pense généralement que le livre des Rois date de la période de l’Exil à Babylone : un moment où il est essentiel de relire l’histoire et de s’appuyer sur les promesses de Dieu. Enfin, la promesse de la naissance et la résurrection de l’enfant sont le signe que Dieu est le Dieu de la vie.
      Quant à la femme, son attitude nous est donnée en modèle ; un modèle finalement bien simple à suivre : « accueillir le prophète en sa qualité de prophète », comme dira plus tard Jésus (Mt 10, 41, notre évangile de ce dimanche) et faire une confiance si totale qu’on ose parler du fond de son coeur, y compris pour dire ses besoins et sa révolte. Heureuse la femme de Sunam qui a su reconnaître en Elisée un « saint homme de Dieu » ; mais au fait, nous savons désormais que Dieu habite le coeur de tout homme ; à nous de savoir l’y reconnaître et d’accueillir tout homme en conséquence.

      PSAUME – 88 (68)
      2 L’amour du SEIGNEUR, sans fin je le chante
      ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
      3 Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ;
      ta fidélité est plus stable que les cieux.
      16 Heureux le peuple qui connaît l’ovation !
      SEIGNEUR, il marche à la lumière de ta face ;
      17 tout le jour, à ton nom il danse de joie,
      fier de ton juste pouvoir.
      18 Tu es sa force éclatante ;
      ta grâce accroît notre vigueur.
      19 Oui, notre roi est au SEIGNEUR ;
      notre bouclier, au Dieu saint d’Israël

      La première lecture de ce dimanche nous faisait entendre le récit de la longue amitié qui s’était nouée au fil des ans entre une famille de Galilée et le prophète Elisée, l’homme de Dieu, comme on disait. A travers cette histoire d’une belle relation humaine, nous étions invités à méditer sur l’Alliance éternelle entre Dieu et son peuple, et plus largement, l’Alliance entre Dieu et l’humanité tout entière : « L’amour du SEIGNEUR, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge. Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux ».
      Ceci dit, nous savons tous que cette merveilleuse histoire d’amour entre Dieu et les hommes ne ressemble pas toujours à un chemin parsemé de roses ! Nous avons entendu ici quelques versets seulement du psaume 88/89 (qui en comporte en fait cinquante-trois) et tout a l’air si simple ! Apparemment, c’est l’euphorie ; mais justement c’est cette facilité qui doit nous mettre la puce à l’oreille ; nous l’avons appris avec les prophètes : plus un passage parle de lumière, de victoire, plus on devine qu’il a été écrit en période sombre, en temps de défaite.
      Ici, les premiers mots du psaume, ce sont l’amour et la fidélité du Seigneur : autant dire tout de suite qu’il était urgent d’y croire si on ne voulait pas sombrer dans le découragement. Et si vous ne me croyez pas, allez voir dans vos Bibles le verset 50 : « Où donc est, Seigneur, ton premier amour, celui que tu jurais à David sur ta foi ? » Ce qu’on semble affirmer si fort, dans les autres versets, en réalité, on craint bien de l’avoir perdu…
      Deuxième remarque préliminaire : dans la Bible, l’ensemble des psaumes est composé de cinq livres dont chacun se termine par une formule de bénédiction ; ce psaume 88/89 est le dernier du troisième livre et son dernier verset est « Béni soit le SEIGNEUR pour toujours ! Amen ! Amen ! » Mais c’est l’ensemble de ce psaume qui a un caractère de conclusion ou plutôt de synthèse : écrit très probablement pendant l’Exil à Babylone, il brosse en fait la fresque de l’histoire d’Israël : les commencements de l’Alliance, les promesses faites à David, l’attente du Messie et maintenant l’Exil, c’est-à-dire l’écroulement : plus de roi à Jérusalem, plus d’héritier royal, donc pas de Messie… Dieu aurait-il oublié ses promesses ? « Où donc est, Seigneur, ton premier amour ? »
      Ces deux remarques pour dire tout de suite qu’en chantant les quelques versets de ce dimanche, il ne faut pas oublier tout le reste du psaume, sous peine de le défigurer. Mais venons-en aux versets proposés pour la messe de ce treizième dimanche ; et puisqu’ils sont courts, profitons-en pour les regarder d’un peu plus près ; souvent, ces dernières semaines, nous nous sommes émerveillés de la richesse du contenu des psaumes et nous n’avons pas pris le temps de nous arrêter sur la forme ; pour changer, commençons par là.
      La construction de la première strophe est magnifique : « L’amour du SEIGNEUR, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge. Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux ». Vous avez remarqué d’abord le parallélisme des versets, c’est-à-dire que la deuxième partie du verset (ce qu’on appelle le deuxième « stique ») est parallèle à la première : « L’amour du SEIGNEUR, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge ». L’amour du SEIGNEUR / ta fidélité … je le chante / je l’annonce … sans fin / d’âge en âge… Venons-en au deuxième verset : « Je le dis : c’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux » : on retrouve le même parallélisme : un amour / ta fidélité … bâti / stable… Le dernier couple de mots « pour toujours / les cieux » vous surprend peut-être, mais il s’agit quand même d’un parallélisme, mais entre l’espace et le temps, cette fois. Nous sommes véritablement devant une construction très savante qui devrait nous pousser à soigner le chant des psaumes.
      Dans ces deux premiers versets nous avons déjà rencontré deux fois le couple de mots « amour » et « fidélité » ; si vous avez la curiosité de lire ce psaume 88/89 en entier, vous les retrouverez sept fois et ce chiffre sept n’est pas non plus le fruit du hasard. Et dans cette expression « amour et fidélité » vous avez reconnu la traduction qu’on a toujours faite de la Révélation que Moïse avait reçue du Seigneur au Sinaï : « Dieu miséricordieux et bienveillant, plein de fidélité et de loyauté » (Exode 34, 6).
      Et quand le premier verset nous fait dire : « L’amour du SEIGNEUR, sans fin je le chante » : le mot amour (dans le texte hébreu) signifie en fait « les gestes d’amour de Dieu » : Dieu n’aime pas seulement en paroles, mais « en actes et en vérité », comme dirait Saint Jean.
      C’est précisément en Exil que le peuple d’Israël se remémore plus que jamais tous les « gestes d’amour de Dieu » pour lui : car la tentation est trop forte de penser que Dieu aurait pu oublier son peuple. Et un noyau de croyants compose des hymnes qui rappellent à tout le peuple que Dieu n’a jamais cessé d’être le roi d’Israël. C’est le sens de cette dernière phrase curieuse : « Notre roi est au SEIGNEUR ; notre bouclier, au Dieu saint d’Israël » ; très difficile à traduire en français, et prononcée justement à un moment où il n’y a plus de roi en Israël, elle signifie en fait « notre roi, c’est le Seigneur, notre bouclier, c’est le Saint d’Israël ».
      Et pour le dire encore mieux, on utilise un vocabulaire royal : « ovation… pouvoir… force… vigueur… bouclier… » Le mot « ovation », en particulier, désigne la « terouah », c’est-à-dire la grande acclamation pour le roi le jour de son sacre ; c’est une acclamation guerrière et plusieurs de ces mots (comme force… vigueur… bouclier) sont typiquement guerriers parce que, à cette époque, le roi est avant tout celui qui marche à la tête de ses armées.
      Mais on sait par la suite de ce psaume ce qu’il en est de ces accents victorieux : en voici les derniers versets en guise d’aperçu : « Rappelle-toi, Seigneur, tes serviteurs outragés… Oui, tes ennemis ont outragé, SEIGNEUR, poursuivi de leurs outrages ton Messie ». Raison de plus pour se répéter les promesses de Dieu.
      Décidément, ce psaume nous donne une leçon : c’est la nuit qu’il faut croire à la lumière.

      DEUXIEME LECTURE – Lettre de saint Paul aux Romains-6, 3 11
      Frères,
      ne le savez-vous pas ?
      3 Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus,
      c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême.
      4 Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort,
      nous avons été mis au tombeau avec lui,
      c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi,
      comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père,
      est ressuscité d’entre les morts.
      8 Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ,
      nous croyons que nous vivrons aussi avec lui.
      9 Nous le savons en effet :
      ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ;
      la mort n’a plus de pouvoir sur lui.
      10 Car lui qui est mort,
      c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ;
      lui qui est vivant,
      c’est pour Dieu qu’il est vivant.
      11 De même, vous aussi,
      pensez que vous êtes morts au péché,
      mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

      Ce texte de Paul est peut-être bien sa réponse à un reproche qu’on lui fait souvent. Je m’explique : le thème majeur de la lettre aux Romains pourrait se résumer ainsi : « Dieu nous sauve par pure grâce, qui que nous soyons ; il nous suffit d’accueillir ce salut dans la foi » ; cette insistance de Paul sur la gratuité du salut lui vaut une objection que nous entendons aussi parfois aujourd’hui, ici ou là : on lui dit : « A trop insister sur la gratuité du salut de Dieu, vous encouragez le péché » (sous-entendu, alors on peut faire n’importe quoi, vous prêchez le laxisme). Paul s’en défend ici en disant : Ne me faites pas dire qu’il est sans importance de pécher sous prétexte qu’il y a la grâce de Dieu ; car désormais, le péché ne nous concerne plus ; depuis notre Baptême, nous sommes des créatures nouvelles sur lesquelles le péché n’a plus de prise. « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. » (2 Co 5, 17).
      Sa réponse à ses détracteurs n’est pas fondée sur des principes moraux, mais sur le mystère du salut. Il faut dire que Paul vit son Baptême avec une telle profondeur que nous avons un peu de mal à le suivre ! Quand Paul parle de création nouvelle, il parle d’expérience : sur le chemin de Damas, quand il s’est relevé, il était un autre homme ! Il était mort à tout ce qu’était sa vie antérieure, une certaine manière de voir, d’agir, de croire surtout.
      C’est ce mot « mort » qui représente pour nous l’une des principales difficultés de ce texte, car il revient pratiquement à toutes les lignes, et il nous est bien difficile de lui donner un autre sens que celui de notre langage courant : la mort biologique qui attend tous les humains et qui nous fait si peur. Or Paul lui donne un tout autre sens dans ce texte qui se place à un niveau uniquement théologique : « Nous tous, qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés… nous sommes passés par la mort avec le Christ… lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes… pensez que vous êtes morts au péché. »
      Il s’agit d’un baptême, d’un passage, d’une mort au péché. Un autre texte de Paul peut nous donner la clé de ces mots ; il écrit dans sa première lettre aux Corinthiens : « Nos pères étaient tous sous la nuée, tous ils passèrent à travers la mer, et tous furent baptisés en Moïse, dans la nuée et dans la mer. » (1 Co 10, 1-2). Il s’agit là des événements fondateurs du peuple d’Israël : Dieu libère son peuple de l’esclavage et le fait naître à une nouvelle vie par son passage à travers les eaux. C’est cela que Paul appelle le Baptême d’Israël ; Moïse a rompu là l’engrenage d’une captivité de plus en plus impitoyable : travail forcé, meurtre des enfants, mauvaise foi de Pharaon. Le passage de la mer a consacré cette rupture, cette mort à l’esclavage.
      De même, nous dit Paul, Jésus accomplit une rupture radicale : l’homme, dans sa révolte contre Dieu, est prisonnier de ses doutes, de ses soupçons, de ses refus d’aimer, en un mot prisonnier de son péché. L’engrenage de la haine et de la violence semble impitoyable.
      Jésus, lui, se fait « obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix » (Phi 2, 8) ; sa confiance en Dieu (c’est le sens du mot « obéissance » chez Paul), son harmonie parfaite avec toute la volonté de son Père rompt le cercle infernal du péché des hommes. Ainsi, sa mort est un triomphe, l’acte victorieux du premier homme vraiment libre. « Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. »
      De quelle mort parle-t-il ? Paul nous dit « « Nous sommes passés par la mort avec le Christ », mais pourtant, nous nous sentons bien vivants, sinon nous ne serions pas là, vous et moi ! C’est donc qu’il ne s’agit pas de la mort biologique. Il emploie ici ce mot « mort » pour évoquer une rupture radicale avec le passé.
      Quand Paul dit « nous sommes morts au péché », il veut dire que nous sommes morts à notre mauvaise manière de vivre. Désormais, nous vivons une vie nouvelle : nous avons abandonné les fausses valeurs du monde pour vivre à l’image de Jésus. Imiter Jésus, c’est sortir de l’engrenage de la haine et de la violence, du goût du pouvoir ou de l’argent. C’est le choisir, lui, comme notre seul maître et entrer dans une nouvelle manière de vivre faite d’amour et de service des frères. Et c’est notre baptême qui a inauguré pour nous ce changement radical d’orientation, le commencement de notre nouvelle vie. Paul envisage donc le baptême comme une véritable libération.
      Alors Paul peut dire à ceux qui se sont attachés au Christ : « Vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus Christ. » Ailleurs, il dira que le baptisé est un « homme nouveau » : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là. Tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ. » (2 Co 5, 17-18).
      Cette transformation est donc déjà chose faite, mais en même temps elle reste à faire : notre vie nouvelle est inaugurée par notre Baptême, à nous maintenant, d’y conformer tous nos comportements quotidiens. Paul répond donc ainsi aux objections qui lui étaient faites, de présenter un tableau un peu trop rose de la vie du Chrétien : car sa conclusion représente une exigence formidable, finalement : « De même vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus Christ. »
      Oui, entrer dans le salut est très simple, il suffit d’y croire, mais c’est très exigeant ! Car, désormais, nous nous devons de mener une vie nouvelle, conforme à l’Esprit du Christ.
      La lettre aux Ephésiens le redit aux Chrétiens : « Il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses ; il vous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité. » (Ep 4, 22-24). Le secret pour nous laisser renouveler entièrement, comme dit l’apôtre ici : rester les yeux fixés sur la croix du Christ, lui qui nous donne l’exemple parfait de l’obéissance et de la douceur seules capables de casser l’enchaînement de la violence : « Demeurez en moi comme je demeure en vous ! De même que le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même porter du fruit, ainsi vous non plus si vous ne demeurez en moi. » (Jn 15, 4).

      EVANGILE – selon saint Matthieu 10, 37 – 42
      En ce temps-là,
      Jésus disait à ses Apôtres :
      37 « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi
      n’est pas digne de moi ;
      celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi
      n’est pas digne de moi ;
      38 celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas
      n’est pas digne de moi.
      39 Qui a trouvé sa vie
      la perdra ;
      qui a perdu sa vie à cause de moi
      la gardera.
      40 Qui vous accueille
      m’accueille ;
      et qui m’accueille
      accueille Celui qui m’a envoyé.
      41 Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète
      recevra une récompense de prophète ;
      qui accueille un homme juste en sa qualité de juste
      recevra une récompense de juste.
      42 Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche,
      à l’un de ces petits en sa qualité de disciple,
      amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

      A première vue, ce texte est une succession de maximes dont on peut même se demander si Jésus les a toutes prononcées à la suite et on ne voit pas bien le lien entre elles. Mais à force de les lire et relire, on découvre au contraire qu’il s’agit d’un même appel, celui des choix nécessaires, des renoncements exigés par la fidélité à l’évangile. On savait déjà que l’évangile exigeait d’aimer : tout le discours sur la montagne l’a dit. Ici Jésus parle d’autres exigences.
      Je prends le texte en suivant :
      « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». Il ne faut pas entendre le mot « aimer » au sens habituel des affections familiales ; Jésus ne nous dit pas de ne pas aimer notre prochain ; ce serait nouveau ! Mais on est dans un contexte de persécution : aussi bien quand Jésus parle, puisqu’il en mourra, que quand Matthieu écrit son évangile ; un peu plus haut, il a prévenu ses apôtres : « Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront condamner à mort. » (Mt 10, 21) ; et encore « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa maison. » (Mt 10, 34 -35 ; Michée 7, 6).
      Tous les temps de persécution provoquent des drames cornéliens : le choix se pose entre la fidélité ou la mort ; même en dehors d’un contexte de persécutions violentes, on sait bien que c’est en famille et avec les amis les plus proches qu’il est souvent le plus difficile de témoigner de ses convictions. Et parfois de véritables déchirures peuvent se produire dans le tissu familial.
      « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera ». « Prendre sa croix » : que pouvait signifier cette expression dans la bouche de Jésus à ce moment-là ? La crucifixion était un supplice courant qui sanctionnait tout manquement à l’ordre public. Le long des routes de l’Empire romain, il arrivait qu’on voie des crucifixions par centaines et même par milliers. Ce supplice infâmant inspirait l’horreur et exposait à l’opprobre des foules et à la risée des passants celui qui méritait d’être retranché du peuple. D’ailleurs, on le voit au moment de la condamnation du Christ, il n’était pas question de crucifier quelqu’un dans l’enceinte de la ville. Tout le monde connaissait la phrase du Deutéronome d’après laquelle tout condamné à mort au nom de la Loi était maudit de Dieu (Dt 21, 22-23). Rappelez-vous encore le psaume 21/22 : « Je suis un ver et non plus un homme, injurié par les gens, rejeté par le peuple. Tous ceux qui me voient me raillent ; ils ricanent et hochent la tête ».
      Jésus exprime ici la conscience qu’il a de la persécution qui l’attend, lui et tous ceux qui prendront sa suite. Car, si les disciples vont au bout du témoignage, ils courront inévitablement le risque de se heurter aux autorités. Il leur faudra accepter d’être méconnus, humiliés. Il leur a bien dit : « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » (Jn 15, 20).
      « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ». Il me semble que cette phrase vise à fortifier les apôtres, comme s’il leur disait : « Tenez bon ». Tous ces risques courus pour l’Evangile vous rapprochent de moi et de mon Père ».
      « Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité d’homme juste recevra une récompense d’homme juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : il ne perdra pas sa récompense ». A première vue, nous voilà en plein dans une optique de récompense, de donnant-donnant ; mais non, car nous ne sommes pas dans le domaine de l’avoir ; puisqu’en amour on ne compte pas. Ce que Dieu nous donne n’est pas quantifiable ; c’est du domaine de l’être. C’est la vie éternelle, c’est-à-dire la vie dans son intimité. Tous les saints témoignent d’une qualité de bonheur, pas d’une quantité de biens. Et même, humainement, ceux qui vivent une véritable relation d’amour, quelle qu’elle soit, savent que l’avoir compte peu en regard de la profondeur des sentiments, la communication entre les êtres. Jésus le dit lui-même un peu plus loin : « Quiconque aura laissé maisons, frères, soeurs, père, mère, enfants ou champs, à cause de mon nom, recevra beaucoup plus et, en partage, la vie éternelle. »
      Saint Paul exprime cette expérience : « Toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme des pertes à cause du Christ. Mais oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus-Christ le Seigneur… Il s’agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir, s’il est possible, à la résurrection d’entre les morts. Non que j’aie déjà obtenu tout cela ou que je sois devenu parfait ; mais je m’élance pour tâcher de le saisir parce que j’ai été saisi moi-même par Jésus-Christ. » (Phi 3, 7…12).
      « Etre saisi par le Christ » comme dit Saint Paul, voilà l’enjeu, un enjeu vital. Et c’est cela, peut-être, le lien entre toutes ces phrases de Jésus : « Etre saisi par le Christ » comme un feu intérieur qui inspire tous les renoncements exigés par la fidélité à l’évangile : le renoncement aux affections, à la considération, à l’avoir… On entend ici résonner les Béatitudes : « Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse car votre récompense est grande dans les cieux. »


    • Homélie du dimanche 2 juillet

      Dimanche 2 juillet 2017
      13éme dimanche du Temps Ordinaire

      Références bibliques :
      Du second livre des Rois. 4. 8 à 16 :” Quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer.”
      Psaume 88 : “ L’amour du Seigneur, sans fin, je le chante : c’est un amour bâti pour toujours.”
      Lettre de saint Paul aux Romains. 6. 3 à 11 :” Pensez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ.”
      Evangile selon saint Matthieu. 10. 37 à 42 : “ Qui vous accueille, m’accueille.”
      ***
      Il est fréquent que la liturgie de la Parole de la messe du dimanche propose une correspondance entre la première lecture et l’évangile. C’est très net aujourd’hui : à l’hospitalité, offerte à Élisée par la Sunamite, correspond l’enseignement de Jésus sur l’accueil, enseignement qui achève le discours apostolique du chapitre 10 de saint Matthieu.
      UNE DIMENSION DIVINE
      Jésus y insiste pour montrer la relation qui s’établit avec lui-même et avec son Père lorsqu’on accueille un frère en tant que “disciple, prophète, juste”. Accueillir l’autre, c’est accueillir Dieu. Ce qui signifie que toute relation humaine a une dimension divine. (Matthieu 10.40)
      Accueillir Dieu, c’est le recevoir en reconnaissant l’initiative de son amour pour nous. Ce n’est pas théorique. C’est un vécu, se reconnaissant pauvre et humble au point de ne pouvoir vivre que par Lui. C’est Lui offrir notre faiblesse qui conduit à la mort, pour qu’il manifeste en nous sa puissance de résurrection.
      LA MÉDIATION DES RELATIONS HUMAINES
      Dans le même temps, la relation à Dieu passe par la médiation de nos relations humaines. Nul ne peut prétendre aimer Dieu si l’on n’aime pas ses frères, son frère, même ennemi. L’amour de Dieu et l’amour des autres ne sont qu’un seul et même amour.
      La réflexion sur cette démarche spirituelle de l’accueil de Dieu peut singulièrement nous aider à convertir nos pratiques de l’accueil des autres.
      Le plus bel exemple nous est donné avec l’épisode de l’accueil de Jésus par Marthe et Marie (Luc 10. 38-42) Marthe n’échappe pas à la dérive de la signification de l’accueil qui en reste à des attitudes humaines, si grandes soient-elles. Marie nous rappelle que ce qui est premier n’est pas ce que l’on désire offrir, mais ce que l’on s’apprête à recevoir, bien plus, qui l’on s’apprête à recevoir. L’attitude première de celui qui accueille doit être la pauvreté de soi-même. On ne peut accueillir en vérité que si l’on se sent d’abord débiteur vis-à-vis de l’accueilli.
      UNE MÊME DÉMARCHE
      La langue française est intéressante quand elle parle de l’hôte. Le mot “hôte” désigne à la fois celui qui accueille et celui qui est accueilli. C’est dire que l’hospitalité crée nécessairement une relation d’échange entre deux personnes. Recevoir quelqu’un chez soi, c’est s’enrichir de sa présence. Etre reçu, c’est quitter sa condition d’étranger et entrer en partage avec une famille ou la communauté d’accueil.
      Le sens profond de la signification de l’hospitalité, en tant que relation d’échange mutuel, s’exprime à travers les rites sociaux. Qui osera venir chez un ami, invité par lui, sans lui apporter un cadeau, si minime soit-il ? Les échanges de cadeaux expriment cette dimension de manière symbolique. Mais on constate parfois, avec une certaine tristesse, que les sociétés dites “développées” ont normalisé ces rites, au point qu’ils en ont perdu toute signification, au point même d’en être dénaturés.
      L’accueil de Dieu et l’accueil des autres se vivent d’une même manière. L’accueil de Dieu et l’accueil des autres se vivent dans une même démarche. L’une engendre l’autre. La démarche spirituelle ne peut se détacher de la démarche humaine. La démarche humaine conduit à la démarche spirituelle. L’amour engendre l’amour. Il faut perdre en donnant pour recevoir. C’est la chance unique d’échapper à l’hypocrisie qui consisterait à aimer Dieu sans aimer les siens, c’est-à-dire, sans aimer nos frères.
      La démarche spirituelle rejoint le démarche humaine. Il faut perdre en donnant pour recevoir. C’est la chance unique d’échapper à l’hypocrisie qui consisterait à aimer Dieu sans aimer les siens, c’est-à-dire, sans aimer nos frères.
      Il n’en reste pas moins que cette conviction acquise nous avons à la mettre en oeuvre au jour le jour, dans la complexité de notre vie personnelle et collective. C’est pourtant le seul chemin de la vie pour Dieu en Jésus-Christ.
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      “ Reliés à toi par une charité qui ne passera jamais, nous porterons des fruits qui demeurent.” (Prière après la communion)
      “ Regarde, Seigneur, le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître le sacrifice de ton Fils qui nous as rétablis dans ton Alliance. Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit-Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ.” (Prière eucharistique – N° 3)
       


    • La papauté en Avignon fête ses 700 ans

      L’Enclave des Papes va célébrer ses 700 ans. Le cardinal Paul Poupard, prélat français et président émérite du Conseil pontifical de la culture, envoyé spécial aux célébrations du VIIe centenaire de la création de « l’Enclave des papes », dans le diocèse d’Avignon représentera le pape François du 23 au 25 juin. André Vauchez, historien médiéviste, spécialiste de l’histoire de la sainteté et de la spiritualité médiévales nous rappelle le contexte historique de la papauté d’Avignon.

      Rien de prédestinait a priori Avignon, modeste cité épiscopale de la basse vallée du Rhône, à devenir un jour la capitale de l’Église latine, ce qu’elle fut pendant une soixantaine d’années entre 1317 et 1377, et même au-delà puisqu’un pape y résida pendant le Grand Schisme d’Occident, de 1378 à 1403. Mais, depuis le milieu du XIIIe siècle, la papauté avait privilégié l’axe rhodanien pour y tenir des conciles (Lyon I en 1247, Lyon II en 1274, Vienne en 13011-1312), dans la mesure où cette région, beaucoup moins périphérique que Rome, constituait le centre de gravité de la chrétienté.
      Après le pontificat de Boniface VIII (1294-1303) marqué par de violents affrontement avec Philippe le Bel, ses successeurs éprouvèrent le besoin de se rapprocher de la France pour régler les conflits qui opposaient le Saint-Siège à la monarchie capétienne. Le pape gascon Clément V (1305-1314) s’établit à Avignon de façon provisoire, mais son successeur Jean XXII (1316-1334), ancien évêque de cette cité et chancelier des comtes de Provence, donna à cette installation un caractère définitif en y faisant venir les cardinaux et  la Curie. Plutôt que de se lancer dans un voyage hasardeux vers Rome où la situation politique était très chaotique, il prit en compte les avantages que présentait Avignon : un site défensif exceptionnel avec le rocher des Doms qui surplombe la cathédrale Notre-Dame et le couloir rhodanien, une situation particulièrement favorable, à portée du royaume de France, avec des relations  faciles avec l’Italie par les cols alpins ou le port de Marseille, et la présence d’une université depuis 1303. La ville dut accueillir tous les services de la papauté et plusieurs centaines de curialistes y affluèrent. Pour abriter la cour et les archives pontificales, et se donner une résidence adaptée à sa fonction de chef de l’Église, Benoît XII (1334-1342) commença à construire le Palais des papes, qui fut ensuite agrandi et embelli par Clément VI (1342-1352). Ce dernier y établit une grande chapelle à nef unique, au dessus de la salle de l’Audience où il recevait les souverains et les ambassadeurs, et fit appel aux meilleurs artistes pour la décorer. L’ensemble, situé sur les pentes du rocher calcaire qui surmonte impérieusement la ville, couvre une superficie de 6400 mètres carrés. Pour y garantir l’indépendance de la papauté, il racheta la cité à la reine de Naples, héritière des comtes de Provence, en 1348 ,et son successeur Innocent VI (1352-1362) la fit entourer d’une enceinte fortifiée.
      Capitale provisoire de la chrétienté, Avignon changea d’aspect et sa population, très cosmopolite du fait de l’arrivée de clercs étrangers au service de la papauté, de solliciteurs, de marchands et de nombreux Juifs, dépassa les 30.000 habitants vers le milieu du XIVe siècle, ce qui était considérable à l’échelle de l’époque. Les cardinaux (20 à 25) y créèrent des hôtels particuliers, appelés « livrées », où ils s’établirent avec leur entourage en rivalisant de faste pour leur décoration.

      « Ubi papa, ibi Roma »
      Dans les premiers temps, la présence de la papauté à Avignon ne suscita pas de réactions hostiles au sein de la chrétienté : au XIIIe siècle, les papes avaient souvent résidé longuement dans diverses villes de L’État pontifical (Orvieto, Viterbe, Assise, Rieti, Anagni) et certains d’entre eux n’avaient jamais foulé le sol de Rome, cité jugée trop agitée et dotée d’un climat malsain. Les canonistes les avaient confortés dans cette attitude en décrétant que « là où se trouve le pape, là est Rome » (ubi papa, ibi Roma). Mais, à partir du moment où il devint évident que la papauté s’installait de façon permanente à Avignon, les plaintes commencèrent à se multiplier contre cette situation. Les papes justifiaient la prolongation de leur séjour sur les bords du Rhône par le rôle de médiateurs qu’ils s’efforçaient de jouer dans les hostilités entre la France et l’Angleterre, qui s’engagèrent à partir de 1340 dans une « Guerre de Cent Ans » coupée de quelques trêves. Après 1350, la contestation se développa sur ce thème en Italie, en particulier chez les lettrés, et Pétrarque dénonça dans ses écrits  l’« exil » et la « captivité » d’Avignon, thèmes appelés à connaître un grand succès auprès de l’opinion publique. A proprement parler ces expressions n’avaient pas de sens, car la papauté s’était installée à Avignon de son plein gré, pour des raisons de commodité, et nul pouvoir ne la retenait prisonnière. Mais, comme elle entretenait des relations particulièrement étroites avec la monarchie capétienne et recourait à des prélats et à des fonctionnaires français, considérés comme particulièrement rapaces, pour administrer ses possessions italiennes, un puissant mouvement exigeant le retour du pape à Rome se développa au sein de la chrétienté. Aux yeux de Sainte Brigitte de Suède (+1373) et de Sainte Catherine de Sienne (+1380), en demeurant à Avignon, l’Église risquait de devenir une monarchie administrative dominée par des intérêts politiques et temporels et la papauté de perdre de vue sa dimension spirituelle et pastorale.

      Urbain V de retour à Rome
      Sous l’influence de ces critiques, le pape Urbain V (1362-1370) revint à Rome en 1367, mais les difficultés qu’il y rencontra l’amenèrent à regagner Avignon où la Curie était restée. Cette décision suscita une profonde déception de la part des Romains et des partisans d’une réforme, qui estimaient que le pape ne pouvait jouer le rôle majeur qui est le sien dans l’Église qu’en résidant effectivement dans la ville dont il était l’évêque, et en s’attaquant aux abus qui s’étaient répandus au sein du clergé. Grégoire XI (1371-1378) était bien conscient de cette nécessité, mais il tergiversa jusqu’en 1376 avant de se rendre à Rome ; après son décès, le pape italien Urbain VI (1378-1389), extrêmement autoritaire et cassant, suscita bientôt l’hostilité des cardinaux qui procédèrent quelques mois plus tard à l’élection de Robert de Génève, qui prit le nom de Clément VII. La chrétienté se divisa alors entre deux obédiences, celle de Rome et celle d’Avignon, où Clément VII vint s’installer après avoir été chassé d’Italie. Avignon demeura jusqu’en 1403 la capitale d’une papauté reconnue par la France et ses alliés, mais ce rôle cessa avec le concile de Constance qui, en 1417, mit fin au Grand Schisme et rendit possible l’élection d’un pape unique résidant à Rome, en la personne de Martin V. La ville et ses environs – le Comtat Venaissin – continuèrent cependant à faire partie de l’État pontifical, jusqu’à leur annexion par la France en 1790.
      André Vauchez

      Programme des festivités

      Le 17 juin 2017 a été publiée la lettre latine par laquelle le pape François nomme le cardinal Paul Poupard son Envoyé spécial au septième centenaire de l’établissement de la Papauté en Avignon.
      Vendredi 23 juin, une cérémonie exceptionnelle de la Saint Jean 2017 accueillera des invités d’honneur et sera célébrée en présence du Cardinal Poupard émissaire prestigieux du Vatican, du maire et l’évêque de Syros (île grecque jumelée avec Grillon).
      Dimanche 25 juin, le cardinal Poupard présidera à 10h45 une messe sur la place de l’église en présence de Monseigneur Cattenoz, l’évêque d’Avignon et de Monseigneur Petros Stefan, l’évêque des Cyclades. A 12h, un repas paroissial aura lieu sur la Place Pie à Valréas. A 16h, l’office des vêpres se déroulera dans l’église Notre-Dame de Nazareth à Valréas.


      sujet : Cardinal Paul Poupard, Diocèse d'Avignon, pape, Rome

    • Narthex : Un été riche en découvertes artistiques

      La revue numérique Narthex est pensée comme un espace de dialogue entre la société et l’Eglise, à travers l’art ; elle souhaite inviter le lecteur à s’interroger sur sa propre spiritualité à travers celle des artistes. Pour cela, elle sélectionne et relaye l’actualité des arts plastiques, de la musique et du spectacle vivant, en France et dans les pays voisins. Elle met également en lumière le patrimoine religieux et la création contemporaine et propose des réflexions sur l’expérience sensible vécue à travers les œuvres, sur la symbolique des formes dans l’art ou encore sur le lien entre la création artistique et la liturgie.

      Des nouveaux contenus sont proposés chaque jour par notre équipe, qui s’efforce d’offrir des articles de qualités, sur des thématiques variées dans l’esprit qui anime cette revue. Cet été et comme chaque année, le lecteur trouvera sur Narthex un dossier spécial, qui réunit des propositions estivales de qualité, à découvrir près de chez lui ou sur son lieu de vacances. Festivals de musiques, expositions, visites-parcours, spectacles de sons et lumières… un vaste choix vous attend !
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      Narthex vous souhaite un bel été, riche en découvertes artistiques et en inspirations !
      L’équipe de la rédaction de Narthex


      sujet : patrimoine religieux